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Belgique : la France accusée de "négligence" après une grave pollution fluviale

La rivière de la Meuse en Belgique. Photo prétexte.
La rivière de la Meuse en Belgique. Photo prétexte.
AP Photo/Virginia Mayo

La France est accusée par ses voisins belges de "négligence" pour avoir omis d'alerter sur une grave pollution fluviale, qualifiée de "catastrophe environnementale", dont un site du groupe sucrier français Tereos est à l'origine.

Le groupe sucrier Tereos affirme qu'il est "trop tôt pour établir de quelconques liens de causalité" entre la rupture d'un bassin de décantation d'une de ses usines dans le Nord et la pollution fluviale constatée en Belgique et qualifiée de "catastrophe environnementale".

Des dizaines de milliers de tonnes de poissons morts en Wallonie

"Jeudi, Tereos a été contacté suite à la découverte de poissons morts en Belgique à plus de 30 km de la sucrerie. A ce stade, il est encore trop tôt pour établir de quelconques liens de causalité", fait valoir la coopérative dans une déclaration transmise par mail à l'AFP, disant qu'elle "assumera sa responsabilité si elle venait à être établie".

Au total, 100.000 m3 de liquide noirâtre, essentiellement des matières organiques, se sont déversés dans la nature à partir du 9 avril, conséquence de la rupture d'une digue de l'usine Tereos de Thun-Saint-Martin qui retenait des eaux de lavage de betteraves.

Selon l'Office français de la biodiversité (OFB), ces eaux de lavage ont "rapidement saturé le milieu aquatique", d'abord dans des ruisseaux des environs avant d'atteindre l'Escaut, fleuve traversant la France, la Belgique et les Pays-Bas. En se dégradant dans l'eau, ces matières organiques consomment l'oxygène présente et "asphyxient tous les organismes vivant à proximité", d'après la même source.

"Catastrophe environnementale"

La région belge de Wallonie (concernée par 35 km du fleuve) a estimé à des dizaines de milliers de tonnes la quantité de poissons morts et regrette que la pollution n'ait "jamais été signalée par la France aux autorités belges", en infraction avec une procédure d'alerte internationale.

Accusée de "négligence" par la Belgique, la France a reconnu vendredi que "les eaux ont également ruisselé vers l’Escaut, fleuve international, qui fait l'objet d’une gestion coordonnée entre les différentes régions traversées". Mais "dans le cas précis de l'incident de la sucrerie Tereos, les mesures effectuées sur le terrain (par l’exploitant, l'OFB et la Dréal) le 10 avril n'ont pas mis en évidence de pollution (...) Il n’y a donc pas eu d'alerte aux régions situées en aval, en particulier côté belge", justifie dans un communiqué la préfecture du Nord (autorités régionales françaises). 

"Cependant, lorsque la mortalité piscicole est devenue significative côté français, des premiers signes de pollution ont également été mesurés côté belge. Dès lors, un échange a été instauré entre les services compétents des deux pays amis et l’État français est disposé à transmettre aux autorités belges dans le respect de la procédure judiciaire en cours, toute information utile", ajoute-t-elle.

Michel Lalande, préfet du Nord, "s’engage" par ailleurs "à prescrire la réalisation par l’exploitant d’une étude géotechnique de tous les bassins, en vue de mieux connaître leurs caractéristiques, leur état, et déterminer les travaux à prévoir ainsi qu’un plan de surveillance".

Tereos risque une amende pouvant atteindre 1 million d'euros

De son côté, Tereos dit avoir "immédiatement mis en oeuvre les actions nécessaires pour répondre à l’urgence de la situation et a d’emblée alerté les autorités compétentes françaises en évoquant le point spécifique de l’Escaut".

Le premier sucrier français (marque Béghin Say) assure également s'être "mobilisé en lien étroit avec les autorités locales françaises pour accompagner les quelques riverains affectés et les quatre agriculteurs dont le terrain a été inondé" et pour "participer au nettoyage des cours d’eau et accélérer le retour à la normale de leur taux en oxygène".

Le principe du "pollueur-payeur" pourrait valoir à Tereos une amende allant jusqu'à 1 million d'euros "et ce uniquement en Wallonie", selon la région wallone qui parle d'une "catastrophe environnementale".

Le parquet de Cambrai en France a indiqué avoir ouvert une enquête judiciaire pour déterminer précisément les conséquences de la rupture de la digue, car les poissons morts "ne sont que les parties visibles de la pollution".

En août 2018, des milliers de poissons de l'Oise (nord de la France) étaient morts à cause d'une pollution de matière organique due à une fuite sur une conduite d'une autre usine de Tereos.