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Au procès de Millas, "l'impuissance" des conducteurs du TER face à un impact "inévitable"

Des gendarmes enquêtent le 16 décembre 2017 à Millas sur les lieux où un TER est entré en collision avec un car scolaire
Des gendarmes enquêtent le 16 décembre 2017 à Millas sur les lieux où un TER est entré en collision avec un car scolaire
afp.com - RAYMOND ROIG
L'épave du car scolaire au passage à niveau à Millas, près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, un jour après l'accident, le 15 décembre 2017
L'épave du car scolaire au passage à niveau à Millas, près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, un jour après l'accident, le 15 décembre 2017
afp.com - RAYMOND ROIG

Évoquant leur "impuissance" devant un impact "inévitable", les deux conducteurs du TER entré en collision avec un car scolaire à Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017 ont témoigné mercredi au procès de la conductrice du bus, dont la prudence sur la route a été questionnée.

Six collégiens à bord du car ont trouvé la mort et 17 ont été blessés dont huit grièvement. La conductrice du bus, Nadine Oliveira, 53 ans, est jugée depuis lundi pour homicides et blessures involontaires à Marseille, dont le tribunal dispose d'un pôle spécialisé en accidents collectifs.

"Les barrières étaient fermées, le car arrive une fraction de seconde après. Je le vois pousser la barrière, la tordre, je me dis qu'il va reculer, (...) sauf que je le vois avancer faiblement", a décrit à la barre Marilyn Vandeville, 40 ans, qui était aux commandes du train ayant percuté le car scolaire à un passage à niveau.

"Il ne s'est jamais arrêté, il a continué à faible allure, je suis restée sur cette image", a-t-elle ajouté, décrivant son "sentiment d'impuissance". "Barrières fermées ou ouvertes, c'était la même chose, le choc était inévitable", a encore souligné la jeune femme, longue chevelure châtain et veste verte.

Un ressenti partagé par le conducteur instructeur qui était à ses côtés dans la cabine ce jour-là: "Je perçois ce bus sur la droite et je le vois pousser la barrière mais de manière très lente", a témoigné Thierry Madeira, 56 ans.

"On était impuissant, on a fait ce qu'on avait à faire", a relevé ce grand homme chauve, vêtu d'un t-shirt blanc, qui s'exprime avec pudeur.

"Quand j'ai vu que le bus poussait la barrière, je me suis dit +qu'est-ce qu'il fait+, je n'ai pas réfléchi, j'ai actionné le freinage d'urgence", avait expliqué à la barre juste avant Mme Vandeville.

"J'ai sifflé longuement en espérant que le bus accélère et dégage la voie, tout cela se passe très rapidement", a complété la conductrice, alors en formation, qui conduisait pour la troisième fois sur cette ligne de TER reliant Villefranche-de-Conflent à Perpignan.

A la question, cruciale pour déterminer la responsabilité de la conductrice du car, de savoir si les barrières du passage à niveau étaient baissées: "Je suis catégorique et affirmative, la barrière était baissée", a martelé Mme Vandeville. A ce moment-là, Nadine Oliveira, tête baissée, détourne la tête.

- "Collaborer à la vérité" -

Les expertises techniques menées durant l'instruction concluent que la conductrice du bus, qui avait l'habitude de ce parcours mais n'avait jamais été confrontée au passage d'un train, a forcé "la demi-barrière fermée dudit passage à niveau alors qu'un train express régional arrivait".

"Le passage à niveau était normalement fermé quand le train est arrivé", ont confirmé à la barre mercredi deux experts ferroviaires, qui n'ont décelé aucune anomalie sur le train ni sur le passage à niveau.

Interrogée en fin d'audience par plusieurs avocats de victimes qui ont cherché à la pousser dans ses retranchements, Nadine Oliveira a reconnu - à la suite du visionnage de vidéos de reconstitution du trajet du bus - ne pas avoir "respecté forcément le stop" qui se trouvait sur le trajet entre le collège et le passage à niveau.

Mais sans admettre pour autant une conduite imprudente, alors que les reconstitutions d'experts en accidentologie font état d'une vitesse soutenue. "Si je vous dis que la barrière était ouverte, elle était ouverte", a-t-elle martelé, en larmes.

"Depuis lundi, nous entendons des témoins extrêmement formels, des experts qui sont très démonstratifs, nous de notre côté, nous n'avons pas de doute sur ce qui s'est passé" mais "il y a un moment où peut-être il serait temps de collaborer à la vérité et à votre procès", lui a lancé Gérard Chemla, qui défend plusieurs familles de victimes.

Jusqu'à ce que le TER percute le bus, la conductrice du TER est restée dans la cabine de pilotage. Son moniteur, lui, a espéré jusqu'au bout que la collision ne se produise pas: "On a crié en même temps", a-t-il relaté.

Le second choc interviendra au moment où tous deux comprennent, "avec les sirènes, l'hélicoptère" que le bus n'était pas vide mais rempli d'enfants. "Je ne fête plus Noël comme avant cet accident", a soufflé Mme Vandeville.