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Canicule en France : les médias s’échauffent-ils ?

Des enfants profitent de la fraîcheur de fontaines dans le parc André Citroën à Paris en août 2016 alors qu'une nouvelle vague de chaleur est attendue en Europe en cette fin de juin. 
Des enfants profitent de la fraîcheur de fontaines dans le parc André Citroën à Paris en août 2016 alors qu'une nouvelle vague de chaleur est attendue en Europe en cette fin de juin. 
©AP Photo/Thomas Padilla

Les températures élevées que connaît la France sont sur toutes les lèvres. Alors que l'Europe fait face à sa deuxième vague de chaleur de l'été 2019, le sujet fait la Une de l’actualité, les ventes de ventilateurs explosent. Pourquoi parle-t-on autant de la canicule ? Les médias ont-ils créé une bulle médiatique autour de ce nouvel épisode de forte chaleur ?

L'Europe suffoque. Plus de 40 degrés attendus à Paris cette semaine. En juin 2019, plus de 40 degrés déjà en Espagne, et en Italie. MétéoSuisse prévoyait des températures allant de 33 à 37 degrés, avec des pics à 39 degrés. En Belgique, pas de canicule mais une vague de chaleur : l’Institut Royal Météorologique avait émis un avis de « forte chaleur », avec des températures de 34 degrés.

Météo France annonce jusqu’à 36 degrés à Paris ce mercredi 26 juin. La France connaît une canicule, précoce cette année, puisqu’elle arrive en juin. Si cet épisode est exceptionnel, il n’est pas unique pour autant. En juin 1947, une canicule, elle aussi précoce, s'est abattue sur Paris. L’été 2018 a, quant à lui, été le deuxième plus chaud de l’Histoire du pays, après celui de 2003. Cette année-là, la canicule avait fait plus de 15 000 morts entre les 1er et 20 août, selon une étude publiée par l’Inserm.
 
Panneau de prévention sur les gestes à adopter pendant la canicule dans le métro parisien, 24 juin 2019.
Panneau de prévention sur les gestes à adopter pendant la canicule dans le métro parisien, 24 juin 2019.
© TV5MONDE



Pour éviter une telle surmortalité, le gouvernement se dit « prêt » depuis une semaine, et multiplie les mesures. Epreuves du brevet des collèges reportées, stationnement résidentiel gratuit à Paris ce 25 juin. Les messages de prévention fleurissent, notamment dans le métro parisien. La canicule s'affiche en Une des journaux, à la télévision et sur Internet : « Chaleur, les villes en première ligne », annonce la chaîne d'informations en continu BFMTV. « Darty n’a jamais vendu autant de ventilateurs depuis 20 ans », titre  pour sa part la radio RTL. Y a-t-il emballement médiatique ?

Canicule : les médias en font-ils trop ?


« Les médias font leur devoir d’informer », estime Patrick Eveno, sociologue et professeur d’Histoire des médias à Paris 1 Panthéon Sorbonne. "C’est le rôle des médias de prévenir, quand ils peuvent prévoir un évènement", observe l'universitaire. Ils jouent « un rôle de service public face à un évènement qui va mettre en difficultés une partie de la population, comme les personnes âgées et les SDF », souligne, pour sa part, le sociologue et spécialiste des médias à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jean-Marie Charon.

C’est le rôle des médias de prévenir, quand ils peuvent prévoir un évènement.

Patrick Eveno, professeur d’Histoire des médias à Paris 1 Panthéon Sorbonne

Les médias sont « incités à répéter les consignes de sécurité du gouvernement », poursuit Jean-Marie Charon, qui remarque cependant « un effet d’amplification » de cette actualité, lié au souvenir de la canicule de 2003. « Le regret de ne pas en avoir fait assez », conjugué à la volonté de « corriger ce qu’on n’avait pas bien fait » expliquent en partie, pour le sociologue, l'ampleur de la couverture de la canicule dans les médias.

À partir de quand peut-on parler de « canicule » ?

Selon Météo France, une canicule est un « épisode de températures élevées, de jour comme de nuit, sur une période prolongée ».
Une vague de chaleur représente, elle aussi, des « températures anormalement élevées pendant plusieurs consécutifs ».
Selon l’InVS, l’Institut national de Veille Sanitaire, le seuil à partir duquel la vague de chaleur devient une canicule diffère selon les départements. À Paris, on parle de canicule quand les températures dépassent 31 degrés la journée, et 21 degrés la nuit. En Haute-Loire, 32 degrés la journée, et 18 degrés la nuit sont les seuils de référence.

Cette récurrence des reportages sur la canicule dans les médias n’est pas « inappropriée » pour le sociologue, qui avance un autre argument. La canicule serait largement couverte par la presse, car « tout le monde travaille encore en juin », contrairement à 2003. La canicule était arrivée lors de la première quinzaine d’août, à un moment où « il n’y avait pas grand-monde dans les rédactions ».

Le souvenir de cette canicule, associé aux températures élevées en France en ce moment, ajouterait-il de l'éco-anxiété (dépression liée au dérèglement climatique, ndlr) aux personnes angoissées par le réchauffement de la planète ?

La canicule : facteur d'éco-anxiété ?

La canicule incarne « la concrétisation du dérèglement climatique », assure Jean-Marie Charon. Les médias soulignent la multiplication des canicules, créant ainsi « presqu’automatiquement le lien avec le réchauffement climatique », poursuit le sociologue. Pour lui, la couverture de la canicule participe d’une « peur collective », et constitue un « facteur de stress », accentué par "un manque de recul" : « Il faudrait peut-être que des météorologues, ou des spécialistes du climat viennent nous expliquer : "C’est peut-être plus compliqué que cela, ou cela s’est peut-être déjà passé à une certaine époque" ».

Chaque fois qu’un évènement donne le sentiment que le réchauffement climatique s'accélère, les chances de créer un climat anxiogène augmentent.

Jean-Marie Charon, enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales

La canicule comporterait une dimension « anxiogène », conclut Jean-Marie Charon. « Chaque fois qu’un évènement donne le sentiment que le réchauffement climatique s'accélère, les chances de créer un climat anxiogène augmentent ». Patrick Eveno tempère : point de « peur collective ». « Les gens n’ont pas l’habitude d’affronter ce genre d’évènements ».

D'où vient le terme "canicule" ?

Le terme vient du latin canicula, qui signifie petite chienne. Canicula est le nom donné à Sirius, l'étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Sirius se lève et se couche avec le soleil entre les mois de juillet et août, période où les fortes chaleurs sont fréquentes. « Canicule » désigne ainsi les périodes marquées par une forte hausse des températures .

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