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Belgique : pourquoi les étudiants français sont-ils de plus en plus nombreux ?

Eric Lambé, auteur et illustrateur, enseigne à l'École supérieure des Arts Saint-Luc à Bruxelles. Cette école accueille, elle aussi, des étudiants français.
Eric Lambé, auteur et illustrateur, enseigne à l'École supérieure des Arts Saint-Luc à Bruxelles. Cette école accueille, elle aussi, des étudiants français.
© RTBF

De plus en plus de Français étudient en Belgique. Un choix ? Pas toujours. La plateforme de sélection dans les universités françaises, Parcoursup, laisse de nombreux étudiants sur le carreau, qui poursuivent leur cursus en Belgique.

Un sur cinq. La Fédération Wallonie-Bruxelles en Belgique accueille cette année 40 000 étudiants étrangers, soit 20% des effectifs de ses universités. Parmi eux, la moitié vient de France, d’après l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur belge, l’ARES. Une tendance à la hausse.

Dans les colonnes du journal Le Monde, Arnaud Destrebecqz, doyen de la faculté de psychologie à l’Université Libre de Belgique, indique que « le nombre de dossiers d’inscription déposés par des Français a été multiplié par six en l’espace de deux ans ».

Un phénomène concomitant avec la réforme des conditions d’entrée dans les universités françaises, et la création de Parcoursup en janvier 2018. Une « roulette russe », estime Fabienne, une mère de famille.

Jointe par téléphone à La Réunion, Fabienne a inscrit son fils sur Parcoursup cette année. Sergueï a 20 ans, il veut devenir infirmier. En 2017, il prépare les concours d’entrée dans les écoles d’infirmiers. Pas de chance. La sélecion ne s'effectue plus sur concours, mais sur dossier, via la plateforme Parcoursup.

En 2018, Sergueï tente une première fois l’entrée dans ces écoles sur Parcoursup. Il n’est pris nulle part. S’ensuivent « huit mois de petits boulots », raconte sa mère. En 2019, rebelote. Sergueï se voit refuser l’entrée à « une cinquantaine d’écoles ». Son meilleur classement ? « La 2600ème place, et sur liste d’attente ! », lance Fabienne, qui dénonce une sélection « scandaleuse ».

La Belgique nous donne l’opportunité de réussir. [...] En France, on brise nos rêves.

David est un étudiant français. Il suit une formation d'aide-soignant en Belgique.

Face à cette kyrielle de refus, Fabienne remplit trois dossiers d’inscription en Belgique. Une fois l’équivalent de son baccalauréat belge en poche, son fils est admis à l’Institut Dominique Pire, à Bruxelles. Dans sa classe, 15 étudiants. 6 Français, "et d'autres étrangers, qui viennent d’Afrique, notamment de RDC", observe l’étudiant qui a commencé ses cours jeudi 5 septembre. Ses profs ? « Très sympas. » Quant au coût de la scolarité, il est « dérisoire », assure Fabienne. 120 euros l’année.
 

Une allocation pour les Français en Belgique

Les écoles d’infirmiers ont le vent en poupe. Cette formation a été la plus demandée en 2019 en France sur Parcoursup. Une aubaine ; le métier d’infirmier est « en tension » en France, c’est-à-dire parmi les plus recherchés. Pôle Emploi, l’agence en charge des demandeurs d’emploi, accorde donc une bourse, sous certaines conditions, aux allocataires d’une indemnité chômage qui vont étudier... en Belgique.

David commence ce lundi 9 septembre une formation d’aide-soignant à Tournai, près de la frontière avec la France. Il percevra « 652 euros par mois » de Pôle Emploi. Âgé de 27 ans, David a déjà passé le concours d’aide-soignant en France, mais avait dû renoncer à ses études, au vu de leur coût. 4 800 euros en France, 230 à Tournai. « La Belgique nous donne l’opportunité de réussir », assure cet habitant de Quiévrechain, dans le Nord. « En France, on brise nos rêves. »
 

Quotas et tirages en sort

Médecine, kinésithérapie, psychologie ou orthophonie.  D’autres filières, médicales et paramédicales voient, elles aussi, une explosion des étudiants étrangers sur leurs bancs. Des quotas ont été mis en place ; 30% d’étudiants ne résidant pas en Belgique depuis plus de 3 ans sont admis, sur la totalité de la promotion.

Pour les recalés à ces filières soumises aux quotas, reste le tirage au sort. 1 152 étrangers pourront ainsi rejoindre les bancs des universités de la fédération Wallonie-Bruxelles en 2019. Au-delà des amphithéâtres de plus en plus remplis outre-Quiévrain, s’ajoute le problème du financement de la scolarité de ces étudiants.

En Belgique francophone, un système budgétaire dit « à enveloppe fermée » est en vigueur. Autrement dit, les moyens alloués n’augmentent pas proportionnellement au nombre d’étudiants.

En novembre 2018, la Fédération des Étudiants Francophones, et la Fédération Belge des Psychologues, dénonçaient « des auditoires surpeuplés ». La Belgique, victime de son bon niveau d’enseignement ? David, qui traverse désormais la frontière tous les jours pour étudier, est ravi de sa formation, « valorisée » en France. Qu’importe. Le futur aide-soignant s'imagine déjà travailler en Belgique.