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Argentine : qui est Cristina Kirchner, ex-présidente visée par une tentative d’assassinat ?

Une femme boit un café dans un bar. Pendant ce temps, la télévision montre le moment où un individu a pointé un pistolet sur la vice-présidente de l'Argentine Cristina Fernandez, devant chez-elle à Buenos Aires en Argentine.
Une femme boit un café dans un bar. Pendant ce temps, la télévision montre le moment où un individu a pointé un pistolet sur la vice-présidente de l'Argentine Cristina Fernandez, devant chez-elle à Buenos Aires en Argentine.
AP Photo/ Rodrigo Abd

La vice-présidente de l’Argentine Cristina Kirchner a été visée par une tentative d’assassinat le 1er septembre. Figure controversée de la politique argentine, elle encourt actuellement douze ans de prison et l’inégibilité à vie dans un procès pour corruption. Pourtant, elle incarne toujours l’image du renouveau de la politique sociale dans son pays.

Le 1er septembre, Chrisina Kirchner, vice-présidente de l'Argentine, échappait de justesse à une tentative d'assassinat. Depuis onze jours, des manifestants se rassemblaient devant le domicile de l’ex-cheffe de l’État pour lui apporter son soutien. Elle est actuellement en procès pour fraude et corruption. Sept ans après avoir quitté la présidence du pays, Cristina Kirchner reste une figure incontournable et influente d’une politique polarisée et crispée. 

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Une “mère” politique à la fibre sociale

Cristina Kirchner est la veuve du président Nestor Kirchner (2003-2007). Ce dernier a laissé chez de nombreux Argentins la gratitude d’une normalité retrouvée après le traumatisme de la “grande crise” de 2001. Cristina Kirchner a longtemps cultivé le souvenir de son mari, décédé en 2010 dans le sillage duquel elle a été élue en 2007 puis réélue en 2011.

Nous pensions qu’il était nécessaire d’assurer dans le temps un processus politique vertueux de transformation du pays.Cristina Kirchner, vice-présidente de l'Argentine

Ils s’étaient connus en fac de droit. Une fois devenus avocats, ils ont vécu et travaillé ensemble. Dans la province de Santa Cruz en Patagonie, leur fief électoral, puis dans la capitale, une fois Nestor Kirchner devenu président. Leur projet était d’alterner à la tête de l’Argentine. “Nous pensions qu’il était nécessaire d’assurer dans le temps un processus politique vertueux de transformation du pays”, écrivait Cristina Kirchner dans son livret “Sincèrement.” 

 

Au pouvoir, Cristina Kirchner a imposé un contrôle des changes et des restrictions aux importations. Elle s’est brouillée avec de puissants producteurs agricoles, a mené une politique sociale généreuse. Elle était également proche des présidents Lula au Brésil et d’Hugo Chavez au Venezuela. Lors de ses mandats, le mariage homosexuel a été approuvé, de même qu’une loi sur l’autodétermination du genre. Elle a aussi consacré une écoute accrue à la cause des femmes, faisant de l’Argentine une pionnière en Amérique Latine.

L'ascention des Kirchner au pouvoir argentin
4 juin 1946 : Juan Perón devient président de l'Argentine, c'est la naissance du péronisme. 
1998-2002 : Crise économique, politique et sociale en Argentine.
25 mai 2003 : Nestor Kirchner devient président de l'Argentine.
10 décembre 2007 : Cristina Kirchner devient présidente et sera réélue en 2011. 
10 décembre 2019 : Investiture d'Alberto Fernández en tant que président de l'Argentine, avec Cristina Kirchner comme vice-présidente.

Mise en cause dans une dizaine de dossiers

Fin août, Cristina Kirchner vit sous la menace de douze ans de prison et d’une inéligibilité à vie. Cette peine a été requise à son encontre lors d’un procès pour corruption, dans une affaire de marchés publics dans son fief de Santa Cruz (sud) lors de la période où elle était présidente de l'Argentine, entre 2007 et 2015. Selon l’accusation, elle aurait engendré des pertes pour l’État évaluées à 5,2 milliards de pesos, soit 38 millions de dollars. 

Le réquisitoire a donné lieu à plusieurs manifestations de soutien à Mme Kirchner par le noyau dur de la gauche péroniste dont elle est la figure de proue. Des rassemblements ont eu lieu en fin de semaine dernière dans plusieurs villes d'Argentine. Et chaque soir, plusieurs centaines de sympathisants se retrouvent au pied du domicile de la vice-présidente.

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Ces dernières années, Cristina Kirchner a été mise en cause dans une dizaine de dossiers distincts, entre pots-de-vin, blanchiment de fonds ou entrave à la justice. Elle a bénéficié de non-lieux, mais cinq procédures restent en cours. Un verdict à son procès ne devrait être rendu que vers la fin 2022. Même en cas de condamnation, elle jouit au titre de présidente du Sénat d'une immunité parlementaire et pourrait ne pas aller en prison, voire se présenter aux élections générales d'octobre 2023. 

Un procès contre le péronisme ? 

Dans une plaidoirie diffusée sur ses réseaux sociaux, Cristina Kirchner s’est défendue des accusations qui la visent. Elle affirme que "ce n'est pas un procès contre moi, c'est un procès du péronisme, des gouvernements nationaux et populaires". "Ce sont 12 ans (de prison requis) pour les 12 années du meilleur gouvernement qu'ait eu l'Argentine ces dernières décennies", a-t-elle lancé. "lls n'en ont pas après moi, ils en ont après vous !"

Qu'est-ce que le péronisme ? 

Interrogé par TV5MONDE en 2019 après la victoire d’Alberto Fernández lors de l’élection présidentielle, Dario Rodriguez, maître de conférences en civilisations latino-américaines à l’université Paris-Sorbonne, définit le péronisme comme l’incarnation “à la fois un mouvement, un parti, et une identité politique.

Historiquement, le péronisme se positionne comme un mouvement qui représente les travailleurs, et donne une visibilité à un monde marginalisé, notamment les classes populaires.

Dario Rodriguez, maître de conférence à l’université Paris-Sorbonne

Avec défi, aplomb, elle s'est posée en victime d'"un procès politique" par une justice selon elle instrumentalisée par l'opposition de droite. Qui, comme elle l'a clamé à ses partisans venus la chanter à son domicile, veut "exterminer" le péronisme dont ils "haïssent l'amour et la joie". Et pour spectaculaire et fusionnelle que soit sa relation avec un noyau dur de fidèles, son étoile a pâli. Si elle peut revendiquer au mieux un quart de l'électorat, le rejet qu'elle suscite est bien plus large, conviennent maints analystes. "Elle ne peut gagner une élection nationale (...) elle le sait et tout le péronisme le sait", analyse Raul Aragon. Mais dans une élection primaire, Cristina "pèse ces 25%", et dans son camp, "aucun ticket (présidentiel en 2023) ne pourra se faire sans l'accord de Cristina". Comme en 2019.