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Birmanie : au moins trois morts et 70 disparus après un glissement de terrain dans une mine

Les accidents sont fréquents dans les mines de jade du nord du pays, comme en juillet 2020 lorsqu'un glissement de terrain avait fait plus de 170 morts. AP/Zaw Moe Htet.
Les accidents sont fréquents dans les mines de jade du nord du pays, comme en juillet 2020 lorsqu'un glissement de terrain avait fait plus de 170 morts. AP/Zaw Moe Htet.

Au nord de la Birmanie, un glissement de terrain dans une mine de jade a fait au moins trois morts et plus de 70 disparus. Les recherches se poursuivent pour retrouver les survivants, ou les corps des victimes.

Dans la nuit de mardi à mercredi, un glissement de terrain dans le nord de la Birmanie a provoqué la disparition de dizaines de personnes, et au moins trois morts.

L'accident s'est produit dans une mine de jade de Hpakant. "Environ 70 à 100 personnes sont portées disparues (...) autour de 4 heures du matin" dans l'Etat Kayah, a déclaré Ko Ny, un membre de l'équipe de sauvetage, à l'AFP. "Nous avons envoyé 25 blessés à l'hôpital", a-t-il ajouté. Le journal Kachin News a de son côté annoncé que vingt mineurs auraient été tués dans le glissement.

Pompiers et secouristes à la recherche des corps

Environ 200 secouristes participent selon le sauveteur aux recherches, certains à bord de bateaux pour tenter de repêcher des corps sur un lac, tout comme les pompiers de la ville. Ils n'ont pour l'instant pas communiqué de bilan. Le premier corps a été retrouvé dès mercredi, et les autres dans la matinée de jeudi. 

L'accident a eu lieu dans un gisement de jade, une industrie lucrative mais opaque et peu réglementée, où les conditions de travail sont très dangereuses. 

Accidents fréquents 

De fortes pluies de mousson avaient provoqué en 2020 la pire catastrophe de cette nature, avec 300 mineurs ensevelis après un glissement de terrain dans le massif d'Hpakant, le coeur de cette industrie, près de la frontière chinoise. Cette catastrophe survenue en juillet avait provoqué la mort de plus de 170 personnes. 
 

En Birmanie, des dizaines de mineurs meurent chaque année en travaillant dans ces carrières. Les glissements de terrain sont fréquents dans cette région pauvre et difficile d'accès, aux allures de paysage lunaire tant elle a été altérée par les grands groupes miniers, au mépris de l'environnement.

À la suite d'un moratoire en 2016, beaucoup de grandes mines ont fermé et ne sont plus surveillées, permettant le retour de nombreux mineurs indépendants. Issus de communautés ethniques défavorisées, ces derniers opèrent quasi clandestinement dans des sites laissés à l'abandon par les pelleteuses.

Le jade : un commerce de contrebande

Le commerce de jade génère plus de 30 milliards de dollars par an, près de la moitié du Produit intérieur brut du pays.

Une très faible partie de cette manne financière finit dans les caisses de l'Etat birman, la plupart du jade de qualité étant passé en contrebande en Chine où la demande pour cette pierre, censée symboliser la prospérité, semble insatiable.

Ce commerce draine en revanche des fortunes pour les militaires qui contrôlent l'accès à la région de Hpakant depuis le début des années 1990 et détiennent de nombreuses concessions minières.

Autre acteur incontournable: l'Armée de l'indépendance Kachin (KIA), une faction rebelle en lutte depuis des décennies avec les militaires pour le contrôle des mines et des revenus qu'elles génèrent. Au final, tout le monde perçoit des pots-de-vin et le jade finance de nombreux conflits entre militaires et groupes ethniques dans la région et même au-delà.

Le coup d'Etat de février a anéanti toute chance d'aboutir à une réforme du secteur initiée sous Aung San Suu Kyi, a indiqué l'organisme de surveillance Global Witness dans un rapport publié en 2021.