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Canada : le Cirque du Soleil en faillite mis sous protection des tribunaux

Kyle Cragle du Cirque du Soleil, en répétition du spectacle <em>"Ovo"</em> au Royal Albert Hall de Londres le 9 janvier 2018.
Kyle Cragle du Cirque du Soleil, en répétition du spectacle "Ovo" au Royal Albert Hall de Londres le 9 janvier 2018.
© Grant Pollard/Invision/AP

La pandémie a frappé de plein fouet la célèbre troupe canadienne qui a révolutionné le cirque avec ses spectacles chorégraphiés aux numéros stupéfiants. Endetté et privé de représentations, le Cirque du Soleil a annoncé lundi 29 juin avoir trouvé un accord pour son acquisition par ses actionnaires actuels. Le groupe sera restructuré sous supervision des tribunaux avant sa mise aux enchères.

Pour éviter la faillite au groupe qu’il a fondé au Québec en 1984 puis revendu en 2015, l’ancien cracheur de feu Guy Laliberté a lui-même laissé entendre qu’il pourrait mettre la main à la poche.

Du jour au lendemain en mars, le cirque a dû annuler 44 productions dans le monde, de Las Vegas à Tel Aviv en passant par Lyon, Moscou ou Melbourne. Et mettre au chômage technique 4.679 acrobates et techniciens, 95% de ses employés, en raison de la pandémie de Covid-19.

Confrontée à l'effondrement de ses revenus et menacée de faillite, la troupe canadienne a mandaté début mai une banque canadienne pour examiner ses options, y compris sa vente.

Un groupe fragilisé

M. Laliberté a cédé le contrôle du cirque pour un milliard de dollars américains en 2015. C’est le fonds privé américain TPG Capital qui en détient aujourd’hui 55% du capital, 25% sont au fonds chinois Fosun – propriétaire du Club Med depuis 2015 et de Thomas Cook depuis novembre 2019 – et 20% appartiennent à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). Cette dernière a racheté en février 2020 les 10% encore détenus par Guy Laliberté.

Depuis 2015, le Cirque s’est endetté. Achats et création de salles de spectacles permanentes, nouveaux spectacles qui n’ont pas eu les succès escomptés : il a accumulé une dette de plus d’un milliard de dollars américains.

Craignant que le cirque ne "soit revendu à d'autres intérêts étrangers", le gouvernement du Québec a offert le 26 mai 2020 un prêt conditionnel de 200 millions de dollars américains (182 millions d'euros) au cirque pour relancer ses activités. Cet "accord de principe" est conditionné à ce que le siège du cirque demeure à Montréal et que la province puisse racheter au moment opportun les participations américaine et chinoise, "à la valeur marchande" et avec "probablement un partenaire" local, a dit Pierre Fitzgibbon, ministre québécois de l'Economie. Ce prêt se rajoute au financement provisoire de 50 millions de dollars qui répondait aux besoins de liquidités à court terme du Cirque du Soleil.

Par ailleurs, le 3 juin, les représentations ont repris à Hangzhou en Chine.

(Re)voir : 200 millions de dollars pour sauver le Cirque du Soleil

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Un plan de sauvetage

Lundi 29 juin, le groupe a demandé la protection des tribunaux contre ses créanciers afin de se restructurer. Il a également annoncé un accord pour son acquisition par ses actionnaires actuels, aidés par le gouvernement du Québec, en vue de sa vente aux enchères dans 45 jours.

La demande de protection contre les créanciers doit être entendue mardi 30 juin par la Cour supérieure du Québec. Si elle est acceptée, l'entreprise demandera sa reconnaissance provisoire immédiate aux Etats-Unis en vertu du chapitre 15 de la loi américaine sur les faillites.

"Cela permet aux gens qui veulent reprendre l'entreprise de se manifester", explique Daniel Lamarre, PDG du groupe Cirque du Soleil, ajoutant que cinq à six groupes, canadiens comme étrangers, s'étaient montrés intéressés.

Fin mai, le fondateur et ancien patron du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, a annoncé son intention de racheter l'entreprise, ajoutant vouloir garder le siège social à Montréal et conserver une équipe de direction québécoise.

"En même temps, nos actionnaires actuels, avec l'aide d'Investissement Québec", bras du gouvernement québécois, ont déposé "une proposition" d'achat, a indiqué M. Lamarre. Et ces derniers disposeront d'un droit de préemption, a-t-il précisé.
"C'est pour ça que je peux garantir aujourd'hui l'avenir du Cirque, parce que eux [les actionnaires] se sont engagés à réinvestir 300 millions de dollars américains pour assurer la survie de l'entreprise", a expliqué M. Lamarre.

Cette "convention d'achat" conclue avec les fonds américain TPG et chinois Fosun, ainsi que la Caisse de dépôt et placement du Québec, prévoit l'acquisition de la quasi-totalité des actifs du Groupe Cirque du Soleil au comptant et par endettement.

Investissement Québec fournira un financement par emprunt de 200 millions de dollars américains pour appuyer l'acquisition proposée. La convention prévoit notamment que les créanciers garantis du Cirque du Soleil recevront une participation en actions de 45% dans l'entreprise restructurée, contre 55% pour les actionnaires actuels.

L'accord prévoit également la création de deux fonds totalisant 20 millions de dollars américains pour offrir une aide supplémentaire aux employés touchés et aux entrepreneurs indépendants du cirque.

Des licenciements peut-être compensés

Le Cirque a annoncé le licenciement de près de 3.500 des quelque 4.600 artistes et techniciens qu'il avait mis au chômage technique en mars avec l'annulation d'une quarantaine de productions dans le monde, de Las Vegas à Tel Aviv en passant par Lyon, Moscou ou Melbourne.

La direction du Cirque du Soleil a l'intention de réembaucher la majeure partie des employés licenciés dès que les conditions le permettront.

"La convention d'achat établit le prix plancher, ou l'offre minimale acceptable, pour une vente aux enchères de la société sous la supervision de la Cour en vertu du processus de vente et de sollicitation d'investissement, conçu pour obtenir la valeur la plus élevée possible ou la meilleure offre pour le Cirque et ses parties prenantes", a précisé l'entreprise.

L'offre "fournira au Cirque du Soleil les capitaux et les ressources nécessaires pour stabiliser et relancer l'entreprise", tout en préservant "le caractère québécois de la marque" fondée dans la province francophone en 1984.