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Après la défaite de Bolsonaro les blocages de routes se propagent au Brésil

Des camionneurs soutenant le président sortant Jair Bolsonaro bloquent une autoroute, pour protester contre sa défaite face à l'ancien président Lula. Une pancarte indique en portugais "<em>Élection frauduleuse</em>" à Embu das Artes, dans la banlieue de Sao Paulo, mardi 1er novembre. AP/ Andre Penner.
Des camionneurs soutenant le président sortant Jair Bolsonaro bloquent une autoroute, pour protester contre sa défaite face à l'ancien président Lula. Une pancarte indique en portugais "Élection frauduleuse" à Embu das Artes, dans la banlieue de Sao Paulo, mardi 1er novembre. AP/ Andre Penner.

Les blocages de routes se sont intensifiés ce mardi 1er novembre au matin au Brésil, au surlendemain de l'élection de Lula à la présidence. De nombreux chauffeurs de camions et des manifestants pro-Bolsonaro refusent d'accepter la défaite du président d'extrême droite.

Mardi 1er novembre, la police routière fédérale (PRF) a rapporté 250 barrages routiers, totaux ou partiels, dans au moins 23 des 27 États du Brésil. 

Un panneau accroché au-dessus d'un viaduc à Sao Paulo, la capitale économique, clame : "Lula non!". Plusieurs routes y ont été bloquées, notamment celle qui la relie la métropole à Rio de Janeiro. Cela empêchait le départ des bus entre les deux villes, sans qu'il soit possible de savoir si le mouvement était spontané ou coordonné.

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Vêtus du jaune et du vert du drapeau brésilien - que le président sortant a fait sien - les manifestants brandissaient des pancartes pro-Bolsonaro et chantaient l'hymne national. Ils brûlaient des pneus et stationnaient des véhicules au milieu de la route pour interrompre le trafic, avant d'être progressivement dispersés par les autorités dans certaines régions. 

Le chef de la police routière fédérale, Cristiano Vasconcellos, a déclaré à la radio CBN que des barrages avaient été dressés "dans tout le Brésil". Il a ajouté que les forces de l'ordre en avaient dégagé certains. Il a toutefois prévenu que la tâche était difficile : "nous en libérons un, et un autre se forme".

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"Le remettre au pouvoir avec la force"

Bolsonaro "a été enlevé de son trône par la force, et on va le remettre au pouvoir avec la force qui est la nôtre, nous, le groupe des camionneurs", a insisté Ezequias, un chauffeur routier de 40 ans, auprès de l'AFP.

Santa Catarina (Sud), où Jair Bolsonaro a remporté près de 70% des voix, est l'État qui connaît le plus important nombre de routes bloquées. 

"J'espère rentrer chez moi" à Rio, a décrit à l'AFP Rosangela Senna, agent immobilier de 62 ans. "J'ai pu payer une nuit dans un hôtel ici mais beaucoup de gens ont dû dormir ici à la gare routière".

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Tentatives de déblocages

Alexander de Moraes, juge de la Cour suprême, a ordonné le "déblocage immédiat des routes et des voies publiques", selon un communiqué de l'institution lundi 31 au soir. Il a demandé à la PRF de prendre "toutes les mesures nécessaires" pour libérer les routes, sous peine d'infliger une amende à son directeur général ou de l'emprisonner pour "désobéissance". 

Dans la capitale Brasilia, la police a restreint depuis lundi soir l'accès des véhicules à la Place des Trois pouvoirs. C'est là où se trouvent le Palais présidentiel, le Parlement et la Cour Suprême, proche de l'immense esplanade des ministères, lieu de rassemblement dans la capitale. Cette mesure "préventive" a été prise "après l'identification d'une possible manifestation convoquée à cet endroit sur les réseaux sociaux", selon la Sécurité publique du district fédéral de Brasilia (SSP/DF). 

Plus de 36 heures après les résultats officiels, le président sortant Jair Bolsonaro n'a toujours pas reconnu sa défaite sur le fil (50,9%-49,1%), au contraire de plusieurs alliés de son gouvernement. De nombreux chefs d'État étrangers ont félicité Luiz Inacio Lula da Silva, le candidat de gauche, pour son troisième mandat à la tête du pays, après ceux entre 2003 et 2010. Il débutera officiellement le 1er janvier. 

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​Silence du côté de Bolsonaro

Jair Bolsonaro s'est rendu lundi matin au Palais du Planalto, sans faire la moindre déclaration. Il s'est ensuite ​isolé dans sa résidence officielle d'Alvorada à Brasilia.

Lula s'est dit être "inquiet" de ce lourd silence dès dimanche soir. Cette absence de déclaration rappelle à beaucoup de Brésiliennes et Brésiliens que Jair Bolsonaro avait maintes fois menacé de ne pas reconnaître le verdict des urnes s'il perdait. Anticipant déjà des difficultés, Lula avait souhaité dimanche que "le gouvernement (sortant) soit civilisé" et comprenne qu'"il est nécessaire de faire une bonne passation de pouvoir".

"Si le risque de manifestations à court terme est élevé, celui d'une sérieuse crise institutionnelle est très faible", estimaient toutefois les consultants d'Eurasia Group.

Ce climat d'incertitude se reflétait dans la volatilité de la Bourse de Sao Paulo, la première place financière d'Amérique latine. Après avoir ouvert dans le rouge, elle a clôturé sur une hausse de 1,36%, après de nombreuses variations en cours de séance. Le real brésilien a gagné plus de 2% par rapport au dollar.