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Canada : la campagne électorale au Québec après le premier débat

Lors du<em> Face-à-Face Québec 2022, </em>le premier débat télévisé de la campagne électorale au Québec, 15 septembre 2022. 
Lors du Face-à-Face Québec 2022, le premier débat télévisé de la campagne électorale au Québec, 15 septembre 2022. 
(Agence QMI, Martin Chevalier)

La campagne électorale bat son plein au Québec depuis trois semaines et selon un dernier sondage, la Coalition Avenir Québec, le parti du gouvernement sortant, a perdu quelques plumes depuis la fin août. Mais rien pour remettre en question la large avance de la formation de François Legault dans les sondages. Bilan de mi-parcours, à deux semaines du scrutin.

Le dernier coup de sonde fait par la maison Léger et Léger entre le 6 et le 12 septembre auprès de plus de 3000 Québécois-es indique que la Coalition Avenir Québec (CAQ)  se dirige toujours vers une victoire majoritaire, avec 38% des intentions de vote. Mais c’est la première fois en trois ans que la CAQ glisse sous la barre des 40%. Un petit feu orange vient donc de commencer à clignoter pour le parti de François Legault.  

L’île de Montréal résiste à la domination de la CAQ

La CAQ domine un peu partout dans toute la province, sauf sur l’île de Montréal, bastion du Parti libéral du Québec, surtout dans l’ouest de l’île. Dans l’est de Montréal, le parti Québec solidaire, le plus à gauche sur l’échiquier politique québécois, espère faire quelques gains. Les Libéraux sont crédités de 18% d’intentions de vote, donc pas de baisse ni d’augmentation depuis la fin août. Québec solidaire a de son côté gagné deux points, avec 17% d’intentions. C’est donc la lutte entre les Libéraux et les Solidaires pour remporter la deuxième place et devenir le parti de l’opposition officielle. 

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Dans la région de Québec, la capitale, on s’attend à des duels serrés entre les candidats de la CAQ et ceux du Parti conservateur du Québec (PCQ). C’est dans cette région qu’est ancré ce parti de droite - voire d’extrême droite - et c’est là que le chef Éric Duhaime espère se faire élire ainsi que d’autres candidats de sa formation. Le PCQ semble avoir fait le plein de ses partisans, l’aiguille s’est stabilisée à 15% dans les intentions de vote. 

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À noter que le Parti Québécois, qui ferme la marche bon dernier, a gagné 2% au cours des trois dernières semaines, en passant de 9% à 11% d’intentions de vote. Le chef Paul Saint-Pierre Plamondon se débat comme un diable dans l’eau bénite pour tenter de sauver la peau de son parti et les analystes s’entendent pour dire qu’il a mené, jusqu’ici, une bonne campagne. 

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Un premier débat important

34% des personnes interrogées dans ce sondage Léger et Léger ont indiqué qu’elles pourraient changer d’avis en regardant le premier débat dans lequel les cinq chefs allaient s’affronter. Et ce premier débat s’est tenu le 15 septembre à l’antenne du réseau TVA. L’occasion pour les cinq partis de présenter aux Québécois leur programme sur les questions de l’environnement, le coût de la vie, la santé, l’éducation, l’immigration, la protection de la langue française, et l’identité. 

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Pas de surprise, François Legault, le premier ministre sortant, a été la cible principale des quatre autres chefs de la CAQ : il a dû défendre le bilan de son gouvernement, ce qui lui a laissé peu de place pour attaquer ses adversaires en retour. Éric Duhaime, le chef du Parti conservateur, a lui aussi été la cible de ses quatre rivaux, notamment pour son programme en faveur du pétrole et du développement des hydrocarbures. La question de la protection de l’environnement a donné lieu à de vifs échanges et c’est là que l’électeur a pu mesurer les grandes différences entre les partis. Québec Solidaire et le Parti Québécois sont les deux formations qui défendent le programme le plus complet en matière de lutte contre le réchauffement climatique, versus le Parti conservateur du Québec qui fait figure de cancre en prônant la poursuite du développement des hydrocarbures. 

Les échanges ont été vifs aussi du côté du dossier de l’immigration, et François Legault s’est fait remettre sous le nez sa déclaration controversée dans laquelle il a malencontreusement associé les nouveaux arrivants à la violence : « Les Québécois sont pacifiques, ils n’aiment pas la chicane, ils n’aiment pas les extrémistes. Ils n’aiment pas la violence. Il faut s’assurer qu’on garde ça comme c’est là » avait-il déclaré, des propos pour lesquels il a rapidement présenté des excuses mais qui continuent à lui coller à la peau. 

Le Parti Québécois prône de son côté une baisse marquée du nombre d’immigrants au Québec afin de faciliter leur francisation, il veut ramener le seuil à 35 000 nouveaux arrivants, alors que la CAQ et le Parti conservateur proposent d’en accueillir 50 000 et Québec solidaire 80 000. A ce sujet, les cinq chefs s’entendent pour dire que l’avenir de la langue française au Québec passe par la francisation des immigrants. François Legault a attaqué la cheffe libérale en remettant en doute sa volonté d’assurer la pérennité de la langue française au Québec. A noter que le Parti libéral du Québec ne recueille que 9% d’intention de vote chez les Francophones, le gros de son électorat est au sein de la communauté anglophone.  

La question de la gestion de la pandémie a aussi été abordée, le conservateur Éric Duhaime, qui est allé chercher des appuis importants au sein de la population mécontente des mesures sanitaires mises en place, a accusé le premier ministre sortant d’avoir été le pire « confineur » du continent. Ce à quoi François Legault lui a répliqué : « Alors que tout le monde ramait dans la même direction, vous avez tiré dans la chaloupe ! ». Sauf cet échange, le dossier de la pandémie est quasi inexistant dans cette campagne électorale. 

Des approches idéologiques marquées

Malgré des moments d’intense cacophonie, ce premier débat a permis aux électeurs de mesurer les écarts idéologiques importants entre les 5 partis : l’approche social-démocrate de Québec solidaire et du Parti Québécois, plus libérale pour la CAQ et le Parti Libéral et la droite libertarienne du Parti conservateur. Bien difficile de dire qui a gagné, qui a perdu au cours de ce premier face-à-face. Un deuxième débat va se tenir le 22 septembre sur les ondes de Radio-Canada, il faudra voir si cela fera bouger les aiguilles des sondages d’ici le vote, le 3 octobre prochain. 

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Il reste donc deux semaines de campagne électorale. Après la valse des centaines de millions de dollars en promesses diverses, qui ont littéralement étourdi l’électeur, chaque parti va tenter de consolider ses acquis, de conquérir d’autres électeurs et d’éviter de glisser sur de nouvelles pelures de bananes. Jusqu’ici, aucun des chefs n’a échappé à une boulette : la déclaration de François Legault sur les immigrants, des taxes impayées pour le chef conservateur, l’oubli de 12 milliards de dollars, rien de moins, dans les calculs du Parti libéral du Québec pour chiffrer la dette du Québec, la réaction du chef du Parti Québécois lors du décès de la Reine Elizabeth II – il s’est indigné du fait que le Québec ait mis ses drapeaux en berne – et le programme défendu par le chef des Solidaires, Gabriel Nadeau-Dubois, pour taxer les plus riches qui a fait grincer plus d’une dent. On le sait, la politique est un sport extrême…