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Cambodge : début du procès de l'opposant Kem Sokha

L'opposant Kem Sokha a parlé à la presse devant son domicile avant d'aller de se rendre à son procès à Phnoem Penh, ce mercredi 15 janvier. Accusé de trahison, son procès débute deux ans après son arrestation.<br />
 
L'opposant Kem Sokha a parlé à la presse devant son domicile avant d'aller de se rendre à son procès à Phnoem Penh, ce mercredi 15 janvier. Accusé de trahison, son procès débute deux ans après son arrestation.
 
APTN via AP

Le procès de Kem Sokha, opposant numéro un au régime du Premier ministre du Cambodge, Huen sen, s'est ouvert ce mercredi 15 janvier matin. Il est accusé de trahison et d'avoir voulu renverser le gouvernement. Un procès "motivé par des considérations politiques", selon la communauté internationale.

Des centaines de policiers ont été déployés autour du palais de justice de Phnom Penh et les routes ont été barricadées avant l'arrivée au tribunal, tôt dans la matinée, de l'opposant soutenu par une poignée de partisans.

"Je n'ai commis aucun acte (...) préjudiciable aux intérêts nationaux", a-t-il déclaré dans un communiqué publié sur Facebook alors que son procès était déjà en cours. "Mes activités politiques étaient axées sur la participation à des élections libres, justes et équitables", a-t-il ajouté.

"Toute cette épreuve est une farce", a déploré à l'AFP sa fille, Monovithya. "Nous espérons qu'il sera acquitté afin que le Cambodge puisse recommencer à emprunter le chemin de la démocratie", a-t-elle ajouté.

Jusqu'à 30 ans de prison

Kem Sokha, 66 ans, est le co-fondateur du Parti du salut national du Cambodge (PSNC). Le mouvement avait réalisé une percée aux élections de 2013, avant d'être dissous quatre ans plus tard par la Cour suprême du pays.

Sokha avait été arrêté en septembre 2017, accusé d'avoir voulu renverser le gouvernement de Hun Sen, au pouvoir depuis 1985. Il avait été emprisonné puis placé en résidence surveillée. Cette mesure a été levée début novembre, mais il a toujours pour interdiction de quitter le royaume. Il risque jusqu'à 30 ans de prison.

Les journalistes et observateurs ne sont pas admis au procès par manque de place, l'audience étant réservée aux diplomates étrangers, a indiqué un responsable du tribunal.

Amnesty International a dénoncé cette restriction, exhortant le Cambodge à la transparence dans une procédure qualifiée de "parodie de justice". "Ils n'ont pas présenté la moindre preuve crédible", a déploré dans un communiqué le directeur régional de l'ONG, Nicholas Bequelin. 

Les charges retenues contre Kem Sokha "semblent être motivées par des considérations politiques", a de son côté regretté le département d'État américain.

Pressions internationales

Depuis la dissolution du PSNC, Hun Sen a pu renforcer son emprise à l'issue des législatives de 2018 qui ont donné à son parti, le Parti du peuple cambodgien (PPC), l'intégralité des sièges au Parlement, des résultats vivement contestés. 

Depuis, il subit des pressions internationales, notamment de l'Union européenne. Cette dernière a mis le Cambodge en demeure de démocratiser la vie politique s'il veut continuer à bénéficier de tarifs douaniers privilégiés.

La perte de ces avantages commerciaux serait douloureuse pour le royaume. En 2018, 45% des exportations cambodgiennes, principalement textiles, étaient destinées aux pays membres de l’Union européenne.

Cette pression internationale pourrait pousser le gouvernement à rechercher "un compromis" dans le procès de Kem Sokha, selon l'analyste politique Ou Virak. Une grâce royale pourrait être accordé à l'opposant en cas de condamnation, estime-t-il. 

Mais cet interventionnisme européen risque aussi de renforcer encore un peu plus l’alliance entre le Cambodge et la Chine, qui a déjà investi des milliards de dollars dans le royaume.