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Canada : les priorités du gouvernement Trudeau face à un parlement divisé

C’est jour de rentrée parlementaire à Ottawa ce 27 janvier. Le Premier ministre, Justin Trudeau, ne dispose pas de majorité.
C’est jour de rentrée parlementaire à Ottawa ce 27 janvier. Le Premier ministre, Justin Trudeau, ne dispose pas de majorité.
©AP Photo/Frank Augstein

C’est jour de rentrée parlementaire à Ottawa ce 27 janvier, pour les sénateurs et les députés de la Chambre des Communes. Unité nationale, environnement, aide à mourir, Iran... C'est l’occasion pour le gouvernement de Justin Trudeau de définir ses priorités alors qu’il ne dispose pas de majorité pour gouverner.

 « Travailler main dans la main », « trouver des positions gagnant-gagnant ». Ces formulations, les Canadiens risquent de les entendre souvent dans la bouche de leur vice-Première ministre, Chrystia Freeland, à qui Justin Trudeau a confié la délicate mission de ressouder l’unité nationale après les élections du 21 octobre. Car le Canada est ressorti profondément divisé de ce scrutin, entre, d’un côté, l’est du pays, qui a voté majoritairement pour les libéraux de Justin Trudeau, et de l’autre, l’ouest, qui a voté massivement en faveur des conservateurs. Comment donc recoller les morceaux pour que le pays reste uni ?

Préserver l’unité nationale

C’est le défi de Chrystia Freeland, ministre des Affaires intergouvernementales, qui, depuis sa nomination, a multiplié les rencontres avec les Premiers ministres des provinces, en particulier de l’ouest du pays. L’idée est de tendre la main à l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba, qui se sentent négligées par le pouvoir fédéral, à un point tel qu’en Alberta, un courant sécessionniste, le WEXIT, gagne de plus en plus d’adeptes.

Dans ces provinces, l’exploitation du pétrole issu des sables bitumineux reste la principale activité économique, une activité polluante, alors que dans l’est du Canada, la pression est forte pour réduire l’empreinte carbone du pays et réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Chrystia Freeland a donc tout un défi devant elle : aplanir les différences, désamorcer les frustrations, préserver l’unité de ce grand pays.

Lutter contre les changements climatiques

Le nouveau ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, est aussi le ministre du Changement climatique et c’est ce chapeau qu’il va le plus coiffer au cours des prochains mois. La lutte contre les changements climatiques est l’une des promesses faites par Justin Trudeau pour assurer sa réélection.

Le ministre Wilkinson planche donc sur l’élaboration de nouvelles cibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin que le Canada devienne carboneutre en 2050. Un programme ambitieux, voire irréaliste, quand on sait que le Canada peine déjà à atteindre les cibles prévues par l’Accord de Paris, soit réduire d’ici 2030 de 30% les gaz à effet de serre par rapport au niveau de 2005.

L’aide médicale à mourir et le contrôle des armes à feu

Deux autres dossiers sont au menu des travaux du gouvernement Trudeau : élargir les critères d’accès à la loi sur l’aide médicale à mourir et resserrer le contrôle des armes à feu. Dans le cas de l’aide médicale à mourir, cette loi qui permet de mettre fin à ses jours en toute légalité si l’on souffre d’une maladie incurable, c’est une récente décision rendue par un tribunal québécois qui oblige le gouvernement canadien à revoir les critères d’accès.

L’objectif est d’ouvrir cette loi aux personnes qui ne sont pas forcément en « fin de vie » et qui souffrent d’une maladie dégénérative, comme la sclérose en plaques, afin qu’elles puissent prendre les dispositions pour s’en prévaloir quand elles le souhaitent.

Le gouvernement fédéral a mis en place des consultations nationales en ligne pour consulter les Canadiens sur ce sujet, le questionnaire est en ligne jusqu’au 27 janvier, il a déjà été rempli par plus de 150 000 personnes. Le ministre de la Justice promet le dépôt d’un projet de loi courant février.

En ce qui concerne les armes à feu, c’était l’une des promesses électorales des libéraux : interdire les armes à feu d’assaut de type militaire. Le gouvernement canadien veut remplir cette promesse rapidement.

L’incontournable agenda international

L’écrasement du Boeing ukrainien en Iran, avec 57 Canadiens à bord, et le dossier de l’extradition vers les États-Unis de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, ont tenu occupé le nouveau ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, depuis le début de l’année.
 

​Ce sont deux dossiers très délicats pour le Canada sur le plan diplomatique. Avec l’Iran, le gouvernement canadien maintient la pression et réclame des réponses à ses questions.

Le Premier ministre Trudeau a même déclaré que tout ce drame ne serait jamais arrivé si l’Iran et les États-Unis ne s’étaient pas engagés dans cette escalade de la violence et si Donald Trump n’avait pas ordonné de liquider le général iranien.

Dans le cas du dossier Huawei, c’est à la demande des États-Unis que le Canada a arrêté Meng Wanzhou et cette arrestation a provoqué une grave crise diplomatique entre la Chine et le Canada.

La libération des deux Canadiens arrêtés par Pékin en représailles fait partie des priorités du gouvernement Trudeau. Dans ces deux dossiers, le Canada est l’otage des politiques du président Trump : son conflit commercial avec la Chine et l’escalade des tensions avec l’Iran.

Dans les autres priorités internationales, le gouvernement Trudeau va déposer un projet de loi le 29 janvier pour faire ratifier le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique par les parlementaires canadiens. Il a déjà été ratifié par les Mexicains en décembre et les Américains récemment. Le Premier ministre Trudeau dit être en discussion avec les partis d’opposition pour que ce projet de loi soit adopté rapidement et l’accord ratifié.

Enfin le Canada est en pleine campagne à l’ONU pour retrouver un siège non permanent au sein du Conseil de sécurité, et il s’agit d’une priorité internationale du gouvernement Trudeau. Rien n’est acquis en la matière. Justin Trudeau doit aussi nommer un nouvel ambassadeur à Washington, c’est la plus importante chaise diplomatique du Canada, et elle est vide depuis août dernier.

Gouverner sur un fil

La marge de manœuvre de ce nouveau gouvernement de Justin Trudeau est mince : comme il ne dispose pas de majorité à la Chambre des Communes, il va devoir aller chercher l’appui soit des conservateurs, soit des néo-démocrates, soit des bloquistes pour faire adopter ses projets de loi. Il va donc devoir gouverner en collaboration avec ces partis d’opposition, à la recherche de compromis, pour éviter de se faire renverser et que de nouvelles élections ne soient déclenchées.

Pour l’instant, le scénario d’un scrutin anticipé n’est pas à l’ordre du jour : les conservateurs se cherchent un nouveau chef, les partis doivent renflouer leurs caisses, donc pas de menace à moyen terme pour Justin Trudeau. Mais ce second mandat sera beaucoup plus périlleux pour le premier ministre canadien et son équipe.