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Attaque terroriste de Trèbes : l'heure des hommages

Une photo du Lieutenant-Colonel Beltrame et des fleurs... devant le portail de la caserne de gendarmerie de Carcassonne, samedi 24 février.
Une photo du Lieutenant-Colonel Beltrame et des fleurs... devant le portail de la caserne de gendarmerie de Carcassonne, samedi 24 février.
(AP Photo/Emilio Morenatti)

Au surlendemain des attaques terroristes de Carcassonne et de Trèbes, les hommages aux victimes se multiplient. Arnaud Beltrame, l'officier de gendarmerie qui s'était livré à la place d'un otage recevra un "hommage national".

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La petite ville de Trèbes dans l'Aude se recueille ce dimanche à la mémoire des quatre victimes abattues par Radouane Lakdim.
"L'heure n'est qu'à la prière et à la compassion. Puissent de tels événements nous permettre de trouver le courage pour refonder une société où ils ne seraient plus possibles", a déclaré Mgr Alain Planet, l'évêque de Carcassonne et Narbonne qui a présidé une messe à l'église Saint-Etienne de Trèbes.
La communauté catholique "partage le sentiment de reconnaissance et d'admiration que tous nos concitoyens portent à l'égard des forces de l'ordre qui ont mis un terme à cette horrible situation", a ajouté Mgr Planet, dans un communiqué.


Hommage national


De son coté, la Présidence de la République a annoncé qu'un "hommage national" sera rendu au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame sans préciser la date et la forme qu'il prendra. Cet officier de gendarmerie est mort des suites des blessures infligées par l'assaillant après s'être livré à la place d'une otage du Super U.
Au surlendemain des attaques de Carcassonne et de Trèbes, le patron des gendarmes Richard Lizurey est attendu à Toulouse et à la caserne du groupement de l'Aude à Carcassonne, pour y rencontrer les hommes du GIGN intervenus lors de la prise d'otages, ainsi que la veuve du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame.

A l'issue d'un conseil restreint de défense, le président Emmanuel Macron a en outre demandé la convocation de tous les groupes départementaux chargés du suivi des personnes radicalisées.
L'enquête menée sous l'autorité du procureur de la République de Paris "doit faire toute la lumière sur les éventuels liens du terroriste avec Daech", ainsi que sur "les complicités dont il aurait pu bénéficier pour mener à bien ses attaques, ainsi que sur les étapes de son parcours de radicalisation", selon le ministère de l'Intérieur.

Radouane Lakdim, un Français d'origine marocaine de 25 ans, s'était présenté vendredi comme "un soldat" du groupe jihadiste Etat islamique (EI), qui a peu après revendiqué les attaques. S'il avait été repéré et suivi par les services de renseignement, "nous pensions qu'il n'y avait pas de radicalisation", a concédé le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.
A son domicile, dans la cité d'Ozanam à Carcassonne, les enquêteurs ont découvert des "notes faisant allusion à l'Etat islamique" et s'apparentant à un testament, selon des sources concordantes. Parallèlement, deux personnes ont été placées en garde à vue: un jeune de 17 ans présenté comme un ami de Radouane Lakdim, et sa compagne.
                  

Six ans après les attaques de Merah                 

                  
Vendredi peu après 10H00, Lakdim, armé d'un pistolet, d'un couteau et d'engins artisanaux, avait commencé son équipée meurtrière en volant une voiture à Carcassonne, blessant grièvement son conducteur portugais et tuant son passager, Jean Mazières, un viticulteur à la retraite.
Après avoir tenté de s'en prendre aux parachutistes du 3e RPIMa de Carcassonne, il avait tiré sur des CRS revenant de jogging, blessant un policier près de la caserne. Le modus operandi rappelle les attaques de Mohamed Merah, il y a six ans presque jour pour jour, à quelques dizaines de kilomètres de là, à Montauban et Toulouse, où l'islamiste avait été abattu dans l'assaut du RAID, le 22 mars 2012.
C'est également en criant "Allah Akbar" que Radouane Lakdim a surgi et fait feu vendredi dans un Super U de Trèbes, une petite ville calme proche traversée par le canal du Midi, tuant un salarié quinquagénaire du supermarché, Christian Medves, et un client, Hervé Sosna, maçon retraité.
Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui s'était livré à la place d'une otage, était tombé sous les balles du tueur, déclenchant l'intervention du GIGN, qui a tué Lakdim. L'officier de gendarmerie a succombé à ses blessures, samedi à l'aube.
Au total, Lakdim a tué quatre personnes. Trois autres ont été blessées: un CRS, un gendarme du GIGN et l'automobiliste portugais, qui était entre la vie et la mort dimanche.
Une Marche blanche est en préparation pour leur rendre hommage samedi à la veille de Pâques, selon ses organisateurs.
                  

"Rien ne sera plus jamais pareil"                 

                  
Dans la paisible localité de Trèbes, "rien ne sera plus jamais pareil", selon son maire Eric Menassi. "Nous vivons dans une petite bourgade d'un peu moins de 6.000 habitants, et nous étions tous convaincus que ces atrocités ne se passent jamais chez nous", a-t-il dit, or "nous avons pu mesurer que le fanatisme peut toucher n'importe qui".
Fiché "S" (pour Sûreté de l'Etat), Radouane Lakdim ne semblait plus être une menace aux yeux des autorités. En août 2016, il avait fait un mois de prison à la maison d'arrêt de Carcassonne, après des condamnations pour "port d'arme prohibé", "usage de stupéfiants" et "refus d'obtempérer".
En 2016 et 2017, il avait de nouveau été suivi par les services de renseignements, qui n'avaient décelé aucun "signe précurseur pouvant laisser présager un passage à l'acte terroriste", selon le procureur de la République de Paris, François Molins.