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Canada : le mouvement indépendantiste "Wexit" gagne en popularité

Le mouvement indépendantiste de l'Ouest canadien, <em>VoteWexit </em>veut devenir un parti politique pour peser sur l'échiquier politique du pays.
Le mouvement indépendantiste de l'Ouest canadien, VoteWexit veut devenir un parti politique pour peser sur l'échiquier politique du pays.
Logo site Wexit (Capture d'écran)

Les revendications indépendantistes de provinces de l’Ouest canadien, telles que l’Alberta ou le Saskatchewan gagnent en popularité après la réélection de Justin Trudeau en octobre 2019. Un groupe à l’origine du mouvement “Wexit” veut entrer en politique pour accélérer la séparation des quatres provinces de l’Ouest du Canada, du reste du pays. 

Le “Wexit”, jeu de mots en référence au “Brexit”, signifie “Western Canada Exit”, c'est à dire la sortie du Canada des quatre provinces de la région Ouest : l’Alberta, le Saskatchewan, la Colombie-Britannique et le Manitoba. Ces velléités indépendantistes reposent sur l’idée que le gouvernement fédéral libéral s’oppose à l’exploitation des ressources principales de la région, le pétrole et le gaz. 

Troisième réserve de pétrole de la planète derrière l’Arabie saoudite et le Venezuela, la province de l’Alberta, surnommée “Oilberta”, produit près de 80% du pétrole canadien. Pourtant le chômage y est supérieur à la moyenne nationale (7,2% contre 5,9%). Depuis 2014, une crise économique touche la province et chez les habitants, la grogne monte contre le gouvernement fédéral, qui selon eux, ne ferait rien pour accroître les ventes de pétrole brut vers l’étranger. 

Vers la création d'un parti politique

À la tête du mouvement “Wexit”, un trouve un ancien militaire, Peter Downing. Avec sa devise "The West wants out " (l’Ouest veut se séparer), le mouvement est très présent sur Internet. Sur son site et son groupe Facebook, “VoteWexit.com”, Peter Downing a annoncé le lancement d'une pétition en ligne pour transformer son mouvement en parti politique, lui permettant de se présenter aux prochaines élections. 

En effet, la réélection de Justin Trudeau, le 21 octobre dernier, a été la cause du durcissement du mouvement. En Alberta, 34 députés conservateurs ont été élus à la chambre des Communes, et pas un seul libéral, créant ainsi une situation inédite, tout comme dans la province de Saskatchewan. L'Alberta est la troisième province la plus riche du pays, et ses députés ne constituent que 10% du Parlement national. Un déséquilibre qui motive les séparatistes. Peter Downing a déclaré récemment à la chaîne de télévision CTV : "Actuellement, nous n’avons aucun espoir, il n’y a aucune raison pour que Justin Trudeau nous gouverne". Puis, s’inspirant du mouvement séparatiste québécois qui fait élire des députés depuis les années 90, il déclare :  “Nous allons faire pour l’Ouest canadien ce que le Bloc québécois fait pour le Québec”

Pour le chef du Bloc Québécois, Yves Blanchet, le mouvement autonomiste de l’Ouest canadien ne peut que renforcer son propore parti : “Ça va normaliser le fait que le Québec, lui, puisse éventuellement de nouveau aller plus loin [pour] redéfinir une nouvelle entente [entre] deux nations souveraines. Et une fois que cela est fait, tout est possible dans un sens comme dans l’autre”, a t-il déclaré à La Presse. Cela dit, pour Blanchet, le “Wexit” n’a pas lieu d’être : “Je ne crois pas au Wexit”, a-t-il déclaré. “Pour moi, c’est encore une fable ou un outil politique que Jason Kenney a habilement utilisé. Mais je ne crois pas à une velléité sécessionniste de l’Alberta et encore moins en sa capacité de séduire la Colombie-Britannique”.

Un "cabinet de guerre" de l'énergie

Peter Downing a également contacté le Premier ministre conservateur de l’Alberta, Jason Kenney. “Il a l’occasion d’être un héros. Menez-nous au seuil de notre liberté économique, stabilité sociale et auto-détermination”, a-t-il encore déclaré à CTV. Il lui a demandé la tenue d’un référendum sur la séparation de la province. Jason Kenney a créé une commission itinérante pour sonder la population, demandant si l’Alberta doit avoir son propre régime de pension, comme le Québec, ou si la province peut tenir ses propres politiques en matière d’immigration. Le Premier ministre a également créé une “Energy War Room”, un “cabinet de guerre” de l’énergie, pour promouvoir les productions de pétrole et de gaz de la province, et démontrer la supposée désinformation sur le sujet. 

Néanmoins une indépendance totale de la province comprend certains obstacles majeurs. L’Alberta ne possède pas d’accès direct à l’océan, et la Colombie-Britannique voisine, refuse toujours la construction de pipelines, notamment l'extension du Trans Mountain, approuvé par Ottawa. Lors d'une interview à la chaîne de télévision CBC, jeudi 19 décembre, le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau a reconnu les "frustrations" des habitants de ces provinces, mais estime que cela ne remettait pas en question l'unité nationale. "Je ne partage pas l’avis de certains. [...] Il y a des problèmes que nous devons résoudre en travaillant tous ensemble. Je ne crois pas que les Albertains se détournent soudainement du reste du Canada", a-t-il déclaré.