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Birmanie : Aung San Suu Kyi ou le destin tumultueux de la Birmanie

 Aung San Suu Kiy au sommet de l'ASEAN à Nonthaburi (Thaïlande), le 3/11/2019.<br />
 
 Aung San Suu Kiy au sommet de l'ASEAN à Nonthaburi (Thaïlande), le 3/11/2019.
 
AP Photo/Wason Wanichakorn.

Aung San Suu Kyi risque de finir ses jours en détention. L'ex-chef du gouvernement civil a été condamnée ce lundi 6 décembre à quatre ans de prison par la junte militaire pour "incitation aux troubles publics et violation des règles sanitaires liées au Covid". Aung San Suu Kyi, icône de la démocratie, puis paria sur la scène internationale avec le drame des musulmans rohyngyas, incarne le destin tumultueux de la Birmanie.

L'ex-dirigeante, renversée par un coup d'Etat en février, a passé près de quinze ans en résidence surveillée sous les précédentes dictatures militaires. Confinée dans sa maison au bord d'un lac à Rangoun, elle s'adressait alors à des centaines de partisans réunis de l'autre côté de la clôture de son jardin.

Aujourd'hui, sa situation est radicalement différente. Tenue au secret dans la capitale Naypyidaw, ses contacts avec l'extérieur se limitent à de brèves rencontres avec ses avocats. Beaucoup de ses proches ont été arrêtés ou sont en fuite.

Les généraux sont bien décidés à la faire définitivement taire. Elle est inculpée d'une multitude d'infractions (sédition, corruption, fraude électorale...) et risque des décennies de prison.

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Je ne crois pas en l'espoir, je ne crois que dans le travail (...) L'espoir seul ne nous mène nulle part.

Déclaration d'Aung San Suu Kyi en août 2015.

Quelques mois plus tard, son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), remportait un scrutin historique et Suu Kyi était propulsée à la tête de l'exécutif.

Une position qu'elle aurait dû conserver après le triomphe de la LND aux législatives de 2020, si les généraux n'en avaient pas décidé autrement.

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1988 : naissance de l'icône 

La vie d'Aung San Suu Kyi a toujours flirté avec le drame. En 1947, son père, héros de l'indépendance, est assassiné. Elle n'a que deux ans et vit ensuite longtemps en exil, en Inde puis en Grande-Bretagne, l'ex-puissance coloniale.

Elle y mène la vie d'une femme au foyer, mariée à un universitaire d'Oxford spécialiste du Tibet, Michael Aris, avec qui elle a deux enfants.

En 1988, elle rentre en Birmanie au chevet de sa mère et surprend tout le monde en décidant de s'impliquer dans le destin de son pays, en pleine révolte contre le régime militaire.

"Je ne pouvais pas, en tant que fille de mon père, rester indifférente", lance-t-elle lors de son premier discours.

La répression de 1988 fait quelque 3.000 morts, mais marque la naissance de l'icône pour tout un peuple écrasé par la dictature depuis 1962.

Autorisée à former la LND,  elle est rapidement placée en résidence surveillée et assiste, de loin, à la victoire de son parti aux élections de 1990, un résultat que la junte refuse de reconnaître.

1991 : prix Nobel pour son combat pour la démocratie

En 1991, Suu Kyi reçoit le prix Nobel de la paix mais ne peut se rendre à Oslo. Elle attendra plus de 20 ans pour venir chercher la récompense. 

Quelques années plus tard, son mari, resté au Royaume-Uni, meurt d'un cancer sans qu'elle puisse lui dire adieu.

Après près de quinze ans de résidence surveillée, elle est libérée en 2010 et entre au Parlement, deux ans plus tard, dans la foulée de l'autodissolution de la junte. La victoire de son parti en 2015 lui donne les clés du gouvernement.

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Rapidement, l'image de l'icône se fendille.

Certains lui reprochent sa conception autocratique du pouvoir, piégée par sa "position de quasi-princesse adulée dans son pays", commente le politologue Nicholas Farrelly. 

Elle est aussi obligée de composer avec les militaires restés très puissants. En 2017, quelque 750.000 musulmans rohingyas fuient les exactions de l'armée et de milices bouddhistes, un drame qui vaut à la Birmanie d'être accusée de "génocide" devant la Cour internationale de Justice (CIJ).

Suu Kyi ne condamne pas les généraux. Pire, elle décide de venir en personne défendre son pays devant la Cour, niant "toute intention génocidaire". Mais la victoire de son parti aux législatives de 2020 provoque l'ire des militaires et elle est renversée.

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Enfermée, réduite au silence, "Mère Suu" a peu d'influence sur la Birmanie d'aujourd'hui. De nombreux Birmans ont même renoncé à l'un de ses principes fondamentaux, la non-violence, et mènent des opérations de guérilla contre la junte.

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"La gouvernance de Suu Kyi contient forcément des ratés et des frustrations", résume Sophie Boisseau du Rocher de l'Institut français des relations internationales. "Mais elle a permis un appel d'air qui donne aujourd'hui au peuple la force de résister".