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Canada : la construction de l'oléoduc Trans Mountain suspendue, un revers pour Justin Trudeau

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© RADIO-CANADA, TV5MONDE

Nouveau rebondissement dans l’affaire de l’oléoduc Trans Mountain. La Cour d’Appel fédérale du Canada suspend son expansion entre les provinces de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, car son impact sur l'environnement aurait été mal évalué. L'export du pétrole canadien vers les marchés asiatiques se voit ainsi compromis.

Coup dur pour Justin Trudeau. Le jour où l’entreprise américaine Kinder Morgan entérine la vente du pipeline au gouvernement canadien, la justice ordonne la suspension de son expansion. Cet oléoduc est un outil indispensable à l'écoulement du pétrole sur d’autres marchés que les États-Unis, car il pemettrait de transporter l'or noir jusqu'à la la côte pacifique canadienne, près de Vancouver, où il embarquerait sur des navires pétroliers, vers l'Asie.

Concrètement, la Cour d’Appel fédérale a annulé le permis de travaux de l'Office national de l'Énergie, alléguant que cette agence fédérale avait commis "une erreur cruciale" ; dans son étude d'impact environnemental, l’augmentation du nombre de navires pétroliers a été occultée, or cette hausse des bateaux, qui navigueront sur la côte pacifique canadienne pour exporter les hydrocarbures, devrait avoir un impact sur la population marine.

Dans sa décision, la Cour d'appel fédérale a laissé la porte ouverte à une relance des travaux, à condition que l'Office national de l'Énergie "prenne les mesures qui s'imposent, s'il le juge à propos, pour corriger ces vices et rendre par la suite une nouvelle décision en bonne et due forme".

Le 29 mai 2018, Justin Trudeau avait annoncé la décision du gouvernement de nationaliser cet oléoduc, pour un montant de 4,5 milliards de dollars canadiens (3 milliards d’euros). L’un des principaux enjeux de cet oléoduc Trans Mountain est d’écouler la production canadienne sur de nouveaux marchés, et de limiter ainsi, la dépendance du Canada aux États-Unis.

> A lire sur notre site : "Canada : Trans-Mountain l'oléoduc de la discorde"


"Victoire majeure" des opposants à Transmountain


Greenpeace salue une "victoire majeure" et estime qu'il est "temps que le Premier ministre Trudeau se rende à l'évidence et prenne les milliards de dollars publics prévus pour ce projet et les investisse pour accélérer la transition vers une économie basée sur les énergies renouvelables".
 
Légende de la photo : "Victoire ! Les nations indigènes ont gagné une bataille majeure contre les oléoducs."
Légende de la photo : "Victoire ! Les nations indigènes ont gagné une bataille majeure contre les oléoducs."
© Compte Twitter de Greenpeace Canada

Le Premier ministre de Colombie-Britannique s’est opposé à l'oléoduc Trans Mountain dès son élection, en 2017. Il n'a eu de cesse de pointer du doigt les risques environnementaux des tankers géants près de Vancouver, où aurait dû déboucher l’oléoduc en provenance de l’Alberta voisine.
Certains peuples autochtones ont elles aussi toujours été farouchement opposées à ce projet.

Ce projet d'oléoduc est "délicat pour le gouvernement" notamment car il va à l'encontre de la "réconciliation avec les autochtones", comme le souligne  Catherine François , la correspondante de TV5MONDE à Montréal :

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 La taxe carbone en péril

Justin Trudeau s’est engagé, en 2015, dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat, à réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre, d’ici à 2030. Le Premier Ministre canadien avait accepté l’agrandissement de l’oléoduc, à la condition que le gouvernement de l’Alberta, favorable à son expansion, s’engage lui aussi dans la lutte contre le réchauffement climatique. Un effort nécessaire car la province d’Alberta émet plus des trois quarts des gaz à effet de serre du pays (80%), avec son pétrole issu des sables bitumeux.

La taxe nationale sur le carbone, souhaitée par Justin Trudeau, se trouve désormais sur la sellette. Car à l’opposition des provinces de Saskatchewan et de l'Ontario, s’ajoute désormais l’Alberta. La Première Ministre de la province, Rachel Notley, a annoncé son retrait du plan climat, pour protester contre le coup d'arrêt à l'expansion du pipeline :

J'ai toujours dit, en signant le plan fédéral sur le climat, que cela devait s'accompagner de l'oléoduc Trans Mountain.

Rachel Notley, Première ministre de l’Alberta

Réponse de Justin Trudeau : "le gouvernement fédéral [...] veillera à ce que le projet progresse de la bonne façon".

© Compte Twitter de Justin Trudeau
Le pétrole au Canada et l'oléoduc Trans Mountain en chiffres

4 millions  : nombre de barils de pétrole extraits par le Canada tous les jours

99% : part de la production de pétrole canadienne écoulée (à rabais) aux États-Unis

3e : la province de l’Alberta est la troisième réserve de pétrole au monde

80% : l’Alberta génère près de 80% des gaz à effet de serre du Canada

1200 km : longueur de l’oléoduc , qui devait relier l’Alberta à la Colombie-Britannique

890 000 : le nombre de barils qui seraient acheminés de l'Alberta à Vancouver, avec l'expansion du Trans Mountain

37 000 : nombre d'emplois que l'expansion du Trans Mountain créerait, selon l'entreprise Kinder Morgan

1953 : date de mise en service de l’oléoduc Trans Mountain

25% : l’exploitation de pétrole et de gaz  représente le quart des émissions de gaz à effet de serre du Canada