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Belgique : la grève de la faim de 400 sans-papiers pointe du doigt les lacunes de la politique migratoire du pays

Un bénévole s'occupant d'un homme en difficulté dans une grande salle du campus de l'Université Libre de Bruxelles le 29 juin, en raison de la grève de la faim qu'il a entamé le 23 mai pour obtenir une régularisation des sans-papiers en Belgique.
Un bénévole s'occupant d'un homme en difficulté dans une grande salle du campus de l'Université Libre de Bruxelles le 29 juin, en raison de la grève de la faim qu'il a entamé le 23 mai pour obtenir une régularisation des sans-papiers en Belgique.
Francisco Seco / AP

Depuis le 23 mai, plus de 400 sans-papiers observent une grève de la faim à Bruxelles pour demander leur régularisation. Pour l'instant, le gouvernement refuse tout geste d'ouverture. L'état de santé de ces grévistes de la faim s'aggrave de jour en jour. État des lieux.

Chaque jour, les sirènes des ambulances se font de plus en plus fréquentes aux abords de l'église du Béguinage, du campus de l'Université Libre de Bruxelles et de celui de la Vrije Universiteit Brussel. Depuis le 23 mai, environ 400 personnes, majoritairement originaires d'Afrique du Nord, y sont en grève de la faim,  des sans-papiers pour la majorité. Depuis le début du mouvement, une ONG a dénombré 6 tentatives de suicide et de nombreuses hospitalisations.

Un "chantage" selon le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration

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 "On arrive à des situations extrêmes", s'inquiète Muriel Gonçalves, chargée de communication à Médecins du Monde Belgique. "C'est épouvantable de voir quelqu'un se détruire la santé comme ça." Elle fait aussi état de personnes ayant avalé des lames de rasoir et d'autres s'étant cousu la bouche. Plus le temps avance, plus la santé des sans-papiers se fragilise. "On craint le moment où il va y avoir un décès, poursuit-elle. C'est presque miraculeux qu'il n'y en ait pas eu à ce stade."

Sophie Devillé, du service études et politique du Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers (CIRÉ) explique que "le moral des personnes en grève de la faim est souvent au plus bas", surtout depuis les récentes déclarations du secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Sammy Mahdi. Le gouvernement ne laisse aucune porte à la négociation et Sammy Mahdi a même évoqué un "chantage" auquel il ne cèdera pas. TV5 Monde a sollicité le cabinet du secrétaire d'État à deux reprises, sans obtenir de réponse.

C'est une course contre la montre d'essayer de pousser les autorités à trouver une solution.

Sophie Devillé, du service études et politique du CIRÉ

Les rencontres se sont multipliées entre"des assos, des syndicats et des porte-paroles des personnes sans-papiers", mais "il n'y a aucune piste qui en est ressortie"confie Sophie Devillé. Celle-ci estime qu'il faudrait "que le gouvernement lui-même prenne position". "Les partis vont bouger s'ils sont incités à le faire", espère-t-elle.

Beaucoup de ces grévistes sur le territoire depuis plus de 10 ans

"Des recteurs de l'ensemble des universités du pays ont pris position"en faveur de la régularisation des grévistes de la faim, poursuit Sophie Devillé. Bon nombre d'acteurs de la société civile soutiennent la régularisation de ces sans-papiers. Les visites de solidarité se sont multipliées. Mais cet élan n'est pas suffisant, regrette t-elle : "C'est une course contre la montre d'essayer de pousser les autorités à trouver une solution.

Sophie Devillé dénonce également le discours politique sur la situation des sans -papiers. "On remet la responsabilité sur eux. Or, toutes les politiques qui ont été mises en place les 10 dernières années ont aggravé la situation." La plupart des sans-papiers en grève de la faim aujourd'hui sont sur le territoire belge depuis plus d'une dizaine d'années. Si la crise sanitaire a fait "augmenter une vulnérabilité qui était déjà là de base, la situation des sans-papiers est présente depuis des années."

"Depuis 2009, il y a toute une série de mesures qui ont été prises" pour "restreindre l'accès aux titres de séjours", constate la membre du CIRÉ. Par ailleurs, la dernière campagne de régularisation de sans-papiers en Belgique date de 2009. Une autre loi  prévoit une "condition de revenus" pour les regroupements familiaux. "Le regroupant doit disposer d’au moins 1.596,89 euros net par mois.", selon l'Office des étrangers belge.

Une situation enlisée et un manque de main d'oeuvre

Sophie Devillé précise que "plusieurs partis politiques ont essayé de trouver des solutions", comme le Parti Socialiste qui proposait une conférence interministérielle face à l'urgence de cette situation, ou encore le parti Ecolo qui réclamait une solution.   Mais "les partis de la majorité campent sur leurs positions" et refusent de tendre la main. L'association CIRÉ estime qu'entre 100 000 et 150 000 personnes sont sans-papiers en Belgique.

Ce personnel médical est déjà fatigué et on demande encore des personnes en plus de se mobiliser ce qui est extrêmement difficile.

Muriel Gonçalves, chargée de communication chez Médecins du Monde Belgique

Muriel Gonçalves explique que Médecins du Monde Belgique "donne un appui pour recruter des personnes bénévoles pour venir en aide et soutenir les personnes en grève de la faim d'un point de vue médical". Mais ce recrutement est mis à mal par l'épuisement du corps médical par la crise sanitaire. "Ce personnel médical est déjà fatigué et on demande encore des personnes en plus de se mobiliser ce qui est extrêmement difficile", s'inquiète-t-elle.

Les étudiants des deux universités bruxelloises ont aussi apporté leur soutien aux sans-papiers en installant un campement à proximité des lieux où les sans-papiers se trouvent. "Il y a même des concitoyens belges qui par solidarité qui ont décidé de faire la grève de la faim", ajoute Muriel Gonçalves. Récemment, un citoyen belge a été hospitalisé après avoir perdu connaissance en raison du manque d'alimentation.