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Canada : le gouvernement vole au secours d'Air Canada

Un avion de Air Canada sur le tarmac de l'aéroport de San Francisco ce 13 novembre 2019.
Un avion de Air Canada sur le tarmac de l'aéroport de San Francisco ce 13 novembre 2019.
AP Photo/Jeff Chiu

Le gouvernement canadien délie les cordons de la bourse pour venir en aide au transporteur national Air Canada. Le plan d'aide avoisine près de 6 milliards de dollars canadiens (4 milliards d'euros). Mais ce sauvetage n'est pas sans conditions. Air Canada doit en contrepartie préserver l'emploi. Le Canada est le dernier pays du G7 à soutenir son industrie aérienne. Les négociations ont été en effet longues et ardues. Décryptage.

Comme un peu partout sur la planète, les compagnies aériennes canadiennes sont fortement frappées par la pandémie. Les pertes se chiffrent en milliards de dollars. Les compagnies aériennes se sont séparés de dizaines de milliers de salariés. L'activité est fortement réduite ou à l'arrêt compet comme dans le cas d’Air Transat. Tous les vols de cette compagnie sont annulés jusqu’au 30 avril.

En février dernier, le gouvernement canadien a ordonné l’annulation de tous les vols en direction des destinations touristiques dans les Caraïbes et ce, jusqu’au 30 avril.

Une industrie frappée de plein fouet par la pandémie

Il a également imposé des conditions très strictes à quiconque entre au Canada par voie aérienne. Un test de dépistage à l’aéroport, un séjour imposé d’au moins deux jours dans un hôtel le temps d’avoir les résultats de ce test, suivi d’une quarantaine de deux semaines à domicile ont été en effet imposé par les autorités. Les compagnies aériennes ont donc dû s’ajuster à ces nouvelles mesures et dans le cas d’Air Transat, dont la principale activité l’hiver sont des vols vers ces destinations soleil, on a préféré clouer tous les avions au sol.

Air Canada de son côté a réduit drastiquement ses vols. En février, la compagnie a procédé à 1500 nouvelles mises à pied, conséquences directes de ces nouvelles mesures sanitaires, ce qui s’ajoute aux licenciements de 20 000 personnes l’an dernier, soit la moitié de ses employés. Et le transporteur a enregistré des pertes de 4,6 milliards de dollars au cours de la dernière année. Bref, le secteur aérien canadien vit actuellement la pire crise de son histoire.

Une aide de 5,9 milliards de dollars

Il a fallu des mois et des mois de négociations pour que le gouvernement canadien en arrive à cette entente avec Air Canada.

D’un montant total de 5,9 milliards de dollars, l’entente se ventile ainsi : 500 millions de dollars en action injectés par le gouvernement canadien, des prêts de 4 milliards de dollars à des conditions avantageuses et 1,4 milliards de dollars prêtés par le gouvernement pour rembourser les billets annulés depuis le début de la pandémie.
 

Air Canada va avoir les liquidités nécessaires pour se remettre sur pied, en très bonne position pour repartir d’ici l’automne.

John Gradek, le coordonnateur du programme d’aviation à l’Université Mc Gill

Car les compagnies aériennes canadiennes, contrairement aux européennes et aux américaines, n’ont pas remboursé leurs clients dont les vols ont été annulés après le 12 mars, elles leur ont plutôt offert des crédits-voyages valables pour deux ans. Ceci ne fait pas du tout l’affaire des consommateurs canadiens, on s’en doute bien. L’une des conditions d’aide par le gouvernement canadien aux transporteurs aériens du pays était justement le remboursement de ces billets annulés.

Air Canada a dû s'engager sur l'emploi

Air Canada va donc devoir rembourser à compter du 13 avril ses clients « admissibles qui ont acheté des billets non remboursables pour un voyage commençant au plus tôt en février 2020, mais qui n'ont pas voyagé en raison de la COVID-19  ». Le transporteur s’est aussi engagé à «  maintenir un niveau d'emploi non inférieur à celui du 1er avril 2021  ».

Il doit également rétablir les liaisons régionales qu’il avait abandonnées depuis un an. Air Canada doit honorer ses commandes de 33 A220 d’Airbus construits au Québec. Le transporteur doit enfin s’astreindre à ne pas verser de dividendes, ne pas faire de rachats d’action et de plafonner la rémunération de ses hauts dirigeants à un million de dollars.

Un plan d’aide bien accueilli par Air Canada

Le transporteur se félicite de cet accord : «  Le programme de liquidités supplémentaires que nous annonçons aujourd'hui répond à plusieurs objectifs convergents : procurer à Air Canada un niveau de protection important, mieux résoudre le remboursement aux clients de billets non remboursables, maintenir nos effectifs et revenir sur les marchés régionaux, dit Michael Rousseau, président et chef de la direction d'Air Canada dans un communiqué. « Plus important encore, ce programme nous procure les liquidités supplémentaires dont nous pourrions avoir besoin pour rebâtir notre entreprise dans l'intérêt de toutes les parties prenantes et pour continuer à contribuer largement à l'économie canadienne durant la reprise et à long terme », ajoute le dirigeant. 

Le gouvernement canadien de son côté estime que « ce plan aidera Air Canada à survivre au ralentissement économique actuel et protégera des milliers d'emplois canadiens » . La vice-première ministre Chrystia Freeland précise qu’il « était important d'avoir un accord avec les compagnies aériennes qui était gagnant pour le fédéral ».

Un avion d'Air Canada en approche de l'aéroport de Philadelphie en 2019. Air Canada a vécu un véritable trou d'air en 2020 subissant la chute du trafic sur le continent.<br />
 
Un avion d'Air Canada en approche de l'aéroport de Philadelphie en 2019. Air Canada a vécu un véritable trou d'air en 2020 subissant la chute du trafic sur le continent.
 
AP Photo/Matt Rourke)

Du côté syndical, les réactions sont plus mitigées : le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente 10 000 agents de bord d’Air Canada, critique l’entente : « Le gouvernement Trudeau s'est engagé à ce que toute aide financière destinée au secteur aérien soit directement affectée aux travailleurs de soutien, et cet engagement n'est pas reflété dans cet accord, estime Mark Hancock, le président du SCFP.

Cet accord est exactement ce que nous craignions, soit un accord qui ressemblerait à un accord concocté à huis clos : c'est un an de retard, pas de transparence, et pas assez pour soutenir les milliers d'agents de bord encore sous le choc des impacts de la pandémie ».

Le gouvernement canadien devient le plus gros actionnaire d'Air Canada

Un autre syndicat, Unifor, qui représente plus de 16 000 travailleurs du transport aérien, parle plutôt d’une bonne entente, aux dires du président Jerry Dias : « L'annonce faite aujourd'hui par le gouvernement fédéral est une reconnaissance que les travailleurs de l'aviation sont essentiels à l'économie canadienne. Le programme d'allègement offre un bon équilibre de certitude pour les petites et les grandes communautés, l'entreprise et ses travailleurs ».

En entrevue à la radio de Radio-Canada, John Gradek, le coordonnateur du programme d’aviation à l’Université Mc Gill, explique qu’avec cette entente, le gouvernement canadien devient le plus gros actionnaire d’Air Canada et que l’apport de ces milliards va relancer le transporteur : « Air Canada va avoir les liquidités nécessaires pour se remettre sur pied, en très bonne position pour repartir d’ici l’automne »

Les négociations se poursuivent avec les autres transporteurs

Le gouvernement canadien poursuit ses négociations avec les autres compagnies aériennes du pays, WestJet, Porter et Air Transat, sur le montant total d’aide qu’il est prêt à leur allouer avec des conditions similaires à celles imposées à Air Canada, notamment le remboursement des billets annulés à cause de la pandémie. « Toute entente conclue comprendra une exigence stipulant que la compagnie aérienne devra également rembourser les passagers pour des annulations liées à la pandémie » peut-on lire dans le communiqué du ministère canadien des Transports.

Air Transat, la compagnie québécoise, en très grande difficulté

Dans le cas d’Air Transat, ce soutien financier est vital : la compagnie québécoise devait être rachetée par Air Canada, ce qui lui aurait assuré la survie, mais la transaction a finalement capoté, notamment parce que l’Union européenne s’y est opposée.
 

Air Transat a besoin d’au moins 500 millions de dollars (canadiens) pour assurer sa survie.John Gradek, le coordonnateur du programme d’aviation à l’Université Mc Gill

D’autres offres d’achat sont sur la table, et l’avenir de cette compagnie, qui l’été assure les liaisons outre-Atlantique entre le Québec et les capitales européennes, sans oublier une dizaine de destinations en France, va dépendre de qui va la racheter.

John Gradek ne cache pas son inquiétude d’ailleurs au sujet d’Air Transat : « Cette compagnie a besoin d’au moins 500 millions de dollars (canadiens) pour assurer sa survie, mais je ne crois pas que le gouvernement canadien va faire un prêt à Air Transat s’il n’a pas de garantie de sa viabilité ».

Le spécialiste croit toutefois qu’il faut s’attendre à ce que des ententes du même type que celle avec Air Canada soient prochainement annoncées entre le gouvernement canadien et les autres compagnies aériennes du pays.