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Black friday, cadeaux de Noël : est-il possible de consommer éco-responsable ?

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Qu'on l'appelle "Black Friday" ou "Vendredi fou", comme au Québec, ce 29 novembre a été un jour de records pour des commerces en ligne comme Amazon, La Redoute ou la Fnac. En contrepied, les appels se multiplient pour ralentir cette frénésie d'achats, accusée d'être un désastre pour l'environnement. Est-il vraiment possible de "consommer éco-responsable" ?

La ministre française de la Transition écologique a mis les pieds dans le plat lundi 25 novembre à quelques jours du fameux "Black friday". Cette vaste journée de promotions commerciales, notamment sur internet, s'est installée dans les habitudes des Français en six années seulement et elle s'étend même désormais sur une semaine. Pour Elisabeth Borne, "on ne peut pas à la fois baisser les émissions de gaz à effet de serre et appeler à une frénésie de consommation. Il faut surtout consommer mieux".
 

Un amendement "anti-Black friday"


Une déclaration suivie, mardi 26 novembre, par le feu vert des députés à un amendement interdisant les campagnes de promotions du "Black friday". L'ancienne ministre de l'écologie Delphine Batho, auteure de l'amendement, estime que ce type d'opérations donne l'impression au consommateur de bénéficier de soldes alors que ce n'est pas la période légale. Le projet sera étudié par les élus le 9 décembre, trop tard pour cette année.

Des marques ont décidé d'agir sans attendre. 600 entreprises françaises de toutes tailles ont lancé le collectif "Make friday green again" (nom inspiré de l'expression chère à Donald Trump "Make America great again"). Aucune ne propose de promotion ce vendredi 29 novembre. Parmi elles : l'enseigne Natures et Découvertes, les vêtements pour homme Bonne Gueule, les matelas Tediber ou encore la marque Emoi Emoi. Le fabricant de chaussures Faguo, à l'origine du projet, estime que "le vrai coût de cette journée est social et environnemental. Elle rend précaires les emplois en ne rémunérant pas les fabricants, les marques et les magasins. Elle contribue d’autre part au dérèglement climatique en encourageant la surproduction".
 

Garantie sans promotion !


Le responsable communication de la marque, Romain Teissedre, raconte d'ailleurs que "cela fait 2 ans qu'on voulait arrêter le Black friday car nous étions mal à l'aise avec le concept qui n'est pas en accord avec ce qu'on essaye de faire tout le reste de l'année, c'est-à-dire mesurer à chaque étape toutes les émissions carbones que nous pouvons éviter. Mais nous n'arrivions pas à franchir le pas. C'est compliqué d'être le seul magasin dans une rue à ne pas faire l'opération". 

Elle aussi dans le mouvement de boycott, la griffe de prêt-à-porter LePantalon n'a, elle, jamais participé au "Black friday". Celle qui revendique une fabrication 100% européenne et prépare des produits en coton bio ou recyclé n'a même jamais appliqué aucune promotion et s'en vante. En 2018, elle avait lancé une campagne d'affichage "Soldes 0%" dans les rues de Paris.

"Nous appliquons le prix juste pour nos produits, celui qui rémunère correctement toute la chaîne de production, et qui permet de respecter des normes environnementales, explique le fondateur, Olivier Gaudéchoux. "Nous produisons toujours en petite quantité pour éviter les invendus".

Une autre opération anti-Black friday existe, elle, depuis deux ans pour des entreprises de l'économie sociale et solidaire. Pour ce "Green friday", environ 400 commerçants promettent eux aussi de n'appliquer aucune promotion sur leurs produits ce jour-là. Ils s'engagent en plus à reverser 10% de leur chiffre d'affaires de cette journée à des associations engagées pour une consommation responsable, comme Zero Waste France, les Amis de la Terre ou HOP, qui lutte contre l'obsolescence programmée.

L'an dernier, 15 000 euros avaient été reversés. L'initiateur du "Green friday", Jean-Paul Raillard, patron de la fédération ENVIE, rappelle que "le consommateur peut faire évoluer les choses par un acte de consommation. C'est ce qui s'est passé avec le bio et qui poussent les grands acteurs de la distribution à proposer toujours plus de produits bio".
 

L'impact du produit d'occasion


D'autres acteurs préfèrent soutenir le marché de l'occasion. Comme Label Emmaüs. Ce site internet de produits de seconde main (lancé par l'association fondée par l'abbé Pierre) a voulu sensibiliser les consommateurs parisiens avec une opération éclair en plein quartier commerçant. Ce 22 novembre, des membres de l'organisation ont investi les vitrines de plusieurs boutiques du quartier du Marais en y ajoutant des affichages du type "Existe aussi en version recyclée et solidaire". Un renvoi explicite vers les sites de ventes de produits d'occasion.

Un modèle prôné par les partisans de la décroissance et du zéro déchet. "Un achat aura toujours un impact, observe Maël Coutand, le président de La Maison du Zéro Déchet à Paris. L'impact est négatif pour les produits neufs. Il est positif pour un achat d'occasion parce qu'il évite la consommation de ressources naturelles."
 

Choisir le bon cadeau


A l'approche des fêtes de Noël, le reflexe cadeau est donc à revoir. Se poser d'abord la question de l'utilité du produit offert. "Vérifier aussi s'il existe en version seconde main", suggère Maël Coutand. Un achat chez Emmaüs, par exemple, permettra en plus de financer une association solidaire.

Pour réduire le nombre d'achats, et donc l'impact environnemental, l'idée d'un "Noël secret" est aussi à étudier. Dans la famille ou parmi vos amis, tirez au sort un seul nom, celui à qui vous devrez offrir un présent. "C'est aussi un moyen de prendre le temps de sonder réellement les besoins de la personne, qui appréciera d'autant plus le cadeau".

Reste que le meilleur moyen de consommer éco-responsable, c'est encore de ne rien acheter, de bien réflechir à ses propres besoins. "Noël tel qu'on le connait n'est pas viable à l'heure des dérèglements climatiques", tranche Maël Coutand.