Info

Bioéthique et PMA: quand les députés se livrent dans l'hémicycle

L'entrée de l'Assemblée nationale le 25 mars 201
L'entrée de l'Assemblée nationale le 25 mars 201
afp.com - KENZO TRIBOUILLARD
La députée LR Emilie Bonnivrard à l'Assemblée Nationale le 9 août 2017
La députée LR Emilie Bonnivrard à l'Assemblée Nationale le 9 août 2017
afp.com - JACQUES DEMARTHON
Le député Joachim Son-Forget, le 25 septembre 2019 à l'Assemblée Nationale
Le député Joachim Son-Forget, le 25 septembre 2019 à l'Assemblée Nationale
afp.com - Philippe LOPEZ

Un parlementaire qui a vécu la PMA, une "femme seule" s'interrogeant sur les enfants sans père, ou encore un élu au bord des larmes au sujet du diagnostic pré-implantatoire : plusieurs députés se sont dévoilés de manière inhabituelle, lors des débats sur le projet de loi bioéthique.

L'examen en première lecture à l'Assemblée de ce copieux texte s'est achevé mercredi soir au bout de deux semaines et demie d'échanges passionnés, au-delà des clivages traditionnels. Son vote solennel aura lieu mardi.

Ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules, mais aussi autoconservation des ovocytes et tests génétiques: "quand on est sur la bioéthique, on va sur l'intime", d'où des expressions peu ordinaires dans l'hémicycle, souligne une participante.

"J'ai eu un père mais j'ai été élevé par ma mère et ma grand-mère. Cela n'a pas fait de moi un délinquant", a lancé Jacques Marilossian (LREM) à la droite, vent debout contre "l'absence de père" dans cet élargissement de la PMA.

Cet élu des Hauts-de-Seine a aussi confié avoir eu recours avec sa femme à la PMA: "Nous ne créons pas des enfants d'un coup de baguette magique ! Le succès n'est pas garanti !", a-t-il souligné à ceux qui critiquaient des "bébés sur commande".

Plus tard, Emilie Bonnivard (LR), "femme seule" de 39 ans, a fait part de ses doutes: "Est-ce mon rôle, en tant que législateur – quels que soient, sur le plan personnel, mon désir ou ma situation –, de créer un ordre qui prive, a priori, un enfant de père ?"

Autre moment fort avec Marc Le Fur, vice-président LR de l'Assemblée: pour appuyer le rejet de la PMA post-mortem, il a raconté son deuil d'une femme qu'il "aimai(t)". Et de plaider: "Il faut que la vie l'emporte (...) Un enfant existe par lui-même. Il n'a pas vocation à être le substitut d'un être qui nous a quittés".

- "En prise avec le réel" -

Le projet de loi prévoit pour les enfants nés de PMA d'avoir accès à leurs origines à leur majorité, une mesure qui a suscité des réticences sur quasiment tous les bancs. Né en Corée et adopté par une famille française, Joachim Son-Forget (UDI-Agir) a insisté sur le poids de "l'ignorance de notre lignée, en particulier à certains moments de la vie".

D'autres chapitres du projet de loi ont donné lieu à des moments poignants. Pour contrer un amendement LR visant à rétablir un délai de réflexion d'une semaine avant une interruption médicale de grossesse, Michèle Peyron (LREM) a raconté avoir subi une telle IMG, "décidée après cinq mois de grossesse".

Echographies, analyses, accouchement provoqué: "Je peux vous assurer que l'on a le temps de se préparer à cet acte", a-t-elle confessé.

Point d'orgue de ces cas personnels, Vincent Thiébaut (LREM), la gorge nouée, s'est interrogé sur "la pertinence" du diagnostic pré-implantatoire. Et pour cause: il est "père de jumeaux, sourds profonds du fait d'une maladie génétique", "nés par FIV" (fécondation in vitro), et qui lui ont "ouvert les yeux, à travers leur handicap, sur des choses qu'(il) n'aurai(t) jamais pu imaginer".

"N'ouvrons pas la boîte de Pandore au nom d'une volonté d'harmonisation ou de standardisation", a conjuré cet élu du Bas-Rhin.

"Ces témoignages, sur des points extrêmement techniques, nous aident à cheminer" et à être en prise avec "le réel", souligne Nathalie Elimas (MoDem).

Ils étaient "spontanés" et "à chaque fois utiles au débat", juge le corapporteur Jean-François Eliaou (LREM), qui est allé comme d'autres saluer ces intervenants s'étant exprimés "devant la Nation".

Pour sa part, tout en prêtant attention à ces "accents de vérité, de sincérité", Constance Le Grip (LR) note que son groupe généralement évite de "mettre en avant telle ou telle spécificité des parcours de vie" afin de légiférer au nom de l'intérêt général.

En 2013 lors des débats sur le mariage pour tous, les évocations de la vie privée avaient parfois suscité le malaise, voire des accusations d'instrumentalisation. Six ans après, de l'avis de tous les groupes politiques, le respect a dominé les échanges.