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Canada : sommelier en cannabis, un métier en développement

Adolfo Gonzalez et Enid Chen, les deux co-fondateurs de CannaReps, une entreprise qui forme des sommeliers en cannabis.
Adolfo Gonzalez et Enid Chen, les deux co-fondateurs de CannaReps, une entreprise qui forme des sommeliers en cannabis.
©TV5MONDE/ Catherine François

La légalisation du cannabis au Canada, effective depuis octobre dernier, a ouvert la porte au développement d’une industrie en plein essor. Une compagnie de Vancouver a ainsi créé une formation pour devenir "sommelier en cannabis". Comme pour le vin, il s'agit d'apprendre à reconnaître les différentes espèces de cannabis et leurs particularités, de façon à pouvoir conseiller autant les consommateurs que les producteurs.

Dans la grande salle d’un bureau de Vancouver, six hommes et six femmes écoutent avec attention Adolfo Gonzalez, formateur et cofondateur de CannaReps. Il leur explique tout d’abord quelles sont les origines du cannabis et donne des détails sur la culture ancestrale liée à cette plante qui provient du Moyen-Orient, de l’Afghanistan et des pays limitrophes. "Le but premier de ce cours, c’est de faire découvrir aux gens cette culture du cannabis qui existe depuis des siècles et qui n’a jamais été reconnue et comprise par nos sociétés occidentales. Nous voulons ici réhabiliter cette culture", explique Adolfo. 

Ce Mexicain d’origine la connaît bien, cette culture : il a émigré au Canada dans la foulée de la légalisation du cannabis à des fins médicinales, en 2001, parce qu’il en consommait à cause de ses crises d’anxiété chronique. Quelques années plus tard, après un grave accident de ski, il a réussi à vaincre sa dépendance aux opioïdes grâce au cannabis que lui prescrivait un médecin.

Depuis, il a développé une expertise, à des fins médicinales tout d'abord, qu’il veut partager avec le plus de monde possible. Il est persuadé que cette plante peut avoir des effets bénéfiques sur la vie de nombreuses personnes. C’est dans cette perspective qu’il a fondé CannaReps avec Enid Chen et commencé à proposer cette formation de sommelier en cannabis. 

Kush, Haze, Afghan, quelles différences ? 
Kush, Haze, Afghan, quelles différences ? 
© Catherine François

La théorie…

La formation comprend un volet théorique pour que l’étudiant apprenne les bases du cannabis : les régions d’origine de la plante, son anatomie, donc les différences entre les espèces de Sativa (plante plus élancée et aux feuilles plus minces), Indica, (touffue, et feuilles plus denses), et les Hybrides. On apprend aussi quelle est la composition biochimique de chaque espèce, sa teneur en THC, en CBD - "le yin et le yang du cannabis", selon Adolfo.

Adolfo explique aussi en quoi ce que l'on appelle l’Afghan, le Haze et le Kush diffèrent dans leurs odeurs, leurs formes, leur teneur en humidité, leurs coupes, etc... Il prend aussi le temps de préciser les différentes méthodes d’extraction et de filtration, quels sont les divers produits de cannabis maintenant vendus sur le marché canadien, tout en insistant sur la nécessité d’avoir les bons dosages et les dangers liés à des surdoses et de la surconsommation. 

… Et la pratique ! 

La formation n’est pas que théorique : elle est aussi pratique. Les étudiants se mettent donc régulièrement le nez dans des cocottes (plantes de cannabis) de "death buddha", de "Wifi OG", de "Sweet Skunk" pour apprendre à en reconnaître les odeurs, la forme, etc...

La formation a réuni 12 personnes, 6 hommes et 6 femmes, pendant toute une journée.
La formation a réuni 12 personnes, 6 hommes et 6 femmes, pendant toute une journée.
©TV5MONDE/ Catherine François

Ils vont aussi apprendre à disséquer une plante pour en connaître l’anatomie et les spécificités, et les passer sous un microscope afin d’en mesurer le degré de maturité.

Diplômés ? 

Pour obtenir son diplôme du niveau 1, il faut réussir un examen théorique et un examen pratique. "Au niveau 1, vous êtes capables d’identifier des groupes génétiques de cannabis ; au niveau 2, vous pouvez identifier des différents types d’Afghan, de Haze, de Kush ; et au niveau 3, vous pouvez savoir quels sont les terpènes et analyser des hybrides complexes, ainsi que les saveurs qui sont populaires sur le marché en ce moment", précise Adolfo. 

Le rôle du sommelier

Tout comme le vin, le cannabis a ses "terroirs" et ses "cépages", ses "appellations", ses "saveurs", son "nez ". Tout comme l’amateur de vin, qui va définir s’il préfère le chardonnay au sauvignon ou le pinot noir au cabernet sauvignon, le consommateur de marijuana va réaliser que c'est cette sorte de cannabis ou cette sorte de produits qu’il préfère. Et c’est ainsi qu’un sommelier en cannabis peut donner de précieux conseils. 

Un bon sommelier doit savoir rester modeste, ouvrir son esprit sur d’autres cultures que celles de nos sociétés occidentales.

Adolfo Gonzalez


"C’est comme un maître d’hôtel : il peut offrir ses conseils dans un magasin de distribution de produits de cannabis, mais aussi dans des départements de marketing, chez des producteurs.", affirme Adolfo. Il ajoute : "un bon sommelier doit savoir rester modeste, ouvrir son esprit sur d’autres cultures que celles de nos sociétés occidentales et acquérir des compétences sensorielles qu’il va partager avec plaisir, d’une façon efficace et responsable". Adolfo estime que ces compétences sont la base à développer pour quiconque veut devenir spécialiste dans l’industrie du cannabis.  

Un nouvel Eldorado ?

Cette industrie est en plein essor. "On la surnomme la « ruée verte » et ce n’est pas pour rien", déclare Mary Julkowski. Cette consultante en éducation est venue suivre cette formation, car elle veut développer une nouvelle expertise en matière de cannabis.

Nous sommes en train de cueillir les premiers fruits de cette industrie.

Stephen Crichton, participan à la formation. 

" Il y a encore beaucoup de travail à faire, nous devons nous sensibiliser aux goûts des consommateurs, mais aussi nous distinguer des produits de consommation comme les aliments, l'alcool, le café",  ajoute Stephen Crichton, un autre participant à la formation, venu lui aussi se perfectionner. Il travaille chez GreenHedge, qui offre des services d'éducation et de marketing aux producteurs, détaillants et consommateurs de cannabis. "Nous sommes chanceux : nous sommes en train de cueillir les premiers fruits de cette industrie. Notre gouvernement nous a donné la chance de mettre en place un système légal et cela nous permet de prendre beaucoup d'avance sur le reste du monde dans ce domaine".

Adolfo estime, de son côté, que les demandes des consommateurs pour des produits de qualité obligent les producteurs à constamment s'améliorer : "C’est un marché en pleine évolution, et pour faire une comparaison, il y a des décennies le marché du vin au Canada n'était pas si bon, il s'est amélioré avec la demande de qualité des consommateurs, ce sera la même chose avec le cannabis".

Dégustation pour finir !

Mais vous vous posez sûrement la question : est-ce que le sommelier en cannabis doit réellement tester les produits ? En tant que tel, oui, surtout les produits dérivés, comme l’huile, les gouttes, les gélules.
 
La journée de formation se termine par une séance de dégustation. Le but : apprendre à différencier les saveurs.
La journée de formation se termine par une séance de dégustation. Le but : apprendre à différencier les saveurs.
© Catherine François
Mais en ce qui concerne le cannabis à fumer, il peut se contenter de fumer le joint sans inhaler la fumée, comme un cigare, afin d’apprendre à reconnaître les saveurs et les arômes laissés dans la bouche. Tout comme un sommelier qui crache le vin après l’avoir goûté.

C’est ce qu’ont fait les douze étudiants à la toute fin de leur journée de formation : dans un parc de Vancouver, plusieurs joints préparés avec différentes sortes de cannabis ont tourné de main en main. Comment développer son expertise, sinon en multipliant les dégustations ? C'est en tout cas ce que recommande Adolfo pour devenir un bon sommerlier.