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Arabie Saoudite : le prince influence sa population via l'agence SCL-Cambridge Analytica

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Le New York Times vient de révéler l'activité d'influence psychologique de l'entreprise SCL Group en Arabie Saoudite. Cette firme technologique est à l'origine de Cambridge Analytica dont elle possédait une partie du capital. D'après les témoignagnes d'anciens employés de la firme, les récentes réformes du prince Mohammed ben Salmane sont issues des analyses de données de la population effectuées par l'entreprise britannique.

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Depuis bientôt un an, une entreprise est sous le feu des projecteurs pour un scandale lié à l'utilisation de données Facebook à des fins d'influence électorale : Cambridge Analytica. Cette firme technologique britannique a été créée par une agence spécialisée dans l'influence militaire et politique,  SCL Groups, qui détient 10% des parts sociales de la défunte Cambridge Analytica désormais en liquidation. 

> Lire notre article : "Victoire du Brexit et de Trump : la démocratie sous influence des Big data ?"

Le New York Times vient de publier un article révélant que les services de SCL Group étaient monnayés par le royaume d'Arabie Saoudite depuis plusieurs années. Ces services sont les mêmes que Cambridge Analytica a pu apporter au président du Kenya, Uhuru Kenyatta : l'influence de la population. 

> Lire notre article : "Kenya : les mégadonnées et la propagande numérique américaine ont-elles influencé la présidentielle ?" 

Des analystes ont eu entre les mains les rapports de SCL Group qui dévoilent en partie les méthodes et les conclusions ayant mené le prince Mohammed ben Salmane à prendre des décisions politiques de grande envergure. 

Espionner et influencer la population pour mieux la gouverner ?

Le New York Times rappelle qu'en 2017 SCL Group a officié aux Emirats Arabes Unis, là aussi pour des services d'influence de la population :


L'année dernière, SCL Group a été employé par le gouvernement des Emirats Arabes Unis, un allié proche de l'Arabie Saoudite, pour conduire une campagne médiatique sur les réseaux sociaux, à l'encontre de son rival, le Qatar. 

(Article : Cambridge Analytica’s Parent Company Helped Shape Saudi Arabia’s Reform Movement, New York Times)

La spécialité de SCL Group fait partie d'un concept global nommé "infowar" (guerre de l'information) et plus particulièrement dans ce cadre, des "PsyOp" : opérations psychologiques… sur les foules. L'entreprise se vante dans un rapport d'avoir orchestré en Indonésie - à une occasion - des "manifestations d'étudiants" ou bien financé, pour le gouvernement, une conférence sur… le journalisme indépendant. Ces services de SCL Group sont toujours accompagnés d'analyses des préoccupations de la population et des mouvements de contestation qui peuvent en découler, dans des pays comme la Libye post-Khadafi par exemple… 

Un analyste ayant lu le rapport de SCL Group pour l'Arabie Saoudite estime que ce document est un manuel digne de "Machiavel", permettant à la famille royale de gérer le "sentiment populaire" en lui permettant de savoir où desserrer ou non son emprise. Ce consultant explique que des dizaines de groupes de discussion ont été fouillés et analysés pour examiner "les niveaux de frustration et de satisfaction de la population", connaître la légitimité de la famille royale et de sa structure politique pour les citoyens, et montré qu'il y avait un mécontentement généralisé.

Le Prince Mohammed ben Salmane n'a-t-il pas d'ailleurs déclaré récemment : "Le premier défi que nous avons est : les gens croient-ils en ce que nous faisons ?”.

Effectivement, la question semble importante, puisque la monarchie saoudienne est décidée à réformer — même de façon abrupte — la société face aux problèmes posés par les manques de recettes publiques causées par la chute du prix du pétrole. La population saoudienne est très jeune et pourrait aisément se rébeller si ses conditions de vie continuaient à se dégrader. Il semble donc qu'user de l'analyse numérique et de l'influence psychologique offertes par une entreprise ayant participé à faire élire Donald Trump soit une solution qui a séduit le pouvoir saoudien. Mais la question reste toujours la même : jusqu'à quel point l'influence d'un pouvoir politique ne devient-elle pas de la manipulation ? Et surtout : celle-ci est-elle acceptable ?