Au Liban, des réfugiés syriens touchés par la crise économique quittent le pays

Plus de 1500 réfugiés syriens sont rentrés en Syrie ce 3 décembre 2019
AP/Hussein Malla

Le Liban s’enfonce dans une crise politique, économique et sociale. Cette situation affecte les Libanais mais également les milliers de réfugiés syriens. Certains d'entre eux accélèrent leur retour vers la Syrie.

L’inquiétude transparaît dans la voix de Lisa Abou Khaled, jeune porte-parole du  Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés. « La débâcle économique que vit le Liban ne touche pas que les Libanais les plus pauvres. Les réfugiés syriens sont frappés de plein fouet ». Les données de l’agence onusienne sont en effet sans appel. Les réfugiés syriens s'enfoncent dans l'extrême pauvreté.

Plus de la moitié d'entre eux vit avec moins de 3 dollars par jour pour survivre. Certains empruntent pour vivre et sont perclus de dettes, selon le HCR au Liban.

Des ONG et des agences onusiennes aident les réfugiés mais ils sont encore seulement une minorité à recevoir une aide alimentaire directe, souvent issue du Programme Alimentaire Mondial de l'ONU.

Il faut tenter de trouver du travail mais s’intégrer dans une économie libanaise de plus en plus malade devient encore plus difficile selon l’agence onusienne. Depuis l’explosion de la crise financière en octobre dernier, ce pays de six millions d’habitants a, en effet, perdu près de 160 000 emplois. La monnaie libanaise s'effondre face au dollar. Les biens manufacturés et les denrées alimentaires importées sont justement payés en dollar par les commerçants. Les prix affichés dans la monnaie nationale s’emballent. Une denrée comme le lait a pris 30% le mois dernier.
 

Une paupérisation accélérée des réfugiés

« Les réfugiés syriens n’arrivent plus à louer un appartement pour se loger. Ils ont du mal à se vêtir. Les denrées alimentaires ont explosé. Il faut arbitrer entre se soigner ou se nourrir », décrit Lisa Abou Khaled.

Cette paupérisation accélérée des réfugiés syriens, par leur nombre, pèse de fait sur ce petit pays du monde arabe. Les réfugiés syriens représentent près de 25% de la population du Liban. Le gouvernement libanais avance le chiffre de 1,5 million de réfugiés. Le HCR estime de son côté le nombre de réfugiés à 1,2 million. Plus de 918 000 d’entre eux étaient enregistrés auprès de l’agence onusienne.

« Le gouvernement libanais a exigé en 2015 que le HCR cesse d’enregistrer de nouveaux réfugiés. Des Syriens ont continué cependant de rentrer au Liban et donc nous n’avons pas vraiment de données fiables sur ces quelques centaines de milliers de réfugiés syriens non-inscrits chez nous », explique la porte-parole du HCR à Beyrouth, Lisa Abou Khaled.

 
Image de réfugiés syriens rentrant en Syrie, le 3 décembre dernier.
AP/Hussein Malla

Un retour vers la Syrie en partie dicté par la crise libanaise


L’agence onusienne semble percevoir une évolution, malgré l’absence de données encore très fiables. L’heure est au retour dans le pays pour plusieurs milliers de réfugiés. Le HCR note en effet sur le terrain une recrudescence des départs vers la Syrie.

Ce 3 décembre dernier, l’agence onusienne a organisé, ce que les techniciens onusiens appellent une « GSO », une procédure de retour sécurisée. Plus de 1500 réfugiés étaient rassemblés pour prendre le chemin vers leur pays natal. « Nous nous attendions à ce qu’ils nous disent qu’ils rentrent en Syrie parce que la situation militaire s’est stabilisée. Mais en fait la majorité d’entre eux nous ont expliqué que la vie devenait trop chère pour eux au Liban. La grande majorité des réfugiés voulaient rentrer mais la dégradation de leurs conditions de vie au Liban a sans aucun doute accélérée leurs départs », précise Lisa Abou Khaled.

La situation au Liban ne va pas s'arranger pour les réfugiés syriens. Confrontée à une fuite des capitaux à l'étranger, la Banque centrale libanaise tente de reprendre en main le secteur bancaire. « Le système bancaire vit désormais sous un contrôle des capitaux qui suscite la méfiance des donateurs et des ONG susceptibles d'aider les réfugiés en dehors de l'ONU. Une partie de l'aide financière commence à se tarir. Les effets se font ressentir pour de nombreux réfugiés,  en ce qui concerne l'aide alimentaire ou médicale », explique l'économiste syrien Samir Aita, président du Cercle des économistes arabes.

Une partie de l'opinion publique libanaise, face au danger de voir une partie de l'aide internationale disparaître, perçoit les réfugiés syriens désormais comme un fardeau. Le temps n'est plus à la compassion comme en 2011.