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Bangladesh : Nusrat Jahan Rafi brûlée vive après avoir dénoncé une agression sexuelle

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TV5Monde

Une étudiante, Nusrat Jahan Rafi, a été brûlée vive pour avoir refusé de retirer sa plainte contre le directeur de son école qu'elle accusait de harcèlement sexuel. Des milliers de personnes sont venues assister à son enterrement pour dénoncer une situation systémique.

Étudiante au sein d'une école islamique, Nusrat Jahan Rafi, âgée de 19 ans, porte plainte au mois de mars dernier contre le directeur de son école, qu'elle accuse d'attouchements sexuels dans son bureau.

Une plainte qu'elle maintient, malgré les réactions de la police qui lui a assuré que l'incident n'était "pas une grosse affaire".

L'homme mis en cause est malgré tout arrêté et mis en détention.
Par la suite, des partisans du professeur - très influent - manifestent pour qu'il soit libéré. Nusrat et sa famille reçoivent même de multiples menaces de mort et des pressions afin que la jeune étudiante retire sa plainte.

Le 6 avril, alors qu'elle s'apprête à passer ses examens, Nusrat est attirée sur le toit de son école où cinq autres étudiants l'attendent, masqués. Ils lui demandent de retirer sa plainte, sous peine d'être brûlée, mais elle refuse. Elle est alors aspergée de kérosène et brûlée vive. Elle mourra cinq jours plus tard à l'hôpital.

Le professeur mis en cause, probable commanditaire du meurtre

La police a arrêté huit des 13 personnes accusées d'avoir participées au meurtre. Deux ont avoué que le meurtre avait été perpétré suite à une visite auprès du professeur accusé, durant laquelle il leur a ordonné d'agir ainsi.

Des milliers de personne ont assisté à l'enterrment de Nusrat et des centaines ont manifesté à Dacca, afin de protester contre le laxisme de l'Etat face à un phénomène systémique.

Les victimes, face à la surdité de l'Etat

Bien que la Première ministre a juré qu'elle traduirait en justice tous les responsables de ce crime, le bilan de son gouvernement en matière de poursuite dans les affaires de violence sexuelle est médiocre.

Le meurtre de Nusrat Jahan Rafi est advenu alors qu'a lieu le quatrième anniversaire d'une affaire de harcèlement sexuel massif d'au moins 20 femmes pendant les célébration du nouvel an bengali le 14 avril 2015. Durant les quatre années écoulées, l'affaire n'a pourtant que très peu avancée.

Les 14 et 15 avril, le quotidien Dhaka Tribune signalait au moins 8 viols au Bangladesh.
Le 15 avril 2019, une femme a été poignardée à mort alors qu'elle résistait à une tentative de viol à Chattogram.

Selon Ain O Salish Kendra, organisation bangladaise de défense des droits humains, ce sont plus de 700 cas de viols qui ont été rapportés en 2018.
Les cas sont donc nombreux, mais sûrement bien plus importants, car il est difficile de les évaluer tant de multiples agressions sont tues, à cause des possibles répercussions sur les familles des victimes et la culture du silence qui règne dans le pays.

La justice démunie

Même lorsqu'elles portent plainte, les victimes voient la probabilité d'une condamnation de leur(s) agresseur(s), dans les affaires de viol, passer de 0,5% à 0,3% entre 2016 et 2018. Des chiffres ridicules, mais qui n'ont pas non plus grand chose à envier à un pays comme la France où le taux oscille entre 1% et 2%.

Et lorsqu'il s'agit de s'attarder sur le silence des victimes, on se rend compte que ce phénomène s'est aggravé au fur et à mesure du temps car le Bangladesh n’a pas de loi sur la protection des témoins, mettant les victimes qui témoignent dans une position délicate, leur nom pouvant facilement fuiter. Elles risquent donc des menaces graves, du harcèlement, voire la mort. Une loi sur la protection des témoins a été rédigée par la Commission du droit du Bangladesh en 2006.... mais elle n’a toujours pas été adoptée.