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Au Canada, planter des arbres pour réduire son empreinte carbone

Dans ce champ derrière le Mont-Mégantic, 20 000 épinettes blanches (épicéa) ont été plantées.
Dans ce champ derrière le Mont-Mégantic, 20 000 épinettes blanches (épicéa) ont été plantées.
© Catherine François / TV5MONDE

Savez-vous combien d’arbres il faut planter pour compenser en carbone un aller-retour Montréal-Paris en avion ? Huit, selon l’échelle de conversion établie par Compensation CO2 Québec. L’entreprise québécoise vend des arbres à quiconque veut compenser ses émissions de gaz à effet de serre, citoyen ou entreprise.

Compensation CO2 Québec est une filiale d’Aménagement forestier coopératif des Appalaches, une coopérative forestière de la région de l’Estrie, à quelque 200 kilomètres à l’est de Montréal.

Elle a commencé ses activités en 2011 selon un principe simple : compenser volontairement des émissions de gaz à effet de serre en plantant des arbres.
 

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"Pendant la croissance des arbres, le processus de photosynthèse permet de stocker du carbone dans le bois. Par la suite, quand on coupe le bois pour s’en servir en construction, on prolonge cette captation-là. Donc le principe est vraiment de prendre le carbone atmosphérique par le processus de la photosynthèse, et le stocker dans le bois pour compenser les émissions des véhicules d'une famille, d'un organisme ou d'une entreprise", explique Manon Ayotte, coordonnatrice de l’entreprise. "On calcule qu’un arbre peut capturer 180 kilos de CO2 durant sa vie", ajoute t-elle. 


En un an, on a planté plus ou moins la même quantité d’arbres qu’en sept ans d’activité.


Nicolas Fournier, directeur général de Compensation CO2 Québec

Ainsi, le citoyen ou l’entreprise qui veut réduire son empreinte carbone peut aller sur le site de Compensation CO2 Québec et calculer combien d’arbres il faut acheter pour "compenser" ses émissions de gaz à effet de serre.

Par exemple, pour compenser l’utilisation d’une voiture pendant un mois, il faut acheter et planter deux arbres. Un trajet de 6000 kilomètres en avion peut se compenser par la plantation de huit arbres. 

35 000 arbres plantés depuis 2011


Depuis le début de ses activités en 2011, Compensation CO2 Québec a planté quelque 35 000 arbres, dont 13 500 en 2019. Un millier de citoyens et une cinquantaine d’entreprises ont "compensé""C'est depuis l'an passé qu'on a vu une explosion des demandes pour la compensation, précise Nicolas Fournier, directeur général de Compensation CO2 Québec. En un an, on a planté plus ou moins la même quantité d’arbres qu’en sept ans d’activité."

"En moyenne, 25 arbres sont achetés par compensation. Chaque arbre coûte 4 dollars canadiens. Ces frais couvrent l'achat dans une pépinière privée, la mise en terre par les ouvriers spécialisés, deux suivis - un à l'an 2 de l’arbre et un à l'an 5, les certificats de l'administration, les questions des compensateurs (personnes replantant ces arbres ndlr) etc ", ajoute Manon Ayotte.

Nicolas Fournier, directeur général, et Manon Ayotte, coordonnatrice à Compensation CO2 Québec.
Nicolas Fournier, directeur général, et Manon Ayotte, coordonnatrice à Compensation CO2 Québec.
© Catherine François / TV5MONDE


Chaque " compensateur " reçoit un certificat qui comprend une carte et des données GPS précises pour pouvoir localiser son lot d’arbres. Il peut même, s’il le désire, aller le voir de ses propres yeux en prenant rendez-vous avec la compagnie.

La plantation se fait au printemps, mais il ne s’agit pas que de planter. Il faut aussi entretenir le terrain pour contrôler la végétation autour des pousses afin qu’elles profitent d’un ensoleillement maximal. Après cinq ans en terre, la plantation est autonome. On la laisse pousser jusqu'à 25-30 ans : il faut alors élaguer pour ne garder que les plus forts.



Non seulement le processus de construction avec ces matériaux [l'acier et le béton armé] est très coûteux sur le plan environnemental, mais en plus il ne capture pas le carbone.


Nicolas Fournier, directeur général de Compensation CO2 Québec

L’arbre est par la suite coupé après son arrivée à maturité, soit 50 ou 60 ans pour l’épinette blanche. Cette espèce, privilégiée par la compagnie, croît rapidement, résiste aux maladies et elle est utilisée comme bois de construction. Au-delà de la plantation de l’arbre, un principe tient au cœur de l’entreprise, c’est celui du cycle du bois. 

Favoriser le cycle du bois

Planter, entretenir, laisser pousser, couper et construire : voilà, en résumé, le cycle du bois. Et c’est ce que veut encourager Compensation CO2 Québec. Du bois utilisé dans la construction d’une maison permet de séquestrer du carbone pendant un siècle. "Il faut arrêter de construire en acier et béton armé au Québec", estime Nicolas Fournier. "Non seulement le processus de construction avec ces matériaux est très coûteux sur le plan environnemental, mais en plus ils ne capturent par le carbone". 

Et demain ?


Compensation CO2 Québec prévoit de planter 30 000 arbres d'ici à 2020 si elle se fie aux demandes de la dernière année. Son plus gros défi maintenant, c’est de trouver de nouveaux espaces pour ces plantations. "La plus grande problématique, ça va être de trouver des terrains pour mettre des arbres, on espère que les municipalités vont suivre, mais aussi les propriétaires forestiers privés ", déclare Nicolas Fournier.

Il faut aussi changer nos habitudes et compenser nos émissions de gaz à effet de serre qui sont inévitables.

Nicolas Fournier, directeur général de Compensation CO2 Québec

Le propriétaire privé qui ouvre son terrain à la plantation doit prendre des engagements : il doit maintenir le site jusqu’à maturité des arbres, effectuer les entretiens nécessaires et payer 0,13 dollar canadien le plant.

"C'est une somme symbolique, mais ça l'implique davantage dans la démarche, car il a participé à la mise en place de ces arbres-là, le sentiment de protection est encore plus grand", souligne Manon Ayotte. 

Les dirigeants de Compensation CO2 Québec passent aussi le message qu’il ne suffit pas de compenser : "Il faut aussi changer nos habitudes et compenser nos émissions de gaz à effet de serre qui sont inévitables", conclut Nicolas Fournier.