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C1: le football selon Sacchi, "une philosophie, pas un système de jeu"

L'ancien entraîneur italien Arrigo Sacchi à côté des reproductions des trophées européens qu'il a remportés avec l'AC Milan, le 8 septembre 2021 au musée San Rocco de Fusignano
L'ancien entraîneur italien Arrigo Sacchi à côté des reproductions des trophées européens qu'il a remportés avec l'AC Milan, le 8 septembre 2021 au musée San Rocco de Fusignano
afp.com - Anthony LUCAS

Pour Arrigo Sacchi, ancien entraîneur de l'AC Milan (1987-91 puis 1996-97) vainqueur de deux C1, les clubs italiens ne retrouveront les sommets dans les coupes d'Europe qu'en proposant du jeu et un "football de domination", sur les traces de la Nazionale de Roberto Mancini victorieuse de l'Euro.

Avec Stefano Pioli à l'AC Milan ou Gian Piero Gasperini à l'Atalanta, "on a aujourd'hui des entraîneurs qui ont mis le jeu au centre du projet" en s'éloignant de la traditionnelle tactique défensive italienne, se réjouit le "Mage de Fusignano", qui a accueilli l'AFP dans sa ville à l'occasion d'une exposition retraçant sa carrière.

Q: Milan retrouve la Ligue des champions après sept ans d'absence. Avec quelles chances?

R: "Milan a un groupe difficile (Liverpool, Atlético Madrid, Porto), ce qui va coûter quelques points en championnat. Mais il est important de bien faire dans cette compétition. Je connais son entraîneur (Stefano Pioli, NDLR) depuis des années. C'était un entraîneur déjà excellent sur la tactique, mais qui ne transmettait pas d'identité à ses équipes. Aujourd'hui, il a passé un cap, son équipe a un style."

Q: Les clubs italiens n'ont plus gagné de coupe européenne depuis 2010. La victoire à l'Euro de la Nazionale est-elle le signal d'un possible renouveau?

R: "Ce qu'a fait Mancini est un encouragement très fort. Il a tellement changé! Il semble être le frère du joueur qu'il était, une autre personne. On a gagné l'Euro après des années sans victoire, alors que entre 1989 et 1999, on avait remporté quinze coupes européennes (4 C1, 8 C3, 3 C2). C'était un moment positif car il y avait un exemple positif, avec Milan. Aujourd'hui, on a l'Atalanta, Milan, la Lazio avec Sarri, un jeune entraîneur comme Vincenzo Italiano à la Fiorentina... Même si beaucoup d'autres sont de très bons tacticiens, mais avec des équipes qui ne font pas le spectacle."

Q: On pense encore trop à défendre avant d'attaquer en Italie?

R: "Quand j'étais petit, j'étais pour le Brésil, le Real Madrid et ensuite l'Ajax, avec son football fantastique. Le football italien me procurait peu d'émotions et m'amusait encore moins. C'était un football enfant de la peur et de la fourberie... J'ai cherché à comprendre: le football est le reflet de l'histoire et de la culture d'un pays. On a illuminé le monde jusqu'au 16e siècle mais, depuis, on ne s'est plus rénové. Et dans ce cas, les autres te dépassent. J'ai écrit une fois dans une chronique pour un journal que la dernière fois que nous nous étions lancés à l'attaque, c'était à l'époque des Romains..."

Q: Mais les choses semblent changer, y compris en Italie, non?

R: "Aujourd'hui on a des entraîneurs - six ou sept - qui ont mis le jeu au centre du projet. Les autres sont toujours dans la tactique... Comment quelqu'un qui n'attend que les erreurs des autres peut-il être optimiste ? Moi, je voulais une équipe optimiste, qui continue à attaquer. Allegri (entraîneur de la Juventus, NDLR) est un très grand tacticien, mais il joue notre football (italien, NDLR), qui malheureusement a très peu gagné au niveau international. Pour s'imposer sur la scène internationale, il faut proposer un football de domination."

Q: C'est votre conseil à Milan, d'abord penser à faire le spectacle avant de penser à gagner?

R: "Mais avec Milan, j'étais certain que si on jouait bien, ce serait plus facile de gagner! En Italie, nous n'y sommes pas encore. La plupart des entraîneurs disent qu'ils veulent d'abord gagner. Mais moi aussi, je voulais gagner! En trois saisons en Coupe des champions, j'en ai gagnées deux, ce n'est pas mal non? Mais j'ai toujours cru que le mérite, la beauté, l'émotion, le spectacle, l'harmonie étaient des ingrédients indispensables. Un pays qui n'a pas encore compris ça est en retard."

Q: Et comment s'y prend-on?

R: "Pour moi le football a toujours été une philosophie, pas un système de jeu. Je ne regardais jamais les pieds des footballeurs, mais leur tête, leur personnalité. Je voulais des gens matures, intelligents. Je leur proposais des choses et eux me les renvoyaient avec des améliorations. C'était un +ping-pong+ où on progressait tous. Et il faut des clubs patients, je n'ai jamais été limogé."

Propos recueillis par Anthony LUCAS.