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Arménie : la ville de Gumri, sinistrée économiquement, tente de se relever

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Reportage : Sophie Roussi, Gerald Breistroff, Benoît Tricot et Anna Unupoghlyan

Erevan accueille les 11 et 12 octobre, le XVIIe Sommet de la Francophonie. Si la capitale arménienne semble florissante, le tableau est moins réjouissant ailleurs. Exemple à Gumri, la deuxième ville arménienne. Une ville sinistrée qui tente toujours de se relever de la chute de l'Union soviétique et du tremblement de terre de 1988. C'est de cette ville qu'est partie la marche de Nikol Pachinian sur la voie de la révolution. Alors l'espoir y renaît. Reportage.

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Erevan est la vitrine moderne, parfois huppée de l’Arménie. Mais sur la route de Gumri l’atmosphère change radicalement.

Il y a 30 ans, la deuxième ville du pays était rasée par un tremblement de terre. L’année suivante l’URSS s’effondrait. L’Arménie indépendante devait se reconstruire.

En cette fin de journée, c'est l’heure des leçons pour Vladimir. Sa mère Mariam est à ses côtés. La famille habite dans un domik, une maisonnette temporaire construite au lendemain du tremblement de terre… Un temporaire qui dure.
 

J’aimerais avoir une maison à moi, un toit sur la tête.
Mariam Manukian

Le père travaille en Russie. Mariam n’a pas d’emploi. Certains mois, son mari ne peut envoyer que 5000 drams, 40 euros. Alors la famille compte sur la solidarité. Mariam n'envisage pas pour autant de s’exiler.

J’ai peur de l’inconnu. Peut-être qu’un jour, les Russes nous diront que nous n’avons rien à faire dans leur pays, on ne sait pas. En plus, mon mari a un travail précaire, pas d’appartement. Nous survivons ici, et nous serions obligés de survivre là-bas. Mariam Manukian

Redonner vie à Gumri

Dans cette cité du nord-ouest, un travailleur sur deux est au chômage. Les friches rappellent l’âge d’or quand la région était un fleuron de l’industrie textile.

Mais un homme a tenté le pari de redonner vie à cette activité : Karen Gomtsyan, président-fondateur de Lentex. S’il a fait ses études en Russie, c’est dans sa ville natale qu’il a voulu développer son entreprise.
 

Je savais que Gumri avait ce potentiel dans l’industrie textile, qu’à l’époque la main-d’œuvre était qualifiée, la technologie avancée. 

Karen Gomtsyan, président fondateur de LENTEX

Lutte contre la corruption

Mais l’Arménie est un pays rongé par la corruption à toutes les échelles. Nikol Pachinian, le nouveau Premier ministre né de la révolution, en a fait son cheval de bataille. Et les changements semblent déjà se profiler.

En tant qu’entreprise, nous sommes en lien avec les instituts d’Etat, dont les douanes et les impôts. Au quotidien, il est déjà évident que la corruption a disparu. Tout se passe assez vite.

Karen Gomtsyan, Président fondateur de LENTEX

Rester au pays

Une ère nouvelle s’ouvrirait-elle en Arménie ? Depuis de nombreuses années le pays voyait s’enfuir ses cerveaux, ses étudiants les plus motivés. Mais d'autres jeunes ont décidé de rester au pays et de miser sur les nouvelles technologies. Ainsi est née la start-up Brain Fors qui développe des logiciels et sites internet.
 

C’est grâce aux nouvelles technologies que beaucoup de jeunes gens gagnent leur vie. D’ailleurs, c’est l’un des secteurs les mieux rémunérés. En plus, cela offre une nouvelle plateforme de découverte, de connaissances et d’échange avec les pays étrangers.

Sergey Galstyan, Directeur de projet "Brain Fors"

L'Arménie est un pays enclavé, entouré d’ennemis ou de faux-amis, mais les technologies permettent de briser les frontières. La récente révolution semble aussi avoir redoré l’image du pays et rassuré les investisseurs longtemps frileux.