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Affaire Huawei : regain de tension entre Pékin et Ottawa après l'arrestation d'une dirigeante de Huawei

Un homme devant une boutique Huawei en Chine, le 6 décembre 2018. La numéro 2 de cette entreprise  a été arrêtée au Canada à la demande des Etats-Unis. Elle a été libérée sous caution ce mardi 11 décembre. 
Un homme devant une boutique Huawei en Chine, le 6 décembre 2018. La numéro 2 de cette entreprise  a été arrêtée au Canada à la demande des Etats-Unis. Elle a été libérée sous caution ce mardi 11 décembre. 
©AP Photo/Ng Han Guan

Pékin a annoncé, ce jeudi 13 décembre, des "mesures coercitives" à l'encontre de deux ressortissants canadiens actuellement en Chine, l'ancien ambassadeur Michael Kovrig et le consultant Michael Spavor. Cette annonce coincïde avec l'affaire Huawei, du nom de la fille du fondateur de l'équipementier chinois, arrêtée au Canada à la demande des Etats-Unis.

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La tension ne retombe pas entre Pékin et Ottawa depuis l'arrestation d'une dirigeante du géant des télécoms chinois Huawei il y a dix jours, à la demande des Etats-Unis , qui demandent son extradition provoquant la colère de la Chine.

Ce jeudi 13 décembre, Pékin confirme avoir pris "des mesures coercitives" à l'encontre de deux Canadiens, un ancien diplomate de passage à Pékin, Michael Korvig et le consultant Michael Spavor, résident au Liaoning, une province du nord-est de la Chine, dont les autorités canadiennes étaient sans nouvelles depuis mercredi.

Deux ressortissants canadiens accusés par Pékin


Ces deux ressortissants, explique Pékin, "ont mené des activités qui menacent la sécurité nationale de la Chine". "Ils font actuellement l'objet d'une enquête", a déclaré lors d'un point presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lu Kang.

Ces accusations interviennent après la libération sous caution mardi 11 décembre de Meng Wenzhou, la directrice financière du groupe Huawei. 
 
Après plusieurs jours d'audience à Vancouver, la justice canadienne a en effet ordonné la libération de Meng Wenzhou moyennant une caution de 10 millions de dollars (6,5 millions d'euros), lui demandant de rendre ses deux passeports, de résider dans l'une de ses deux propriétés de Vancouver et de porter un bracelet électronique à la cheville. 
  
Les autorités américaines réclament l'extradition de la dirigeante du géant chinois des télécoms soupçonnée par les Etats-Unis d'avoir violé les sanctions américaines imposées à l’Iran. La première audience à ce sujet a été fixée au 6 février.  Pékin réclame sa libération immédiate et a mis en place des représailles économiques avec le boycottage de plusieurs produits canadiens importés en Chine.
 

Arrestation en Chine d'un ex-diplomate canadien

Les Américains, de leur côté, se disaient très inquiets à la suite de l’arrestation de l’ex-diplomate canadien confirmée par l’entreprise qui l’emploie, l’International Crisis Group, sur son site internet : « Nous sommes au courant des informations selon lesquelles notre conseiller principal pour le nord-est de l’Asie, Michael Kovrig, est détenu en Chine. Nous faisons tout ce qui est possible pour obtenir des informations supplémentaires sur le sort de Michael, ainsi que sa libération immédiate et en toute sécurité ». 

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a aussi confirmé cette arrestation dans la journée de mardi 11 décembre : « Nous avons communiqué directement avec les autorités chinoises, nous sommes en train de prendre la situation au sérieux et on travaille avec la famille pour de l’appui consulaire ». 

Les diplomates canadiens sont donc à pied d’œuvre auprès des autorités chinoises pour réclamer des informations sur cette arrestation qui reste pour l’instant bien mystérieuse : que reproche-t-on spécifiquement à l’ex-diplomate ? Pour quels motifs précis a-t-il été arrêté ? Michal Kovrig a été conseiller politique de la dernière visite de Justin Trudeau à Hong Kong en 2016 et l’entreprise pour laquelle il travaille depuis février 2017, l’International Crisis Group, œuvre pour la prévention des conflits dans le monde. 

Coïncidence ou représailles ? 

Rien n’indique pour l’instant qu’il y ait un lien entre ces arrestations croisées, mais plusieurs observateurs au Canada estiment que celle de l’ancien diplomate canadien a été faite en représailles à celle de la directrice financière du Huawei.

Deux anciens diplomates canadiens l’ont affirmé à Radio-Canada, dont Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine : « En Chine, il n’y a pas de coïncidence, et, dans mon esprit, je craignais que quelque chose comme ça se passe. Je pense que, malheureusement, ça montre la détermination du gouvernement chinois de continuer à mettre beaucoup de pression politique sur le gouvernement canadien. Là, vraiment, ça vient de compliquer tout ce dossier de façon extraordinaire ».

Un autre ex-diplomate, Ferry de Kerckhove, croit que cette arrestation a pour objectif de mettre de la pression sur le Canada pour qu’il ne remette pas Mme Meng aux Américains : « Les Chinois savent pertinemment bien que le jour où Mme Meng sera aux États-Unis, Trump s’en servira, ce sera une arme de plus dans son arsenal, donc toute la pression sur le Canada c’est pour empêcher qu’elle aille aux États-Unis ». 
 
Toute cette histoire est effectivement complexe. Les Canadiens vont-ils céder aux pressions des Chinois en ne remettant pas aux Américains la directrice financière de Huawei, soulevant ainsi la colère de Washington ? Ou vont-ils au contraire céder à la demande d’extradition des autorités américaines et provoquer l’ire de Pékin, tout en mettant en péril le sort de l’ex-diplomate canadien détenu en Chine ? Une situation bien délicate pour le gouvernement de Justin Trudeau.