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Canada : arrestation d'un espion présumé au sein du renseignement canadien

Cameron Ortis, directeur général du Centre national de coordination du renseignement a été arrêté pour espionnage présumé.
Cameron Ortis, directeur général du Centre national de coordination du renseignement a été arrêté pour espionnage présumé.
©Radio-Canada

Cameron Ortis, haut gradé des renseignements canadiens, a été arrêté pour espionnage présumé. Directeur général du Centre national de coordination du renseignement, il avait accès à des documents confidentiels, dont la divulgation aurait pu causer des dommages « dévastateurs » pour le Canada ainsi que pour ses alliés. Pour qui travaillait Cameron Ortis ? Pourquoi ? Les détails restent flous. Retour sur cette affaire.

C’est une enquête conjointe entre le FBI (police fédérale américaine) et la GRC (Gendarmerie royale du Canada) qui a conduit à l’arrestation du directeur général du Centre national de coordination du renseignement, Cameron Ortis. Menée en 2018, cette enquête révélait une fuite interne au sein des renseignements canadiens. C’est alors que les soupçons portent sur Cameron Ortis, aujourd’hui accusé d’avoir volé des documents sensibles à la GRC. « Ces allégations si elles devaient être prouvées sont extrêmement troublantes », a affirmé la cheffe de la GRC, Brenda Lucki lors d’une conférence de presse, mardi 17 septembre 2019.
 
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©Sophie Golstein/TV5MONDE

Des dommages « dévastateurs » pour le Canada et ses alliés


M.Ortis était employé par la GRC depuis 2007. Avant d’être nommé au Centre national de coordination du renseignement, il avait  travaillé aux recherches opérationnelles ainsi qu’aux enquêtes criminelles relatives à la sécurité nationale. Des postes qui lui donnaient accès à des renseignements confidentiels dont la divulgation aurait eu un effet « dévastateur »  pour le Canada et ses alliés.

Car le Canada, membre de l’OTAN, fait aussi partie des « Five Eyes » (Cinq yeux), une puissante alliance de renseignements, commune à l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Une organisation à cinq qui dispose donc d’informations extrêmement sensibles.
 


L'analyse des contenus des rapports aurait pu raisonnablement permettre à une agence de renseignement étranger de tirer des conclusions importantes sur les cibles, les techniques, les méthodes et les capacités du renseignement canadien et allié.

Extrait du rapport des services de renseignement canadien




Eclaboussé par cette affaire, le Premier ministre canadien Justin Trudeau, actuellement en pleine campagne électorale pour un deuxième mandat (lors des élections législatives), s’est empressé de rassurer ses alliés depuis Terre-Neuve dans l’est du pays. « Nous sommes en communication directe avec nos alliés sur ces enjeux de sécurité, pas seulement avec nos alliés des « Five Eyes » […]. Je peux vous assurer que tous comprennent que nous traitons cette situation avec beaucoup de sérieux », a-t-il affirmé.

Crime organisé et blanchiment d’argent


D’après un rapport des services de renseignement canadiens, consulté par la chaîne canadienne CBC, Cameron Ortis est également soupçonné d’avoir transmis, ou voulu transmettre les documents volés à des états étrangers, des groupes criminels et des organisations terroristes.

Cet ancien conseillé de Bob Paulson, l’ex-commissaire de la DGC, occupait une place privilégiée au sein des renseignements canadiens. Un poste qui lui avait notamment permis de travailler sur une importante affaire de corruption, dans laquelle étaient impliqués des dirigeants russes dénoncés par le juriste Sergueï Magnitski, mort en prison en 2009. Le quotidien The Globe and Mail a avancé qu’Ortis pourrait être impliqué dans ce scandale.

Une autre affaire inquiète également le FBI et laisse penser que Cameron Ortis aurait voulu vendre des informations sensibles au crime organisé. C’est en tout cas ce que suggère Ortis dans un email retrouvé sur l’ordinateur de Vincent Ramos, un chef d’entreprise canadien, arrêté en 2018 pour avoir vendu des téléphones ultra-sécurisés à des trafiquants de drogue, et des dirigeants d’organisations criminelles. Un partage de données qui aurait pu être dramatique pour la sécurité du Canada et de ses alliés, membres du "five-eyes".

« L'analyse des contenus des rapports aurait pu raisonnablement permettre à une agence de renseignement étranger de tirer des conclusions importantes sur les cibles, les techniques, les méthodes et les capacités du renseignement canadien et allié », déplore ce rapport qui révèle également que Cameron Ortis était endetté de près de 100 000 dollars. Un somme conséquente qui pourrait expliquer sa volonté de vendre ces informations au crime organisé.

Jusqu’à 14 ans de prison


Lors de la conférence de presse donnée mardi 17 septembre 2019, la cheffe de la GRC, Brenda Lucki est quant à elle restée plus vague sur des détails de l’enquête et des personnes impliquée. Elle a toutefois protégé son service d’une potentielle responsabilité, « on ne peut pas contrôler les actes humains. On peut mettre [en place] tous les processus, les politiques, les procédures. Mais dans ce cas-là, c’est l’acte d’une personne », rapportent nos confrères de Radio-Canada.

Cameron Ortis, a dû répondre vendredi dernier de sept chefs d’accusation qui concernent des violations de la loi sur la protection de l’information, généralement employée dans les cas d'espionnage à l'étranger.

Si les accusations à l’encontre de l’ex -employé de la GRC n’ont pas encore été prouvées, il reste maintenu en détention et sera de nouveau entendu par la Cour d’Ottawa dans deux jours. S’il est reconnu coupable, il risque jusqu’à 14 ans de prison.