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Birmanie : Aung San Suu Kyi condamnée à une nouvelle peine de prison par la junte

L'ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi lors d'un sommet organisé en Thaïlande en novembre 2019. 
L'ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi lors d'un sommet organisé en Thaïlande en novembre 2019. 
AP/Wason Wanichakorn

La junte birmane resserre son étau contre Aung San Suu Kyi. L’ex-dirigeante birmane est condamnée à une peine de six ans de prison supplémentaires au cours d'un procès fleuve dénoncé par la communauté internationale. 

La lauréate du prix Nobel de la paix sortira-t-elle un jour de prison ? Aung San Suu Kyi,  aujourd’hui âgée de 77 ans, déjà condamnée pour un total de onze ans de détention, est reconnue coupable de quatre charges de corruption. 

Arrêtée lors du coup d'Etat militaire du 1er février 2021, Aung San Suu Kyi risque des décennies de prison. Elle a été placée à l'isolement dans une prison de Naypyidaw fin juin. Elle est visée par une multitude d'infractions: violation d'une loi sur les secrets d'Etat datant de l'époque coloniale, fraude électorale, sédition, corruption….

Un procès à huis clos, “pour punir” la politicienne

Il s'agit d'un "affront à la justice et à l'État de droit", a réagi un porte-parole du Département d'Etat américain après l’énoncé du verdict. Washington appelle à la "libération immédiate d'Aung San Suu Kyi et de tous ceux injustement détenus, parmi lesquels des représentants démocratiquements élus.

Des manifestants brandissent le portrait de l'ancienne dirigeante Aung San Suu Kyi lors d'un rassemblement à Yangon, en Birmanie. Avril 2021. 
Des manifestants brandissent le portrait de l'ancienne dirigeante Aung San Suu Kyi lors d'un rassemblement à Yangon, en Birmanie. Avril 2021. 
AP

L’ancienne dirigeante birmane a aussi été jugée pour importation et possession illégale de talkies-walkies, violation des restrictions liées au coronavirus et incitation aux troubles publics. "Sourds à l'indignation nationale et internationale, les procès pour punir Suu Kyi et ses proches ont pour but d'effacer le passé démocratique" de la Birmanie, a réagi auprès de l'AFP l'analyste politique David Mathieson.

    C'est dans cet établissement pénitentiaire de la capitale que se poursuit son procès, qui a débuté il y a plus d'un an, à huis clos. Ses avocats ont aussi interdiction de parler à la presse et aux organisations internationales. Fin avril, la prix Nobel a été condamnée à cinq ans de prison en vertu de la loi anti-corruption, pour avoir perçu 600.000 dollars et plus de onze kilos d'or de pots-de-vin de l'ancien ministre en charge de la région de Rangoun. 

    De nombreuses voix dénoncent un “acharnement judiciaire”

    "Leur intention est claire pour tout le monde, sauf pour la communauté internationale", dont les sanctions sont jugées trop légères par certains observateurs, a-t-il poursuivi. De nombreuses voix dénoncent un acharnement judiciaire motivé, selon elles, par des considérations politiques. Il s'agirait de mettre en touche de manière définitive la fille du héros de l'indépendance et grande gagnante des élections de 2015 et de 2020. 

    Plusieurs de ses proches ont été condamnés à de lourdes peines : 75 ans de prison pour un ancien ministre, 20 ans pour un de ses collaborateurs. Un ancien député de son parti condamné à mort, Phyo Zeya Thaw, a été exécuté fin juillet. D'autres se sont exilés ou sont entrés en clandestinité. Une partie de ces élus déchus ont formé un "gouvernement d'unité nationale" (NUG) mais celui-ci ne contrôle aucun territoire, et n'a été reconnu par aucun gouvernement étranger. 

    Les États-Unis s’inquiètent des élections prévues en 2023

    L'envoyé spécial de l'Asean pour la Birmanie, mandaté pour trouver une sortie de crise, n'a pas été autorisé à la rencontrer lors de sa plus récente visite, fin juin. L'armée au pouvoir, elle, défend son projet d'organiser des élections à l'été 2023. 
     

    Les États-Unis ont déjà rejeté ce "simulacre" d'élections qui ne peuvent être "ni libres ni justes dans les conditions actuelles", selon le secrétaire d'Etat Antony Blinken. La junte, de plus en plus isolée sur la scène internationale, a pris le pouvoir par la force sous prétexte de prétendues fraudes aux élections de l'année précédente. Elles avaient été remportées de façon écrasante par le parti d'Aung San Suu Kyi, mettant fin à une décennie de transition démocratique. 

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    Le putsch a fait plonger le pays dans le chaos. Près de 2.100 civils ont été tués par les forces de sécurité et plus de 15.000 arrêtés, d'après une ONG locale. Aung San Suu Kyi reste une figure très populaire en Birmanie, même si son image internationale a été écornée par son incapacité à défendre la minorité musulmane des Rohingyas, victimes d'exactions de l'armée en 2016 et 2017 - un "génocide" selon Washington.