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Birmanie : depuis le coup d'Etat, des centaines de milliers de Birmans menacés par la faim

Des manifestants anti-coup d'État lors d'une manifestation contre la prise de contrôle militaire, à Yangon, au Myanmar, le 24 mai 2021.
Des manifestants anti-coup d'État lors d'une manifestation contre la prise de contrôle militaire, à Yangon, au Myanmar, le 24 mai 2021.
©AP Photo

Ne manger qu'une seule fois par jour, uniquement du riz accompagné de légumes, s'endetter pour survivre : depuis le coup d’État, des centaines de milliers de Birmans pauvres ont perdu leur emploi et ont de plus en plus de difficultés à se nourrir.

"On ne fait plus qu'un repas quotidien. Je ne veux pas que ma famille souffre de la faim", soupire Win Naing Tun, 26 ans.

Avant le putsch militaire du 1er février contre le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, ce père de trois enfants était employé de nuit dans une usine de transformation de poissons.

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Le couvre-feu imposé par la junte l'empêche désormais de s'y rendre et il reste désœuvré dans sa petite maison en bois et en tôle d'Hlaing Thar Yar, une banlieue pauvre de Rangoun.

Plus question d'acheter du porc, mais seulement "quelques légumes et un peu de pâte de poisson", explique-t-il.

Non loin de là, Aye Mar doit aussi se contenter de cuisiner du riz et des feuilles, inquiète de ne pas répondre aux besoins nutritionnels de ses sept enfants.

"Mon mari se retrouve au chômage. Il accepte tous les petits boulots, même creuser des fosses septiques", raconte-t-elle.

S'aventurer dans les rues pour trouver un travail à la journée reste très risqué : le quartier a été en mars le théâtre de violents affrontements entre les habitants et les forces de sécurité. Ces dernières, qui n'ont pas hésité à tirer sur les civils, restent déployées en nombre.

Économie paralysée

Beaucoup d'habitants d'Hlaing Thar Yar travaillaient avant le coup d’État dans le secteur manufacturier, notamment dans une des dizaines d'usines de textile qui fournissent les marques occidentales.

Aujourd'hui, les grèves et les violences ont contraint la plupart des ateliers à fermer et les habitants n'ont plus accès aux maigres prestations sociales, car le système bancaire est en grande partie paralysé. Beaucoup s'endettent et s'enfoncent dans la misère.

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Cette banlieue n'est pas un cas isolé: sous l'effet conjugué de la pandémie et de la crise liée au coup d’État, la pauvreté risque de doubler et de toucher la moitié de la population birmane dès l'année prochaine, un retour en arrière de 16 ans, a averti l'ONU.

Et, selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), jusqu'à 3,4 millions de personnes supplémentaires auront du mal à se procurer de la nourriture au cours des trois à six prochains mois.

D'autant que les prix des denrées alimentaires sont en nette hausse: le riz a augmenté de 5%, l'huile de cuisson de près de 20%, d'après le PAM.

La situation est particulièrement délicate dans les zones urbaines.

Les chaînes d'approvisionnement sont très perturbées et l'essence a flambé de 30%, rendant difficile le transport de marchandises des zones agricoles vers les villes.

Les régions plus reculées, où la recrudescence des affrontements entre l'armée et des factions ethniques a fait ces dernières semaines des dizaines de milliers de déplacés, sont aussi touchées : le prix du riz a doublé dans l’État Kachin, dans le nord de la Birmanie. 

Le PAM a annoncé fin avril débloquer une aide alimentaire qui vise jusqu'à deux millions de personnes à travers le pays.

D'autres organismes encouragent les habitants de Rangoun qui ont un surplus de nourriture à donner aux plus démunis.

"Nous dépendons uniquement des dons. Si cette situation perdure, nous allons certainement mourir de faim", s'inquiète Ni Aye, une mère au foyer de 51 ans.

D'autres, comme Aung Kyaw Moe, envisagent de fuir la capitale économique où "tout est devenu hors de contrôle".