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Argentine : en pleine crise économique, les Argentins doivent élire leur nouveau président

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©Baptiste Charbonnel/TV5MONDE

Dimanche 27 octobre 2019, les Argentins sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président. Récession économique, inflation, augmentation de la pauvreté, les enjeux de ces élections sont majeurs tant l’Argentine est engluée dans une crise économique. Les promesses portées par le président libéral sortant Mauricio Macri, n’ont pas été tenues. Un manquement qui se ressent dans les sondages et qui pourrait lui coûter sa place. Retour sur les raisons de cette crise.

Pour Mauricio Macri, l’actuel président argentin, le bilan est lourd. Élu en 2015, il fait entrer le pays dans une ère libérale et met fin à la politique péroniste, portée par sa prédécesseure, Cristina Kirchner. Mauricio Macri incarnait alors le progrès aux yeux des argentins, fatigués des dernières années de kirchnérisme. "Avec l’arrivée de Macri au pouvoir, on a constaté une véritable réorientation du modèle économique beaucoup plus centré sur le néo-libéralisme et sur une économie basée sur l’offre", constate Dario Rodriguez, économiste et maître de conférences en civilisation latino-américaines, à la Sorbonne Paris IV. En 2017, l’Argentine enregistre une croissance de 2,8%, après une récession de 2,3% en 2016. Macri, ancien homme d’affaire, attire alors la confiance des investisseurs étrangers. 

C’est une situation dramatique que connait l’Argentine. L’inflation, l’augmentation permanente des prix génère une incapacité, pour les argentins, de prévoir l'avenir. Les salaires sont dévalorisés, la capacité d’achat diminue, c’est une situation intenable.
Darion Rodriguez, économiste et maître de conférence à la Sorbonne Paris IV

Argentine : les raisons de la crise économique

Aujourd’hui, l’Argentine s’enfonce dans la crise. Les promesses de campagne de Mauricio Macri n’ont pas été tenues. Inflation à 55%, chômage, réduction importante du pouvoir d’achat. Pour les Argentins la situation est devenue invivable. Ils sont plus d'un tiers à vivre en dessous du seuil de pauvreté. Pour beaucoup, acheter un litre de lait est devenu un luxe, une situation d’extrême précarité qui a poussé le Congrès a voter l'augmentation du budget des programmes d'aide alimentaire de l'État.

Pour pallier ce chaos économique, Mauricio Macri accepte, en 2018, l’aide de 57 milliards de dollars, du Fonds monétaire internationale (FMI). En échange, il met en place une politique d’austérité. Force est de contater que depuis l’intervention du FMI, l’économie argentine est en récession. Une situation qui ne devrait pas s’arranger en 2019, puisqu'il est prévu que le PIB argentin chute de 2 ,5%.

"L’échec total" du gouvernement Macri


Pour l’économiste et maître de conférences, Dario Rodriguez, "ce n'est pas le libéralisme en tant que tel qui fait défaut, c'est la façon dont il a été appliqué à l'Argentine (…) Cette inflation est due aux différentes politiques de Macri, qui a souhaité valoriser le secteur exportateur pour permettre une entrée plus importantes de dollars en Argentine", affirme-t-il. "Or, ce sont des mesures qui vont engendrer la dévalorisation de la monnaie locale, le peso", ajoute Dario Rodriguez.
 

Il faut regarder ce qu’il se passe au Chili. Là aussi on assiste à un échec du modèle néo-libéral. Comme en Argentine, le modèle économique est fondé sur un libéralisme sans contrôle et sans régulation qui ne prend pas en compte les dimensions sociales.

Dario Rodriguez, économiste et maître de conférence à la Sorbonne Paris IV.

Accepter l'aide du FMI en échange de l'austérité, en 2018, a peut-être été l'erreur fatale, avance Dario Rodriguez : "l’intervention du FMI ne fait qu’établir des politiques de stabilisation qui supposent la réduction du déficit mais surtout la diminution des salaire. Autrement dit, elle engendre la diminution de la capacité d’achat, or, sans pouvoir d’achat, une économie ne peut pas fonctionner", constate l’économiste.

Un air de déjà vu


Dario Rodriguez rappelle qu’en "2001 déjà, le FMI s’est mêlé des affaires argentines et cela a mené le pays à la catastrophe". Une période noire, encore très ancrée dans la mémoire des Argentins. L’Argentine se retrouve alors en défaut de paiement sur 100 milliards de dollars, une dette colossale qui plonge le pays dans une crise aussi bien politique que sociale et économique. A l’époque le taux de pauvreté s’élève à 50%. L'intervention du FMI ne fait qu'augmenter la récession et pousse les Argentins à descendre dans la rue.

Il faudra attendre 2003 et l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner, le mari de Cristina Kirchner pour mettre fin à la crise. "A partir de 2003, il y a eu un processus de renégociation de la dette, qui a permis, deux ans plus tard, de mettre en place un processus de désendettement", explique Dario Rodriguez. Une négociation avec le FMI qui fait alors la popularité du président. Deux ans plus tard, c’est sa femme Cristina qui est élue présidente de l’Argentine. Elle sera réélue pour un second mandat en 2011. La présidente reste dans la lignée du protectionnisme progressif de son mari, mais le pays s’enfonce de nouveau dans la crise. Le cycle kirchnériste prend alors fin en 2015.  Ne pouvant briguer un troisième mandat, Madame Kirchner cède sa place au maire de Buenos-Aires, le libéral Mauricio Macri. Il promet alors une rupture  avec la politique protectionniste de ses prédécesseurs.

"Le problème du gouvernement Kirchner, c’est qu’il n’a pas su profiter de la situation exceptionnelle du marché international", constate Dario Rodriguez. "A son arrivée, Macri a mis fin au contrôle économique excessif qui caractérisait les gouvernements kirchnéristes", ajoute-t-il. L'économiste constate que "la position très libérale de Macri a été présentée — à l'époque — comme la seule voie possible pour sortir de la crise, mais en réalité, c’est un échec totale".  La situation actuelle en Argentine en témoigne.
 

Le grand retour du péronisme au pouvoir ?


Mauricio Macri avait pourtant fait de la prospérité et de la "pauvreté zéro" une promesse de campagne. Quatre ans plus tard, la situation est plus que critique, un manquement qui risque de lui coûter cher.  Aux "primaires" du 11 août dernier - considérées comme un répétition générale grandeur nature de la présidentielle -   Mauricio Macri a été battu de 17 points par Alberto Fernandez … péroniste de centre gauche. Ironie du sort, ce dernier est secondé par Cristina Kirchner - pourtant éclaboussée par des affaires de corruption - dont il a fait sa future vice-présidente. "Selon moi, c’est l’échec de la politique libéral de Macri et son incapacité à coordonner une politique sur le long terme qui a mené à ces résultats", affirme Dario Rodriguez.

Fernandez incarne un nouveau kirchnérisme unifié
Dario Rodriguez, économiste et maître de conférence à la Sorbonne Paris IV.


"Le profil de Fernandez plait. Il est modéré, consensuel et surtout, il a été chef de cabinet lorsque l’Argentine a connu son taux de croissance le plus important. C’est comme cela qu’il a réussi a capter ses électeurs, dont certains avaient probablement voté Macri en 2015", constate Dario Rodriguez.  

Si la potentielle victoire de Fernandez marque le grand retour en politique de Cristina Kirchner, elle marque surtout la possibilité "de penser un nouveau kirchnérisme". "La probable victoire de Fernandez dimanche, s’explique évidemment par la situation de crise dans laquelle se trouve l’Argentine. Mais elle s’explique parce qu’Alberto Fernandez incarne un nouveau kirchnérisme unifié", affirme Dario Rodriguez.

Pourtant, la victoire du duo Fernandez-Kirchner aux "primaires présidentielles" du mois d’août n’a rien arrangé à la crise. Le score de l’ancien homme d’affaire libéral Mauricio Macri à 33% contre 49%, inquiète les investisseurs, soucieux de voir le péronisme de retour au pouvoir. Après les primaires, le peso a perdu près de 30 % de sa valeur face au dollar. Le président Macri s’est vu contraint de demander un rééchelonnement de la dette du pays au FMI et a imposé un contrôle des changes, nouveau manquement à ses promesses de campagne.

C’est donc dans un climat plus que tendu qu’aura lieu dimanche, le premier tour de l’élection présidentielle. Si Mauricio Macri espère encore une remontada, sa victoire est incertaine. Selon les règles électorales argentines, il suffit à Alberto Fernández de remporter dimanche 45 % des suffrages ou au moins 40 % avec 10 points d'écart sur Mauricio Macri, lors du premier tour de dimanche, pour être élu dès le premier tour.