Info

Avortement : dans quels pays l’IVG est-il illégal ?


<p>Des manifestantes défilent pour l'accès à l'avortement le 2 octobre 2021 à Los Angeles.</p>

Des manifestantes défilent pour l'accès à l'avortement le 2 octobre 2021 à Los Angeles.

AP/Damian Dovarganes

En 2021, les interruptions volontaires de grossesse font toujours l’objet de vifs débats à travers le monde. Alors qu’aux États-Unis, le Texas est en passe d'adopter une loi interdisant d’avorter dès les premiers battements de coeur de l’embryon, le Bénin fait désormais partie des rares pays d’Afrique à légaliser l’acte médical.

En Afrique, l'interdiction d'avorter reste la norme

Pour le principal journal béninois, la Nation, il s’agit d’ « une révolution ». En effet, le Bénin est devenu jeudi 21 octobre, l’une des très rares nations en Afrique à autoriser l'avortement, après le vote de l'Assemblée nationale qui a fortement divisé  l’opinion.

Plusieurs familles continuent de pleurer la perte d’un enfant, d’une épouse, d’une mère partie tragiquement à la suite d’un avortement compliqué. Ces blessures sont irréparables.

Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé du Bénin

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les députés béninois ont toutefois voté pour une modification de la loi sur la santé sexuelle et la reproduction qui datait de 2003. "Plusieurs familles continuent de pleurer la perte d’un enfant, d’une épouse, d’une mère partie tragiquement à la suite d’un avortement compliqué. Ces blessures sont irréparables", a avancé alors le ministre de la Santé du Bénin Benjamin Hounkpatin. Chaque année, selon les chiffres du gouvernement près de 200 femmes meurent au Bénin des suites de complications d'un avortement.

Voir aussi : Bénin : l'avortement est légalisé

Chargement du lecteur...

Totalement interdit dans une minorité de pays à travers le monde, l'accès à l'avortement demeure très restrictif voire illégal sur le continent africain. À Madagascar, la récente proposition d’une loi sur la légalisation de l'interruption thérapeutique de grossesse (qui vise à interrompre une grossesse pour des raisons médicales) a fait immédiatement l’objet d’une levée de boucliers.

Si l'avortement est un crime puni par le Code pénal malgache, dans les faits, des médecins réalisent en cachette certaines interventions, risquant jusqu'à 10 ans de prison. En République du Congo, à Djibouti, en Egypte, en Guinée-Bissau, au Sénégal et en République Démocratique du Congo, l’avortement reste illégal. Les pratiques clandestines sont cependant courantes, mettant en danger la santé des femmes.

Voir aussi : RD Congo : le tabou des avortements clandestins

Chargement du lecteur...

En Pologne, l'IVG est un droit menacé

Si ce sont globalement les femmes d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Océanie qui bénéficient des législations les plus libérales, certains pays durcissent encore l’accès à l’avortement.

En 22 octobre 2020, en Pologne, le Tribunal constitutionnel, soutenu par le gouvernement populiste de droite, a proscrit l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformation grave du foetus, ajoutant une restriction supplémentaire à l'accès d'IVG. Celui-ci est seulement autorisé en cas de viol ou d'inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Voir aussi : Pologne : l'avortement désormais pratiquement interdit

Chargement du lecteur...

Depuis cette décision du Tribunal, l’organisation Avortement sans frontières qui aide les femmes dans les pays européens où l’avortement est illégal ou restreint, a indiqué avoir aidé 34.000 Polonaises à avorter. 14 ONG dont Amnesty International et Human Rights Watch ont indiqué que les femmes polonaises « ont été confrontées à des obstacles extrêmes pour accéder à l'avortement légal au cours de l'année qui s’est écoulée ». Elles ont aussi ont exhorté la Commission européenne à mettre en œuvre « de toute urgence » un mécanisme liant l’accès aux fonds européens au respect des valeurs de l’UE.

<p>Des Irlandais pro-Yes réagissent après les résultats du référendum concernant le 8e amendement de la Constitution irlandaise, à Dublin, le 26 mai 2018.</p>

Des Irlandais pro-Yes réagissent après les résultats du référendum concernant le 8e amendement de la Constitution irlandaise, à Dublin, le 26 mai 2018.

AP/ Peter Morrison

En Europe, l'interdiction totale reste pour autant une exception : en Andorre, au Vatican et à Malte où l'avortement peut entrainer une peine de 18 mois à 3 ans de prison. En Irlande, l'avortement n'est légal que depuis 2018, à la suite d'un référendum historique abrogeant l'interdiction constitutionnelle de l'IVG. Il a également été libéralisé en 2019 en Irlande du Nord, seule partie du Royaume-Uni où il restait interdit.

En 2019, 9 États américains restreignent l'accès à l'avortement

En 1973, la Cour suprême des États-Unis reconnait dans son arrêt emblématique « Roe v. Wade » un droit des femmes à avorter. En 1992, elle précise que les femmes peuvent décider d’interrompre leur grossesse tant que le foetus n’est pas viable, ce qui est généralement compris autour de la 24e semaine.

Elle permet toutefois aux 50 Etats de conserver leur droit de légiférer en matière d'avortement, à condition que la santé des femmes ne soit pas compromise et que  la législation ne constitue pas un obstacle insurmontable pour les patientes. La notion d’"obstacle insurmontable" reste cependant sujette à interprétation.

Voir aussi : Etats-Unis : le Texas referme légalement la porte au droit à l'avortement

Chargement du lecteur...

Si bien qu'2019, sous le mandat du président conservateur et anti-avortement Donald Trump, 9 Etats des États-Unis ont passé un projet de loi visant à limiter l’accès à l’avortement. Le 16 mai de cette année, la gouverneure de l’Alabama promulgue la loi anti-avortement la plus stricte du pays. Le texte interdit la quasi-totalité des interruptions volontaires de grossesse, même en cas d'inceste ou de viol.

Plus récemment, au Texas, une loi qui bannit toute interruption volontaire de grossesse dès que les battements de coeur de l'embryon sont détectables, soit vers six semaines de grossesse, fait l’objet d’un vif débat. La Cour suprême américaine a annoncé qu'elle examinerait le 1er novembre la loi de plus près, tout en refusant de suspendre l'application du texte. Autre dispositif unique du texte : il confie aux citoyens le soin de faire respecter la mesure en les incitant à porter plainte contre les organisations qui aident les femmes à avorter illégalement. La dénonciation au-delà de six semaines peut entrainer une récompense financière d’au moins 10.000 dollars en cas de condamnation.

Voir aussi : Amérique latine : une vague verte pour le droit à l'avortement

Chargement du lecteur...

En 2020, en Amérique du Sud, l’Argentine a, elle, autorisé l'IVG jusqu’à 14 semaines de grossesse. Jusqu'ici, il n'était permis qu'en cas de viol ou danger pour la vie de la mère. Pour le Chili, il a fallu attendre septembre 2021. Au Brésil, l'accès à l'IVG reste très limité : en cas de viol, risque pour la mère ou grave malformation du foetus. Tandis qu’au Mexique, le 7 septembre 2021, la Cour suprême déclarait inconstitutionnelle l'interdiction de l'avortement, ouvrant la porte à la légalisation dans l'ensemble des 32 États du pays.

La Chine appelle à réduire les avortements

En Thaïlande, l’avortement a été décriminalisé en février 2021 et peut désormais être pratiqué jusqu’à douze semaines d’aménorrhée. En Corée du Sud, l’avortement n’est plus interdit depuis le 1er janvier 2021 bien qu’il ne soit pas entièrement légal car aucune législation n’a été adoptée pour remplacer l’ancienne. Il est en revanche entièrement interdit d’avorter aux Philippines et au Laos et autorisé en cas de danger pour la vie ou la santé de la femme au Bangladesh, en Birmanie et au Sri Lanka.

<p>Un homme bradit une pancarte anti-avortement , devant l'Église de Quiapo, à Manille, aux Philippines le 19 août 2011.</p>

Un homme bradit une pancarte anti-avortement , devant l'Église de Quiapo, à Manille, aux Philippines le 19 août 2011.

AP/Pat Roque

Contrairement à une bonne partie du reste de l'Asie, l’avortement est légal et très accessible en Chine. Après des décennies de politique de l'enfant unique, le pays le plus peuplé du monde tente de relancer son taux de natalité et d'encourager les couples à avoir plus d’enfants. Désormais, le gouvernement chinois appelle à réduire les avortements qui ne sont pas « nécessaires médicalement ».

En Irak, Liban, Syrie, Afghanistan, Arabie Saoudite, Yémen, l'IVG reste accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la mère.