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Biélorussie : Emmanuel Macron rencontre Svetlana Tikhanovskaïa en Lituanie

Svetlana Tikhanovskaïa, candidate à la présidentielle biélorusse en août dernier, ici lors d'un meeting le 23 juillet, compte notamment sur le soutien du président français, Emmanuel Macron, pour régler la crise à l'oeuvre en Biélorussie. 
Svetlana Tikhanovskaïa, candidate à la présidentielle biélorusse en août dernier, ici lors d'un meeting le 23 juillet, compte notamment sur le soutien du président français, Emmanuel Macron, pour régler la crise à l'oeuvre en Biélorussie. 
Sergei Grits (AP)

Emmanuel Macron a rencontré l’opposante biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, en Lituanie, mardi 29 septembre. Cette dernière compte sur la médiation de « l’un des leaders les plus puissants dans le monde » pour résoudre la crise à l’œuvre en Biélorussie depuis bientôt deux mois. L'opposante biélorusse  annonce aussi un discours devant l'Assemblée nationale française. De son côté, l’Union européenne pourrait s’accorder sur des sanctions à l’encontre du régime d'Alexandre Loukachenko, lors d’un sommet prévu jeudi et vendredi. 

"Nous avons reçu une invitation à prendre la parole devant le Parlement français et nous l'avons acceptée", a-t-elle déclaré à Vilnius, où elle s'est réfugiée.

Cette rencontre était la plus importante pour Mme Tikhanovskaïa depuis l'élection présidentielle du 9 août, dont elle réclame la victoire face au président bélarusse Alexandre Loukachenko. 

L'opposante a déjà rencontré les ministres des Affaires étrangères de l'UE et les dirigeants de la Pologne et de la Lituanie, deux États européens voisins du Bélarus.

"Nous ferons de notre mieux en tant qu'Européens pour aider à la médiation", a déclaré M. Macron aux journalistes, en anglais, à l'issue de sa rencontre avec Mme Tikhanovskaïa à Vilnius. Il a précisé qu'il comptait "revenir à la médiation de l'OSCE afin de progresser".

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe avait proposé son aide à négocier la fin de la crise au Bélarus.

M. Macron "soutient l'idée de la médiation parce qu'il comprend que des pays puissants doivent être impliqués pour entamer des négociations avec Loukachenko. Il est prêt à apporter son aide sur ce point", a déclaré l'opposante biélorusse. 

"Je pense qu'il parlera de la Biélorussie avec la partie russe et qu'il fera tout son possible pour impliquer la Russie dans ces négociations", a-t-elle ajouté. 

Selon elle, la crise devrait être résolue "aussitôt que possible" et de nouvelles élections libres et équitables devraient être organisées avant la fin de l'année.

Les manifestations de masse qui se poursuivent au Bélarus depuis l'élection sont violemment réprimées par le régime. Le mari de Mme Tikhanovskaïa, Sergueï, reste en prison, accusé d'avoir tenté de renverser le gouvernement.

Selon Mme Tikhanovskaïa, M. Macron a promis de "faire tout son possible pour libérer tous les prisonniers politiques". "Pour M. Macron, ce n'est pas seulement de l'intérêt politique, il y voit de l'intérêt en tant qu'être humain car nos droits sont bafoués, nous avons une dictature. Il comprend les gens qui se battent pour leurs droits", a-t-elle ajouté.

La cheffe de file de l'opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, avait appelé lundi Emmanuel Macron à être "le médiateur dont nous avons terriblement besoin" pour résoudre la crise en Biélorussie, dans un entretien à l'AFP lundi à Vilnius, où le président français a atterri lundi après-midi.
 

"Terriblement besoin d'une médiation"


"Nous avons terriblement besoin d'une médiation pour éviter que davantage de sang soit versé. M. Macron pourrait être ce médiateur, avec les leaders d'autres pays. Il pourrait être capable d'influencer M. Poutine, avec lequel il a de bonnes relations", a avancé Mme Tikhanovskaïa, qui devrait rencontrer le président français, mardi. Ce dernier serait le premier leader international à s’entretenir avec l’opposante en fuite.

"M. Macron et la France sont connus pour avoir joué les médiateurs dans beaucoup d'autres cas. Bien sûr nous préférerions résoudre ce problème nous-mêmes mais nous voyons que les atrocités continuent, que le peuple biélorusse souffre et que nos autorités n'initient pas de dialogue, a-t-elle justifié. M. Macron est l’un des leaders les plus puissants en Europe et dans le monde et il pourrait être au moins l'un des médiateurs."

Dimanche, à la veille de son départ à Vilnius, le président français a demandé clairement le départ du président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, dont ni l'UE ni les Etats-Unis ne reconnaissent l'élection, jugée frauduleuse.

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"Loukachenko doit partir", a-t-il réclamé dans une interview, en saluant le courage des manifestants biélorusses qui ont de nouveau défilé par milliers dimanche contre le régime.

L'opposante s'est dite "très satisfaite" de sa déclaration mais attend maintenant de la France et de l'Europe un soutien concret.

"Je voudrais lui demander de ne pas aider financièrement le régime et de refuser toute relation commerciale avec des entreprises qui le soutiennent. Nous voudrions aussi qu'il soutienne des sanctions individuelles contre les responsables des crimes commis après les élections et contre des entreprises et hommes d'affaires qui soutiennent le régime".

“Il y a en Europe des pays plus courageux et d'autres moins, ce qui ne signifie pas qu'ils ne nous soutiennent pas", a-t-elle commenté, à propos de l'échec des 27 à tomber d'accord sur des sanctions en raison d'un véto chypriote.

Elle a, par ailleurs, assuré que "les manifestations en Biélorussie ne vont pas cesser. Les gens n'accepteront plus ce régime sous lequel ils vivent depuis des années. Ils le combattront de plus en plus."

"Moi, je ne peux pas m'arrêter et abandonner, parce que trop d'innocents sont en prison", a ajouté l'opposante, qui s'est réfugiée en Lituanie le 11 août après avoir revendiqué la victoire à la présidentielle du 9 août.

Une liste de personnes à sanctionner

De son côté, l’Union européenne s’attellera à tomber d’accord sur d’éventuelles sanctions à venir contre le régime Loukachenko, les jeudi 1er et vendredi 2 octobre, lors d’un sommet européen. C’est en tous cas l’objectif que s’est fixé, lundi 28 septembre, le président du Conseil européen, Charles Michel.

Seul problème, l’adoption de sanctions est conditionnée à l’unanimité des 27 Etats membres. Or, depuis des semaines, Chypre bloque un accord, réservant son approbation à l'adoption de sanctions européennes pour faire cesser les opérations de forage de gaz menées par la Turquie dans ses eaux.

"Nous devons travailler très dur et ce sera le cas dans la perspective du sommet européen à la fin de cette semaine : j'attends et j'espère que nous mettions en œuvre ce que nous avons décidé en août", a annoncé Charles Michel, au cours d'une discussion organisé par le think tank Bruegel.

Lors de ce débat, M. Michel s'est cependant montré très sceptique sur l'abandon de l'unanimité en politique étrangère dans l'UE, prôné par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour sanctionner la violation des droits humains.

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"L'unanimité favorise l'adhésion durable des 27 pays à la stratégie délibérée ensemble. Alors je m'interroge: le renoncement à l'unanimité n'est-il pas une fausse bonne idée ? N'y a-t-il pas d'autres réformes plus pertinentes pour agir plus vite sur le plan international, sans perdre la valeur ajoutée de notre unanimité ?", s'est interrogé l'ancien Premier ministre belge.

"Certes, l'exigence d'unanimité ralentit et parfois même empêche la décision. Mais cette exigence conduit à déployer des efforts constants pour souder les Etats membres les uns aux autres", a-t-il ajouté.

L'UE a d’ores et déjà élaboré une liste comprenant une quarantaine de personnes qu'elle souhaite sanctionner pour leur rôle dans la falsification des résultats de la présidentielle du 9 août et la répression des manifestations contre le régime du président réélu.

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