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Attentats au Sri Lanka : le groupe Etat islamique revendique les attaques

L'intérieur de l'église Saint-Sebastian à Negombo, au nord de la capitale Colombo, où a eu lieu un attentat dimanche 21 avril.  
L'intérieur de l'église Saint-Sebastian à Negombo, au nord de la capitale Colombo, où a eu lieu un attentat dimanche 21 avril.  
©AP Photo/Chamila Karunarathne

Le groupe Etat islamique revendique, mardi 23 avril, les attentats de dimanche qui ont touché des églises et des hôtels de luxe à Colombo et ses alentours. Jusqu'à présent les autorités sri lankaises parlaient d'un mouvement islamiste local. Cette série d'explosions a fait au moins 359 morts et des centaines de blessés parmi les fidèles pendant la messe de Pâques, ainsi que des touristes.

Le groupe Etat islamique a revendiqué les attentats perpétrés, dimanche 21 avril, au Sri Lanka sans apporter de preuves. "Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l'EI", a annoncé le groupe djihadiste par le biais de son agence de propagande Amaq. 

Huit explosions ont touché des hôtels de luxe et des églises en pleine messe de Pâques, faisant au moins 320 morts et 500 blessés.

Ce mardi matin, les autorités sri lankaises assuraient que ces attentats avaient été perpétrés en représailles de l'attaque contre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande.

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La veille, le porte-parole du gouvernement Rajitha Senaratne annonçait que ces attaques avaient été perpétrées par un mouvement islamiste local, le National Thowheeth Jama'ath (NTJ). L'enquête toujours en cours devait élucider d'éventuels liens de l'organisation avec des groupes étrangers.

Il y a dix jours, les services de police étaient déjà alertés sur de possibles attentats du NJT contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo. 

87 détonateurs ont aussi été retrouvés, lundi 21 avril, dans une gare de bus de la capitale. Cette gare routière se trouve à mi-chemin des hôtels et de l'église frappés la veille par les attentats. 

Vingt-quatre personnes ont été arrêtées par les autorités sans qu'aucune précision ne soit donnée sur leurs identités. Un couvre-feu est entré en vigueur pour une durée indéterminée dans tout le pays. L'état d'urgence a été décrété et a pris effet à partir de minuit ce lundi. 

Retour sur les événements

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Six explosions ont eu lieu simultanément, dimanche 21 avril, suivies de deux autres plusieurs heures après : l'une dans un hôtel au sud de Colombo, l'autre au nord de la ville lors d'une opération policière. 
Capture d'écran Google maps
Capture d'écran Google maps


Dans la capitale, trois hôtels haut de gamme en front de mer ont notamment été touchés ainsi que l'église Saint-Antoine de Colombo. Des bombes ont aussi explosé dans l'église saint-Sébastien à Negombo, au nord de la capitale ; et dans une autre église à Batticaloa, sur la côte orientale.

Le sanctuaire Saint-Antoine de l'archidiocèse a été la cible d'une attaque. L'église, dédiée au culte de Saint-Antoine de Padoue, a été déclarée "sanctuaire national" par le gouvernement sri-lankais. 21 avril 2019, Colombo, Sri Lanka
Le sanctuaire Saint-Antoine de l'archidiocèse a été la cible d'une attaque. L'église, dédiée au culte de Saint-Antoine de Padoue, a été déclarée "sanctuaire national" par le gouvernement sri-lankais. 21 avril 2019, Colombo, Sri Lanka
AP / Eranga Jayawardena

"Attentat contre notre église, s'il vous plaît, venez nous aider si des membres de votre famille s'y trouvent", peut-on lire dans un message en anglais posté sur le compte Facebook de l'église Saint-Sébastien de Katuwapitiya, à Negombo.

Images de l'intérieur de l'église de Saint-Antoine de Padoue après l'attentat.
Images de l'intérieur de l'église de Saint-Antoine de Padoue après l'attentat.
© Capture du compte Twitter de Rebecca Rambar

De source officielle citée par l'AFP, les réseaux sociaux ont été bloqués contre les "fausses informations".

Jean-Charles Toussaint, un Français résidant à Colombo depuis cinq ans, "ne s'attendait pas à ces attaques". Pour lui, "le pays était en train de se reconstruire" et les relations inter-communautaires étaient apaisées.

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© TV5MONDE

1,2 million de catholiques

Le Sri Lanka est un pays à majorité bouddhiste alors que les catholiques sont estimés à 1,2 million sur une population totale de 21 millions d'habitants. Le pays compte environ 70% de bouddhistes, 12% d'hindouistes, 10% de musulmans et 7% de chrétiens.

Les catholiques sont perçus comme une force unificatrice car on en trouve chez les Tamouls comme chez la majorité cinghalaise. Certains chrétiens sont cependant mal vus parce qu'ils soutiennent des enquêtes extérieures sur les crimes de l'armée sri lankaise contre les Tamouls, pendant la guerre civile qui a pris fin en 2009.

>> À lire : Attentats au Sri Lanka : l'Église catholique, une communauté influente prise pour cible


Le pape François a réagi à ces attaques en ce jour de Pâques, et s'est dit proche de "toutes les victimes d'une si cruelle violence". "J'ai appris avec tristesse la nouvelle des graves attentats, qui précisément aujourd'hui, jour de Pâques, ont porté deuil et douleur dans plusieurs églises et autres lieux de réunion au Sri Lanka", a-t-il déclaré depuis la loggia du Vatican devant une foule de 70 000 personnes, juste après la traditionnelle bénédiction Urbi et orbi (à la ville de Rome et au reste du monde).

Deux décennies après Jean Paul II, le pape François avait effectué une visite dans l'île en janvier 2015 au cours de laquelle il avait célébré une messe devant un million de participants à Colombo. La police de la capitale, donnant le chiffre d'un million, avait estimé qu'il s'agissait de la foule la plus importante rassemblée lors d'une manifestation publique. Le Vatican avait parlé pour sa part de plus de 500 000 personnes.

Dans son sermon, le pape avait insisté sur la liberté de croire sans contrainte dans un pays blessé par les tensions ethniques et interreligieuses. Avant son élection en mars 2013, le cardinal sri-lankais Malcolm Ranjith avait été cité comme un candidat possible au pontificat.

Émoi mondial

Le président français Emmanuel Macron a condamné sur Twitter des "actes odieux" :

La Première Ministre britannique, Theresa May, dont le pays a colonisé le Sri Lanka entre 1796 et 1948, a dénoncé des "actes de violence (...) réellement effroyables" et estime que "nous devons nous unir pour faire en sorte que personne ne doive jamais avoir à pratiquer sa foi dans la peur".

Pour sa part, la chancelière allemande Angela Merkel  condamne "la haine religieuse et l'intolérance", d'après son porte-parole cité par nos confrères de l'AFP.

Le Premier ministre Justin Trudeau "condamne avec vigueur les attaques haineuses commises contre les chrétiens dans des églises et des hôtels".

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a quant à lui tweeté : "Au Sri Lanka, 138 personnes ont été tuées, dont plus de 600 grièvement blessées, lors d'un attentat terroriste contre des églises et des hôtels. Les États-Unis présentent leurs sincères condoléances à la grande population du Sri Lanka. Nous sommes prêts à aider !"
Le compte officiel de la présidence russe a précisé sur Twitter que "Vladimir Poutine avait présenté ses condoléances au président sri lankais Maithripala Sirisena à la suite des conséquences tragiques d'actes terroristes" : 
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déclaré être "scandalisé" et rappelle le caractère sacré de tous les lieux de culte. Il espère que "les auteurs de ces actes seront rapidement traduits en justice".

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte - dont le pays avait colonisé le Sri Lanka avant les Britanniques, de 1640 à 1796 -, a tweeté sur les "attaques sanglantes" ayant endeuillé le pays ce dimanche :
"Terribles informations venant du Sri Lanka sur ces attaques sanglantes contre des hôtels et des églises ce dimanche de Pâques. Le ministère suit la situation de près afin de savoir si des Néerlandais sont impliqués. Mes pensées vont aux victimes et à leurs proches.
 

En Inde, pour le Premier ministre Narendra Modi, "une telle barbarie n'a pas sa place dans notre région, l'Inde est solidaire du peuple du Sri Lanka".