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Belgique : un "blackface" malvenu au pied du controversé AfricaMuseum

© Patricia Slack via Facebook

Alors que le Musée royal de l'Afrique centrale (AfricaMuseum) vient de faire peau neuve après cinq ans de travaux et de réflexion autour de la "décolonisation", une fête organisée à ses pieds dimanche 4 août 2019 a rouvert des plaies douloureuses. Un "blackface" et des stéréotypes se sont invités à un événement censé célébrer la musique afro-house. 

Huit mois après sa réouverture au public, le Musée royal de l'Afrique centrale continue d'être au coeur de la polémique. Manifestement la "décolonisation" voulue et entreprise après cinq ans de travaux de réflexion et de rénovation n'est pas entrée dans tous les esprits.

A l'occasion d'un "Thé Dansant" organisé dimanche au parc de Tervueren, tout à côté du controversé AfricaMuseum, ayant pour thème musical l’afro-house et pour consigne vestimentaire "les couelurs de l'Afrique", les quelque 2000 participants n'ont pas hésité à véhiculer des stéréotypes racistes.

Habits coloniaux, tenues africaines bigarrées, et surtout un "blackface"("grimage en Noir") affiché par l'un des invités ont eu de quoi raviver un douloureux passé colonial.

Cafe Congo, qui fait de la culture congolaise et de la réflexion sur les relations belgo-congolaises une de ses missions, a tout de suite réagi dans un post sur Facebook :
 

 
"L'AfricaMuseum reste toujours un symbole de la colonisation en Belgique. Si vous tenez un événement au pied d’un immeuble qui a beaucoup retenu l’attention des médias au cours de l’année écoulée, il est très grave que Thé Dansant ne se rende pas compte qu’une "petite fête déguisée africaine" peut provoquer des réactions de colère, et d'autant plus à cet endroit." 

Qu'est-ce que "Thé Dansant" ? 

"Thé Dansant" est une idée lancée il y a une dizaine d'années par deux fans de musique électronique, les frères belges Kjell et Tijl Materman. Objectif : organiser des fêtes costumées en plein jour et en plein air dans des lieux uniques de Belgique tous les dimanches d'été.

Les organisateurs de Thé Dansant à l'AfricaMuseum : Kjell Materman (à gauche) et son frère Tijl (à droite) et Didier Dos Santos (au milieu). © Illias Teirlinck

Dimanche dernier, le 4 août 2019, la fête a dérapé... Le lieu ainsi que le code vestimentaire choisis ont lancé une vive polémique en Belgique. L'endroit du rendez-vous était le parc de Tervueren, à l’ombre de l'AfricaMuseum, le Musée royal de l’Afrique centrale et le thème de l’habillage : "l'Afrique". 

Alors que la controverse enflait sur l'emplacement et la thématique de ce dresscode, l’organisateur, Kjell Materman, s'interrogeait : "On peut quand même encore utiliser l'Afrique comme code vestimentaire, non ?".  

L' AfricaMuseum prend ses distances 


Cette nouvelle polémique intervient au moment où la Belgique tente de faire son devoir de mémoire et son mea culpa vis-à-vis de son ancienne colonie congolaise. 

Un siècle après sa création, la réouverture en décembre 2018 de l'ancien musée de Léopold II avait pour ambition de faire entrer l'ex-pays colonisateur dans la modernité en présentant une "vision contemporaine et décolonisée", telle que promue dans le communiqué de presse de l'époque.

Las ! Outre l'absence du Roi Philippe, l'inauguration du Musée avait également été obscurcie par les protestations venues de la République démocratique du Congo et de son président d'alors, Joseph Kabila, qui avait profité de l'occasion pour demander des restitutions d'objets afin d'alimenter son tout nouveau Musée national de la République démocratique du Congo à Kinshasa (livré en juin 2019 par des Sud-Coréens). 

Aujourd'hui, face à une nouvelle déferlante de critiques, l'AfricaMuseum a pris ses distances avec l'événement de dimanche dernier sur sa page Instagram. Et fait amende honorable... mais après trois jours de polémique :
 

"MESSAGE IMPORTANT - Dimanche dernier, Thé Dansant a organisé un événement "AfroHouse" au parc de Tervueren. Comme nous l'avons indiqué dans un message précédent, AfricaMuseum n'est pas l'organisateur de cet événement. Nous avons accepté de fournir un accès au site sur la recommandation de la municipalité de Tervueren. Quand l'événement a été annoncé sur Facebook, nous avons constaté que le dresscode suggéré par Thé Dansant était susceptible d'encourager des représentations hautement clichées et stéréotypées des personnes d'origine africaine. Le Musée à tout de suite contacté Thé Dansant pour pointer les conséquences potentielles de cette approche et demander aux organisateurs de changer le dresscode. Cette mesure s'est avérée insuffisante puisque plusieurs participants ont tout de même choisi de porter des habits stéréotypés. Plusieurs photos blessantes et humiliantes prises lors de cet événement circulent à présent sur internet. L'AfricaMuseum a méjugée la situation et aurait du jouer un rôle plus conséquent pour imposer ses conditions en avance. Nous prenons cet incident au sérieux et voulons nous excuser pour avoir mal géré la situation de telle sorte que cela ce soit produit. Nous prenons la responsabilité de cette erreur de jugement et travaillons sur un plan d'action éthique dans le cadre de prochains événements afin que cela ne se reproduise plus."


En attendant, certains ont déjà pris leurs précautions. C'est le cas du Festival WeCanDance à Zeebrugge qui s'apprête à accueillir le week-end du 9 au 11 août 2019 pas moins de 35 000 personnes sur le thème de "Safari Nomads". 

Les "blackfaces" y sont tout simplement bannis.
 

"Il est clair que ceci est un costume non drôle, une mauvaise idée avec une histoire déprimante, qui est à l'opposé de la fête"