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Aux États-Unis, les droits des transgenres fortement attaqués dans les États républicains

Cette jeune lycéenne transgenre dans l'Utah risque d'être exclue de son équipe de natation (photo du 20 février 2021)
Cette jeune lycéenne transgenre dans l'Utah risque d'être exclue de son équipe de natation (photo du 20 février 2021)
© AP/Rick Bowmer

Malgré les avancées apportées par Joe Biden ces dernières semaines, les droits des personnes transgenres sont fortement attaqués depuis le début de l'année aux États-Unis. Une ONG américaine a déjà dénombré plus de lois ou projets de lois hostiles aux transgenres ces deux derniers mois, que sur l'ensemble de l'année 2020. De nombreux États à majorité républicaine se préparent ainsi à interdire l'accès à des équipes de sport féminines ou à empêcher les soins médicaux aux Américains qui souhaitent changer leur identité de genre.

Les droits des personnes transgenres sont plus que jamais attaqués aux

États-Unis, en dépit de l'élection de Joe Biden. Après sa prise de fonction, le nouveau président démocrate s'est empressé de supprimer certaines législations anti-LGBT votées durant le mandat de son prédécesseur. Mais en parallèle, de nombreux États dirigés par des membres du parti républicain ont adoptés des mesures restrictives, en particulier pour les enfants transgenres. 


Selon le décompte de l'ONG américaine de défense des droits humains ACLU, le début de l'année 2021 marque même une envolée du nombre de projets de lois hostiles à ces personnes, avec 60 textes adoptés ou en discussion dans 25 Etats américains. C'est déjà plus que l'ensemble de l'année 2020 qui avait compté 41 mesures ou projets de limitation des droits des transgenres. 

Les personnes trans sont celles qui ne se reconnaissent pas dans le genre (féminin ou masculin) qui leur a été attribué à la naissance. Elles peuvent parfois choisir de suivre des traitements médicaux pour opérer ce qu'on appelle une réassignation. Mais elles peuvent tout aussi bien ne pas se reconnaître dans le système traditionnel homme/femme et choisir un genre tiers, hybride ou ne s’identifier à aucun genre.


Le backlash ou "retour de manivelle"


Aux États-Unis, un certain nombre d'avancées ont été obtenues par les militantes et militants de la cause transgenre ces derniers mois. Ils avaient en particulier décroché une nette victoire en juin 2020, lorsque la Cour Suprême fédérale, à majorité conservatrice, avait validé définitivement l'interdiction pour un employeur de licencier un salarié sur des critères d'orientation ou d'identité sexuelle. Plus récemment, l'administration Biden s'est retirée d'un procès dans le Connecticut qui cherchait à empêcher à des élèves transgenres de participer aux équipes féminines dans les lycées. 

Plus symbolique encore, cinq jours seulement après son investiture, le 25 janvier 2021, le nouveau président américain a de nouveau autorisé les personnes transgenres à servir dans l'armée américaine. Donald Trump avait interdit leur incorporation militaire sous prétexte de "coûts médicaux" trop importants, selon ses publications Twitter de 2017.

Mais comme souvent, des avancées dans le domaine sociétal sont suivies de régressions, sous la pression des conservateurs et notamment des partisans de Donald Trump. Aux États-Unis, on appelle ce phénomène le "backlash" qu'on peut traduire par "retour de manivelle".

Des médecins menacés de prison


Depuis le début de l'année, les législateurs de nombreux États à majorité républicaine ont choisi par exemple de barrer l'accès à certaines activités sportives à l'école pour des personnes transgenres ou d'autoriser leur discrimination pour motif religieux, ou encore de compliquer la modification de leurs papiers d'identité. 

Le 22 février dernier, par exemple, le sénateur de l'Arkansas Alan Clark a proposé une loi empêchant les médecins de réassigner le sexe d'un mineur et qui interdit d'utiliser les fonds de l'État pour apporter des soins dans ce domaine. 

Le même type de projet de loi est à l'étude au parlement du Texas, de Géorgie ou du Kentucky. En Alabama, une nouvelle loi ferait planer la menace de 10 ans de prison et 15 000 dollars d'amende contre les professionnels de santé qui apporteraient un traitement d'affirmation du genre (bloqueurs de puberté ou thérapie hormonale) aux mineurs de moins de 19 ans.

Les transgenres exclues des équipes féminines


Le domaine sportif semble être le plus porteur pour les opposants aux droits des personnes transgenres.

En Floride, une loi étudiée en première lecture au Sénat prévoit d'obliger les institutions scolaires à nommer leurs équipes de sport "garçons/filles ou mixtes". Elle empêchera aussi des étudiants dont le sexe biologique est masculin de concourir dans une équipe féminine, même si leur identité de genre est différente. L'auteure du projet, la sénatrice républicaine, Kelli Stargel, estime qu'il s'agit de laisser aux "femmes athlètes l'opportunité de démontrer leurs capacités sportives". Pour elle, les filles transgenres sont naturellement plus rapides ou plus fortes, parce qu'elles sont nées garçons. 

Le même type de loi est est en passe d'être promulguée par le gouverneur dans le Mississipi, après son approbation par les deux chambres du parlement. Les législateurs de l'Utah, du Montana et du Dakota du Nord ont également le même type de projet dans leurs cartons.