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CAN : L'Institut du Monde Arabe aux couleurs de l'Algérie pour la finale

Le parvis de l'Institut du Monde Arabe a tremblé avec l'équipe d'Algérie pendant cette finale de la Coupe d'Afrique des Nations, ce vendredi 19 juillet 2019.
Le parvis de l'Institut du Monde Arabe a tremblé avec l'équipe d'Algérie pendant cette finale de la Coupe d'Afrique des Nations, ce vendredi 19 juillet 2019.
© Zakaria ABDELKAFI / AFP

L'Institut du Monde Arabe se met au foot. Dans le cadre de son exposition Football et monde arabe, la révolution du ballon rond, qui touche à sa fin ce week-end, l'institut a organisé des retransmissions de matchs pendant la Coupe d'Afrique des Nations. Les pays du Maghreb ont été à l'honneur. Hier soir, vendredi 19 juillet, le parvis de l'institut avait des airs de fan-zones pour la finale Sénégal - Algérie.
Nous y étions. 

Après avoir proposé des matchs dans la salle de conférence du 9ème étage de l'immeuble, puis dans l'amphithéâtre, pour les demi-finales, dimanche dernier, l'Institut du Monde Arabe (IMA) proposait une retransmission exceptionnelle de la finale sur son parvis. Avec un écran de 21 m² installé devant l'édifice, la finale promettait d'offrir un spectacle exceptionnel pour plus de 2000 supporters qui ont dû s'inscrire pour pouvoir en profiter. 
Plus de 2000 personnes étaient présentes sur le parvis de l'Institut du Monde Arabe (IMA) ce vendredi 19 juillet pour soutenir l'Algérie lors de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, contre le Sénégal. 
Plus de 2000 personnes étaient présentes sur le parvis de l'Institut du Monde Arabe (IMA) ce vendredi 19 juillet pour soutenir l'Algérie lors de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, contre le Sénégal. 
© Nadia Bouchenni
Comme à chaque match retransmis, l'événement affichait complet, quelques minutes après a mise en ligne des billets. Pourtant, de nombreux supporters espéraient pouvoir accéder au parvis de l'IMA. 
Un succès qui a surpris tout le monde à l'Institut, comme le directeur de la stratégie Romain Pigenel. Il nous raconte l'ambiance lors des matchs précédents : "Il y avait une ambiance extraordinaire à chaque match. Pour le Maroc et la Tunisie c’était super, mais l’Algérie c’etait quelque chose d'encore plus fort, irréel. Les gens postaient leurs photos et vidéos sur les réseaux sociaux, et c’est rapidement devenu viral."
Organiser une retransmission pour la finale était alors logique pour le président de l'IMA, Jack Lang : "J’ai souhaité organiser cette soirée spéciale pour remercier les supporters de leur présence en nombre à nos premières retransmissions. Avec leur joie et leur énergie, ils ont fait de ces soirées de magnifiques moments de communion autour du sport.", explique -t-il. 

Soutenir l'Algérie, un devoir

Il y a une vraie ambiance de stade pour cette finale sur le parvis de l'IMA . Drapeaux, maillots de l’Algérie, mais aussi des autres pays amis du Maghreb. Les clubs supporters sont venus avec derboukas, bendir, et tbals (tambours et percussions), et autres instruments, pour encourager leur équipe, chanter et animer la soirée.

Et on soutient l'Algérie comme on soutiendrait n'importe quelle équipe du Maghreb. C'est l'esprit Maghreb United.

Laila, spectactrice du match



Lydia et Imene sont deux jeunes franco-algériennes venues supporter leur équipe. Pour Lydia, c'est même "un devoir". Elle précise ne pas suivre tous les matchs sauf "ceux de l'Algérie et de l'équipe de France. Entre la victoire des Bleus l'an dernier et cette finale algérienne, je suis ravie !", s'exclame-t-elle. 
Imene, elle, grande amatrice de football, apprécie le fait de venir assister à ce match dans ce lieu précis : "On a l'opportunité d'être ici, dans cet institut qui est dédié à la culture arabe. Pour nous, c'est une partie de l'Algérie qui est ici."

De nombreuses jeunes femmes sont aussi venues assister à la finale de la CAN ce vendredi 19 juillet 2019. 
De nombreuses jeunes femmes sont aussi venues assister à la finale de la CAN ce vendredi 19 juillet 2019. 
© Nadia Bouchenni

Mais il n’y a pas que des supporters algériens qui viennent assister aux matchs, et à cette finale. Certains viennent aussi pour cette fameuse ambiance découverte au fil des rencontres. C'est le cas de Laila, 35 ans d’origine marocaine. Elle a déja assisté à plusieurs matchs depuis le début de la compétition. Elle explique : “J’ai entendu parler de ces événements par mon entourage qui n'est même pas algérien à la base. Je suis venue à L'IMA pour trouver une ambiance plus conviviale et festive ! On soutient l'Algérie comme on soutiendrait n'importe quelle équipe du Maghreb. C'est l'esprit Maghreb United qu'il ne faut pas oublier. En plus on sait très bien que les supporters algériens mettent l'ambiance, donc c'était l'occasion de faire la fête, vu que le Maroc ne nous a pas permis de fêter leur victoire !”

Bayou et Achoura, mariés sont français d'origine sénégalaise pour lui et algérienne pour elle. Ils soutiennent les deux équipes.
Bayou et Achoura, mariés sont français d'origine sénégalaise pour lui et algérienne pour elle. Ils soutiennent les deux équipes.
© Nadia Bouchenni

À l’image des supporters en provenance de toute l'Afrique, qui se sont déplacés en Egypte, les spectateurs de l’IMA sont souvent originaires de tout le Maghreb. Pour la plupart, ils sont amis, voisins, ou en couple avec des Algériens, Marocains ou Tunisiens, voire avec des Sénégalais. La finale se vit différemment, mais avec autant d’intensité. Bayou et Achoura sont français d'origine sénégalaise pour l'un et algérienne pour l'autre, et sont mariés. C'est la première fois qu'ils viennent à l'IMA pour un match, conviés par des amis. Pour être sûrs d'être heureux quoi qu'il arrive, ils supportent l'un et l'autre les deux équipes, avec tout de même une petite préférence. "Si le Sénégal gagne, je serais contente. Pas heureuse, mais contente", confie Achoura. Son mari, Bayou tient au message de paix et de vivre ensemble : "Si le Sénégal gagne moi je serai heureux bien sûr. On mérite de gagner cette coupe ! Si c'est l'Algérie, sincèrement on aura tout de même gagné. On est ensemble, on reste ensemble. C'est une fête, un message de paix avant tout."

On est pareils, c'est aussi pour ça qu'on est là. Ils sont un peu comme nos héros.

Mahiedine, supporter franco-algérien

Le profil de la majorité des joueurs ainsi que des deux entraîneurs joue un rôle indiscutable dans cet engouement. En effet, une grande partie d'entre eux sont binationaux, et sont nés et ont grandi en France. Une identification qui a une portée positive pour certains. Mahiedine est venu en famille, avec ses parents, pour assister à ce match. Au-delà de la volonté de soutenir l'équipe d'Algérie, il tient à en préciser l'importance : "On est pareils, c'est aussi pour ça qu'on est là. Ils sont un peu comme nos héros. On voit des Arabes qui réussissent de manière positive et ça fait vraiment du bien, ça donne envie d'avancer. Et puis, le Maghreb uni fait plaisir à voir."
 

Un patriotisme de stade

Pour l'historienne et spécialiste de l'histoire de l'immigration nord-africaine, Naïma Yahi, il n'est pas étonnant de voir cette unité de soutien : "Dans l'histoire de l'immigration maghrébine en France, il n'y a jamais eu d'animosité au sein des communautés maghrébines. Elles ont la même sociologie. Il y a une expérience commune, dont la matrice est la relation franco-algérienne. Il existe des stéréotypes où l'Algérien représente l'immigré maghrébin et ce phénomène s'est aussi traduit dans les stades." 
"<em>Les jeunes qui célèbrent la victoire de l'Algérie sont les mêmes qui ont célébré la victoire des Bleus, l'année dernière." Naïma Yahi, historienne</em>
"Les jeunes qui célèbrent la victoire de l'Algérie sont les mêmes qui ont célébré la victoire des Bleus, l'année dernière." Naïma Yahi, historienne
© Nadia Bouchenni

Elle poursuit avec une analyse du patriotisme de stade : "Le seul espace acceptable d'un nationalisme exacerbé, c'est dans le cas d'une compétition sportive. Cela devient aiguë quand il s'agit de l'immigration anciennement colonisée. Les jeunes qui célèbrent la victoire de l'Algérie sont les mêmes qui ont célébré la victoire des Bleus, l'année dernière. Je peux vous garantir que ceux qui défilent et qui disaient 'On est champions du monde' sont les mêmes qui disent 'One, Two, Three'. On leur refuse la multi appartenance culturelle."

Le seul espace acceptable d'un nationalisme exacerbé, c'est dans le cas d'une compétition sportive. Cela devient aiguë quand il s'agit de l'immigration qui plus est anciennement colonisée.

Naïma Yahi, historienne


À la fin du match, donnant la victoire à l'Algérie (au score de 1-0), le parvis s'est transformé en piste de danse pour tous ces supporters qui reprenaient à tue-tête les chants de supporters, ou les tubes de chanteurs algériens. Sous les drapeaux, tout le monde se prend dans les bras, Algériens ou pas entonnent le fameux "One, Two, Three, Viva l'Algérie !"

La façade de l'IMA a célébré la victoire algérienne en projetant à l'aide de jeux de lumières, le fameux slogan <em>"One, Two, Three, Viva l'Algérie!"</em>
La façade de l'IMA a célébré la victoire algérienne en projetant à l'aide de jeux de lumières, le fameux slogan "One, Two, Three, Viva l'Algérie!"
©Nadia Bouchenni

Nasséma, la trentaine est heureuse d'avoir assisté à cette victoire. Elle n'oublie pas pour autant le contexte politique en Algérie : "Je suis de la génération à qui on a répété les gloires du passé, notamment le match contre l'Allemagne en 1982, et la CAN à domicile en 1990. Presque 20 ans après, c'était un moment important.  Le football n'est pas qu'un sport pour les Algériens. il est aussi politique. Il suffit d'entendre les chants dans les manifestations depuis février. Partager ce moment avec la diaspora algérienne, c'est fort. Comme de voir le soutien des autres supporters maghrébins, c'est évidemment important. On sait qu'on aime se vanner, mais on est ensemble. Comme pour les Sénégalais qui ont fait un très bon match. Ils ont été forts ce soir. De toute façon, on est proches aussi avec le Sénégal. 'Alger, Dakar c'est la Oumma', comme l'a rappé Booba.", dit-elle dans un fou rire avant de descendre prendre le métro, entourée de drapeaux algériens et sénégalais. 


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