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Brexit : Divorce conclu avec l'Union européenne

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Après des années de déchirements, le divorce a enfin eu lieu entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ce vendredi 31 janvier  à 23h, heure de... Greenwich. Minuit dans le reste de l'Europe. La douloureuse page se tourne entre soulagement, joie, tristesse et inquiétudes de part et d'autre de la Manche. 

"Brexit is Brexit". Theresa May l'avait annoncé. Boris Johnson l'a fait. 

Après quatre années d'atermoiements, le Royaume-Uni s'est définitivement séparé de l'Union européenne ce vendredi 31 janvier à 23h, heure locale. Minuit, heure (européenne) continentale.

Un "jour triste" selon le ministre français de l'Intérieur, Christophe Castaner, qui a assuré ce vendredi depuis le site du tunnel sous la Manche que le Brexit serait "ordonné", insistant sur le maintien des "exigences de sécurité".  

L'Allemagne elle pointe le Brexit comme "une rupture pour l'Europe", selon le porte-parole de la chancelière Angela Merkel à quelques heures du départ officiel.

Une tristesse de mise chez les europhiles de part et d'autre de la Manche. Les "Remainers" avaient prévu plusieurs évènements à Londres et en Ecosse, notamment, ou les habitants à la frontière nord-irlandaise. 

Une joie contenue en revanche du côté des "Brexiters". Il aura fallu attendre 22 heures à Londres pour qu’enfin quelque 10 000 personnes se rassemblent devant Westminster et que cette célébration, voulue et organisée par les plus acharnés des adversaires de l’Union européenne (UE), ressemble un peu plus à une célébration.
 
Célébration des Brexiters à Londres, 31 janvier 2020. 
Célébration des Brexiters à Londres, 31 janvier 2020. 
(AP Photo/Frank Augstein)

 

Tristesse mais détermination à Bruxelles

La force ne se trouve pas dans "le splendide isolement" mais dans "notre Union unique" au monde, a déclaré la présidente de la Commission européenne, quelques heures avant le départ du Royaume-Uni de l'UE, vendredi à 23H00 GMT.

En cette journée historique, Mme von der Leyen a cité Jean Monnet, père fondateur de l'Europe, "je ne suis pas optimiste, je ne suis pas pessimiste, je suis déterminé(e)".

Lors d'une conférence de presse, elle a souhaité "le meilleur partenariat possible" avec Londres après le divorce, soulignant cependant qu'"il y aura toujours une différence" avec une appartenance à l'Union.

Nouvelle saison

Quoiqu'il en soit, ce divorce sera sans grand changement au début. Concrètement, ce soir, peu de choses changent : c’est une nouvelle année de négociations difficiles qui commencent entre Londres et Bruxelles pour savoir quelle sera leur future relation.
 

Se négocieront aussi les relations entre Londres et les autres puissances comme les Etats-Unis de Donald Trump, qui lui fait des appels du pied.

"C'est le moment d'un vrai renouveau et changement national"  a dit le Premier ministre Boris Johnson dans un discours de quelque 3 minutes à la nation diffusé une heure avant le grand saut, tandis qu'une horloge lumineuse projetée sur Downing Street lancera le compte à rebours.

Boris Johnson réunira symboliquement son conseil des ministres à Sunderland, une ville du nord-est de l'Angleterre ayant voté à 61% pour le Brexit en 2016.

Champion du Brexit, élu à une large majorité en décembre sur la promesse de le réaliser, le conservateur souhaite toutefois "unifier" pour aller "de l'avant".

La tâche s'annonce difficile. Selon un sondage de l'institut YouGov, seuls 30% des partisans du "Remain" ont accepté la rupture.

Les titres de la presse reflètent vendredi l'enthousiasme des Brexiters comme l'appréhension de ceux qui voulaient rester dans l'UE. "Ce n'est pas une fin mais un commencement", se réjouit l'europhobe Daily Telegraph tandis le quotidien pro-UE The Guardian titre "Petite île".

 

Dans l'europhile Ecosse, où le Brexit a ravivé les velléités d'indépendance, le drapeau européen continuera à y flotter devant le Parlement.

Dans une lettre publiée vendredi, les responsables de l'UE - Commission, Conseil et Parlement européens - ont salué "une Europe à l'aube d'une ère nouvelle", et rappelé au Royaume-Uni qu'il perdrait "les bénéfices" d'un Etat membre après le Brexit.

Victoire de BoJo

La concrétisation du Brexit est une victoire pour le frétillant Boris Johnson, qui a réussi là où la précédente locataire de Downing Street, Theresa May, s'était cassé les dents, enchaînant les déconvenues au Parlement.

L'ex-maire de Londres est parvenu à faire adopter fin janvier l'accord de divorce renégocié à l'automne avec Bruxelles, fort d'une solide majorité parlementaire. Le texte a été ratifié au Parlement européen lors d'une séance chargée en émotions pour les eurodéputés britanniques sur le départ.

Le traité règle les modalités du divorce en garantissant notamment les droits des citoyens expatriés et en résolvant le casse-tête de la frontière entre les deux Irlande.

Pour la suite, des difficiles tractations s'annoncent entre le Royaume-Uni et les 27 pour déterminer les contours de leur relation en matière commerciale, de sécurité ou de pêche.

"Les négociations seront dures" mais "justes", a prévenu la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sur la BBC.

Londres souhaite aboutir en un temps record, avant la fin de l'année, et exclut toute prolongation de la transition au-delà de 2020. Un calendrier jugé très serré à Bruxelles.

Boris Johnson, qui devrait détailler sa vision en début de semaine prochaine, a déjà clairement annoncé qu'il ne voulait pas d'alignement avec les règles communautaires.