Info

Canada : le couple princier Harry et Meghan sera-t-il le bienvenu ?

Le Prince Harry et son épouse Meghan ont décidé de quitter le Royaume-Uni et leurs obligations royales, pour s'installer au Canada. ©Daniel Leal-Olivas/Pool Photo via AP
Le Prince Harry et son épouse Meghan ont décidé de quitter le Royaume-Uni et leurs obligations royales, pour s'installer au Canada. ©Daniel Leal-Olivas/Pool Photo via AP

Le "Megxit" (contraction de "Meghan" et "exit", sortie en anglais) agite le Royaume-Uni, mais il fait aussi beaucoup réagir au Canada.  Le couple princier Harry et Meghan dit vouloir passer du temps dans l’ouest du pays dans le cadre de leur nouvelle vie en dehors du palais de Buckingham. C’est surtout la question des frais de sécurité du couple qui inquiète les Canadiens, toujours très divisés autour de la monarchie britannique.

Harry, Meghan et leur fils Archie ont passé une partie des fêtes sur l’île de Victoria, en Colombie-Britannique. C’est là qu’ils disent vouloir venir vivre une partie de l’année. S’ils y passent moins de six mois et qu’ils n’y travaillent pas, ils seront considérés comme des touristes au Canada et seront libres d’aller et vivre sans problème.

Mais s’ils veulent s’installer plus durablement et travailler au Canada, en matière d’immigration, ils ne bénéficient d’aucun passe-droit en tant que membres de la famille royale, même si Élisabeth II est la cheffe de l’État canadien et que le Canada est membre du Commonwealth. Harry et Meghan devront alors, comme n’importe qui d’autre, faire des démarches d’immigration pour obtenir leur résidence permanente.

En revanche, le ministre de l’Immigration a un pouvoir discrétionnaire pour accorder cette résidence permanente à la personne de son choix. Autrement dit, Harry et Meghan pourraient éviter les démarches d’un processus d’immigration, longues et fastidieuses, à condition que le gouvernement canadien l’accepte. Ce dernier serait-il prêt à leur accorder cette faveur ? On peut se permettre d’en douter, car cette décision soulèverait une controverse certaine au sein de la population canadienne, divisée en ce qui concerne la monarchie britannique.

Qui va payer pour la sécurité du couple princier ?

C’est la question qui inquiète et divise le plus les Canadiens : qui va payer les frais de sécurité du couple princier lors de leur séjour au Canada ? Une pétition circule actuellement sur internet pour demander au Premier ministre, Justin Trudeau, que l’État canadien ne paye pas ces frais et toute autre dépense liée à la présence de Meghan et Harry au Canada. Elle a été mise en ligne par la Fédération canadienne des contribuables.

Le gouvernement canadien reste, pour l’instant, plutôt évasif à ce sujet. Le Premier ministre Trudeau, en entrevue lundi 13 janvier au réseau Global News, a dit : « Nous appuyons bien sûr leurs réflexions, mais nous avons également des responsabilités à cet égard. Il reste encore beaucoup de discussions à avoir ». Le ministre des Finances, Bill Morneau, a confirmé que rien n’était encore décidé sur cette question de protection de Meghan et Harry. Et il est clair que le gouvernement canadien va marcher sur des œufs dans ce dossier.

Toute visite royale au Canada engendre des coûts pour l’État canadien, car c’est la Gendarmerie royale du Canada qui en assure la sécurité. Par exemple, en 2011, la visite de Williams et Kate, qui a duré neuf jours, a coûté 1,2 million de dollars aux contribuables canadiens. Et la GRC a assuré la sécurité du couple princier lors de leurs vacances des fêtes en Colombie-Britannique. Mais qu’en sera-t-il s’ils viennent vivre plusieurs mois par an au Canada ?

Pour beaucoup de Canadiens, l’indépendance financière que veulent obtenir le Duc et la Duchesse de Sussex devrait leur permettre de payer cette facture de sécurité qui s’annonce salée. C’est surtout au Québec que cette opinion prévaut, les Québécois n’ont pas la fibre monarchiste très développée, bien au contraire, alors que les Canadiens des provinces anglophones sont, en général, plus attachés à la monarchie britannique et ses représentants et donc, plus « tolérants » peut-on dire…

Pourquoi le Canada ?

L’attachement de Meghan au Canada ne date pas d’hier : la Duchesse de Sussex, une Américaine née à Los Angeles, a vécu plusieurs années à Toronto quand elle était actrice, c’est là qu’elle a développé des amitiés avec la famille de l’ex-Premier ministre canadien Brian Mulroney (plus précisément avec le fils de Brian Mulroney et sa femme). Meghan connaît aussi le couple Trudeau.

Le Canada, membre du Commonwealth et monarchie constitutionnelles qui a gardé des liens étroits avec la Grande-Bretagne, semble donc un bon compromis pour le couple qui veut partager sa nouvelle vie entre le Royaume-Uni et l’Amérique du Nord.

En Colombie-Britannique, de nombreux citoyens se réjouissent d’accueillir le couple princier, le Premier ministre John Horgan se dit ouvert à leur arrivée dans la province. Et l’industrie touristique de la région se réjouit : quoi de plus glamour qu’un couple princier pour mettre la lumière sur les magnifiques montagnes et paysages de l’Ouest canadien ?

Prince Harry, prochain gouverneur ? 

Selon un sondage mené par Postmedia et publié dans le quotidien The National Post, plus de 60% des Canadiens interrogés sont favorables à ce que le prince Harry devienne le prochain gouverneur général du Canada.

Ce poste, qui a été occupé notamment par l’ex-secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, est purement honorifique et essentiellement protocolaire : la personne qui l’occupe est la cheffe officielle de l’État canadien et la représentante de la Reine d’Angleterre au Canada. Un poste dont les antimonarchistes canadiens, et ils sont nombreux, surtout au Québec, aimeraient bien se débarrasser, surtout qu’il coûte des millions de dollars par an aux contribuables.

Reste à voir maintenant ce que vont concrètement faire  Harry et Meghan : venir passer du temps au Canada comme des touristes ? S’y installer vraiment, y travailler et y immigrer ? Assumer les coûts de leur sécurité ou refiler discrètement la facture à l’État canadien ? Quelle position va prendre le gouvernement Trudeau dans toute cette histoire qui s’annonce bien délicate à gérer pour le Canada ?