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Bombardier supprime 5.000 postes pour garder la tête hors de l'eau

Le constructeur aéronautique canadien Bombardier a annoncé jeudi le licenciement de 5.000 employés
Le constructeur aéronautique canadien Bombardier a annoncé jeudi le licenciement de 5.000 employés
afp.com - Clement Sabourin
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Le constructeur aéronautique et de matériels ferroviaires canadien Bombardier, qui lutte depuis trois ans pour sa survie, a annoncé jeudi la suppression de 5.000 postes, soit 7,2% de ses effectifs, pour se recentrer sur l'aviation d'affaires et le rail, son coeur de métier.

Ces licenciements, dont 3.000 au Canada, auront lieu d'ici 12 à 18 mois, a confirmé à l'AFP un porte-parole du groupe.

Ils s'ajoutent aux 15.000 suppressions de postes annoncées depuis 2015 et permettront "des économies annuelles d'environ 250 millions de dollars américains lorsque la réduction aura été totalement réalisée" d'ici 2021, a indiqué Bombardier.

Le groupe établi à Montréal a également fait part de la vente "d'actifs non stratégiques" totalisant environ 900 millions de dollars (788 millions d'euros), dont le programme de fabrication de son turbopropulseur Q400, le programme Dash 8 et la marque Havilland, cédés pour quelque 300 millions de dollars à Longview Aviation Capital.

Cette société d'investissements canadienne construit déjà les appareils Twin Otter et les bombardiers d'eau Canadair.

Bombardier a également vendu ses "activités de formation des pilotes et des techniciens d'avions d'affaires" au spécialiste canadien des simulateurs de vol CAE, ce qui va générer des "redevances pour environ 800 millions de dollars".

Le constructeur canadien a insisté lors d'une conférence téléphonique avec des analystes que ces mesures devaient lui permettre d'être sorti de l'ornière en 2021.

- Baisse du chiffre d'affaires -

Bombardier, qui a renoncé aux appareils moyen-courrier en confiant sa CSeries devenue A220 à Airbus, effectue donc un réalignement complet de sa stratégie commerciale en revenant à ses premiers amours: les jets d'affaires.

"Nous venons de finaliser la phase des investissements majeurs, avec la certification du Global 7500", dernier-né des jets de Bombardier, a d'ailleurs déclaré à des analystes le PDG Alain Bellemare, affirmant que la société continuait "de progresser dans l'exécution de (son) plan de redressement".

Incapable de retrouver l'équilibre, l'avionneur canadien n'avait eu d'autre choix que de céder le contrôle (50,01%) de sa filiale dédiée à l'avion CSeries au géant européen Airbus. La transaction a été bouclée en juillet.

"Nous avons aussi réalisé plus vite que prévu notre partenariat avec Airbus, ce qui a complètement réduit le risque associé au programme CSeries", a remarqué M. Bellemare, nommé en 2015 à ce poste dans un contexte de crise provoquée par le coûteux programme de cet avion.

Le gouvernement du Québec, qui avait notamment dû venir à sa rescousse en 2015 avec un plan de sauvetage d'un milliard de dollars, a dit jeudi travailler à un "programme d'atténuation (...) pour rassurer les employés".

Le gouvernement fédéral canadien, qui avait déboursé 372 millions de dollars pour sauver Bombardier il y a trois ans, a dit qu'Ottawa allait "voir ce qu'(il) peut faire" pour réduire l'impact social de cette décision de Bombardier.

"C'est une très mauvaise nouvelle, cela lance un message inquiétant pour l'avenir de l'industrie alors même que ce secteur est en pleine pénurie d'emploi", a regretté le syndicat Unifor.

"Nous avons bien l'intention de réclamer des comptes à Bombardier", a abondé un autre puissant syndicat, la FTQ, regrettant le "message négatif qu'envoie l'entreprise à toute l'industrie".

Bombardier a fait ces annonces lors de la présentation de ses résultats pour le troisième trimestre clos le 30 septembre: il a dégagé un bénéfice net de 167 millions de dollars, contre une perte de 11 millions de dollars un an plus tôt.

Hors éléments exceptionnels et ramené à une action, Bombardier a dégagé un bénéfice ajusté trimestriel de 4 cents, un résultat supérieur au consensus de la moyenne des analystes qui tablaient sur un gain de 2 cents.

Cette "forte croissance du résultat", selon les termes de Bombardier, a été engendrée malgré une baisse de 5% du chiffre d'affaires trimestriel, par rapport à la même période il y a un an, à 3,6 milliards de dollars, dont 2,1 milliards pour le ferroviaire et 1,08 milliard pour l'aviation d'affaires.

A la Bourse de Toronto, le marché sanctionnait ces résultats: le titre de Bombardier perdait 17,08% à 2,64 dollars canadiens à la mi-séance.