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Brexit : que peut faire Boris Johnson pour gagner son pari ?

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La confusion politique règne au Royaume-Uni avec Boris Johnson comme Premier ministre, qui aimerait engager des élections législatives anticipées pour être légitimé dans son poste et son action. Mais quelles sont les options du nouveau Premier ministre britannique pour parvenir à ses fins ? Analyse d'Emmanuelle Saulnier-Cassia, professeure de droit public et spécialiste du Brexit. 

"Sans majorité à la Chambre des communes, Boris Jonhson n'a aucune chance d'obtenir des élections anticipées", explique la spécialiste du Brexit, Emmanuelle Saulnier-Cassia. Et c'est bien là que le "bât politique" du Premier ministre blesse. Boris Jonhson n'a pas été élu, mais nommé, et il souhaiterait asseoir sa crédibilité dans les urnes pour pouvoir mener sa version du Brexit sans accord et sans report, jusqu'au bout. Sauf que, comme le précise la spécialiste, "Pour obtenir de élections anticipées, il faut l'accord des deux-tiers de la Chambre ( …) et les deux-tiers de la Chambre, Boris Johnson en est très loin, comme on l'a vu il y a deux ou trois jours, et il n'y a aucune raison que la tendance s'inverse."

Casse-tête législatif

Les sondages sont favorables au Parti conservateur britannique, d'où l'intérêt du Premier ministre à mettre son mandat en jeu dans les urnes. Mais Emmanuelle Saulnier-Cassia souligne que "Tous les votes, que ce soit à la Chambre des lords ou à la Chambre des communes (…) ont été défavorables à Boris Johnson". Le problème réside donc désormais dans le fait que, s'il n'y a pas de nouvelle élection, le Premier ministre britannique refuse de demander une "extension de la période de négociations" avec l'Union européenne. Un chantage politique ?

La question est de savoir si Boris Johnson va effectivement demander cette prolongation. Or, il n'arrête pas de dire, jusqu'à aujourd'hui, qu'il ne le fera pas.

La spécialiste du Brexit explique le casse-tête législatif britannique, qui fait, qu'alors que le Parlement a voté une prolongation des négociations et même si la Reine l'approuve, il faut que le Premier ministre en fasse la demande à l'Union européenne. Et Boris Johnson ne souhaite pas le faire. Certains députés britanniques ont même pris contact avec des dirigeants de l'Union pour s'assurer que ceux-ci accorderaient une prolongation en cas de demande britannique, mais la spécialiste du Brexit souligne que le problème n'est pas là : "La question n'est pas de savoir si l'Union européenne accepterait ou non une prolongation, la question est de savoir si Boris Johnson va effectivement demander cette prolongation. Or, il n'arrête pas de dire, jusqu'à aujourd'hui, qu'il ne le fera pas."

La vie du Parti conservateur en jeu ?

"Le Parti conservateur est dans une crise complètement inédite, divisé entre la partie la plus extrémiste qui dirige aujourd'hui (…)  et l'autre frange, composée de gens de centre-droit, sortis pour certains de leur Parti en raison de leur vote contre le Brexit." indique la professeure de droit public. Les divisions sont totales entre ces deux franges, même au sein des modérés, dont certains ont pourtant voté le Brexit, mais qui "le veulent de manière ordonnée, avec un accord", explique Emmanuelle Saulnier-Cassia. Le parti conservateur est donc peut-être en train de jouer son existence, sous les pressions de Boris Johnson, qui semble quant à lui, ne rien vouloir concéder. A qui que ce soit.