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Variole du singe en Europe et en Amérique du Nord : que sait-on sur la maladie ?

Des cas de variole du singe ont été détectés en Europe et en Amérique du Nord depuis le début du mois de mai.
Des cas de variole du singe ont été détectés en Europe et en Amérique du Nord depuis le début du mois de mai.
© Rajesh Kumar Singh

Plusieurs dizaines de cas suspects ou confirmés de variole du singe ont été détectés depuis début mai en Europe et en Amérique du Nord. Jeudi 19 mai, un premier cas a été recensé en France. La dangerosité de la maladie est faible, indique l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Mais la spécificité des zones touchées alerte les scientifiques. Que sait-on sur la variole du singe ? 

Le Royaume-Uni enregistre chaque jour de nouveaux cas de variole du singe, a indiqué dimanche 22 mai 2022 une responsable de l'Agence britannique de sécurité sanitaire, un sujet que le gouvernement dit prendre "très au sérieux".

"Nous détectons chaque jour davantage de cas", a déclaré Susan Hopkins, la responsable médicale de l'Agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA), à la BBC.

La semaine dernière, vingt malades avaient été recensés et un nouveau bilan sera publié lundi 23 mai "avec les chiffres du week-end", a indiqué Susan Hopkins.

Le 6 mai dernier, le Royaume-Uni est le premier pays européen à signaler des cas de la variole du singe. Deux semaines après, mercredi 18 mai, le nombre de personnes infectées dans le pays est porté à neuf. À l'exception du premier individu infecté, qui avait récemment voyagé au Nigeria, ces malades ont été contaminés au Royaume-Uni, selon l'agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA). 

Dans la foulée, l'Espagne et le Portugal mais aussi les États-Unis et le Canada signalent à leur tour avoir repéré la présence de la variole du singe, ou ce qui semble l'être, sur leur territoire.

En France, un premier cas confirmé de variole du singe a été détecté jeudi 19 mai dans la région parisienne, ont annoncé vendredi les autorités sanitaires. Il s'agit d'un homme de 29 ans sans antécédent de voyage dans un pays où circule le virus. Dès la suspicion de son infection, cette personne a été prise en charge et, en l'absence de gravité, est isolée à son domicile. Une enquête épidémiologique approfondie est mise en oeuvre. Les personnes ayant été en contact étroit avec ce patient sont en cours de recensement, afin de limiter la propagation du virus.

Ces derniers cas confirment ce que nous craignions initialement, à savoir qu'il puisse y avoir une transmission de la variole du singe au sein de nos communautés. Dr Susan Hopkins, principale conseillère médicale de l'UKHSA.

Au Canada, une dizaine de cas suspects ont été examinés à Montréal comme le rapporte Radio-Canada. Et aux États-Unis, un homme qui s’était rendu au Canada a été positif au virus dans l’État du Massachusetts.

"Ces derniers cas, ainsi que les informations faisant état de cas dans divers pays européens, confirment ce que nous craignions initialement, à savoir qu'il puisse y avoir une transmission de la variole du singe au sein de nos communautés", a expliqué Susan Hopkins, principale conseillère médicale de l'UKHSA, citée dans le communiqué. Mais qu'est-ce que la variole de singe ? Faut-il s'inquiéter de sa propagation ?

Quelle est l'origine que la variole de singe ?

La variole du singe est une zoonose, une maladie infectieuse causée par un virus transmis par des animaux. Le plus souvent des rongeurs mais aussi certains primates sont en cause. Concrètement, la transmission se fait généralement par "consommation de viande d’animaux infectés pas suffisamment cuite", indique l’OMS.

Le virus de la variole de singe ne se transmet pas facilement entre humains.
Le virus de la variole de singe ne se transmet pas facilement entre humains.
©Ted S. Warren/ AP

Ensuite, la transmission entre humains se fait au moment du contact avec une personne atteinte ou ses liquides organiques, dont la salive. Le virus de la variole du singe ne se transmet "pas facilement" entre personnes, assurent les autorités britanniques. Les symptômes n'en sont pas moins impressionnants.

Quels sont ses symptômes et ses dangers ? 

L'infection de l'homme par la variole du singe - "monkeypox" en anglais - se divise en deux périodes. Une première qualifiée d'invasive, avec de la fièvre, des maux de tête, des ganglions enflés et des douleurs musculaires.

Elle est ensuite suivie par une période d'éruption cutanée, qui commence par le visage, avant de s'étendre sur les autres parties du corps. C'est le visage qui est le plus touché, suivi par les paumes des mains et les plantes des pieds.

En général, le taux de létalité s’est établi entre 1 % et 10 %, la plupart des décès survenant chez les plus jeunes.Communiqué de l'Organisation Mondiale de la Santé

Si les symptômes semblent virulents, surtout chez les hommes, le taux de mortalité reste faible. L’Organisation Mondiale de la Santé affirme "qu’en général, le taux de létalité s’est établi entre 1 % et 10 %, la plupart des décès survenant chez les plus jeunes", précisant aussi que "la durée d’incubation est en général de 6 à 16 jours mais peut aller de 5 à 21 jours".

"Dans les cas que nous avons vus jusqu'à présent au Royaume-Uni, la grande majorité des gens guérissent d'eux-mêmes", a déclaré Susan Hopkins.

Il ne faut pas confondre la variole du singe avec la variole, qui est beaucoup plus dangereuse. Cette dernière a été éradiquée dans le monde entier en 1980. 

Quelles sont ses origines ? 

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, la variole du singe provient de pays du centre et de l’ouest de l’Afrique comme le Nigeria ou le Cameroun. Son virus, appelé aussi scientifiquement "orthopoxvirose simienne", demeure très rare. On l'a identifiée pour la première fois chez l’homme en 1970 en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) chez un garçon âgé de 9 ans. Depuis 1970, des cas humains ont été signalés dans 10 pays africains.

D’ordinaire, la variole de singe a tendance à se développer dans des zones et des forêts tropicales. Il est surprenant de la retrouver dans des pays du nord, au climat froid et dans des milieux urbains. C’est pour cette raison qu'elle est actuellement surveillée par l'OMS. Toutefois, au printemps 2003, des cas avaient été confirmés aux États-Unis, marquant ainsi la première apparition de cette maladie en dehors du continent africain.

Le Dr Susan Hopkins décrit la variole du singe comme "une nouvelle maladie infectieuse qui se propage dans notre communauté" avec "des cas qui n'ont aucun contact identifié avec un individu venant d'Afrique de l'Ouest", où la maladie était auparavant présente.

Qui sont les personnes les plus à risque  ? 

Si la variole de singe inquiète peu, les plus jeunes enfants sont les plus susceptibles de développer une forme grave. Dans certains cas, la contamination peut se révéler mortelle.

L’Agence britannique de sécurité sanitaire a précisé que sur les sept premiers cas détectés dans leur pays, quatre concernent des personnes "homosexuelles et bisexuelles". Mais aucun lien ne peut encore officiellement être établi et cela n'en fait de toutes façons pas des personnes plus à risque."N'importe qui, quelle que soit son orientation sexuelle, peut propager la variole du singe", ont souligné aux États-Unis les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), principale agence sanitaire fédérale du pays.


À (re)lire : Variole du singe: plus de quarantaine de cas suspects ou confirmés en Espagne et au Portugal

Possibilité de vacciner ? 

S'il n'existe pas de vaccin contre la variole du singe, qui se guérit d'elle-même, un vaccin contre la variole peut être utilisé pour protéger les cas contact, a expliqué le Dr Hopkins.

Le ministre britannique chargé de l'Education, Nadhim Zahawi, a déclaré sur la même chaîne de télévision que le gouvernement prenait le sujet "très très au sérieux" et que le Royaume-Uni avait commencé à acheter des doses de vaccin contre la variole.
 

Cas détectés dans le monde

  • L'Espagne, le Portugal, la France , l'Allemagne, la Suède, mais aussi les États-Unis et le Canada ont déjà détecté des cas de cette nouvelle variole du singe.
 
  • Samedi 21 mai, un premier cas suspect a été détecté en Grèce, sur un touriste anglais, a annoncé l'organisme grec de santé publique. Le ressortissant anglais et sa partenaire de voyage ont été transférés à l'hôpital dans une chambre à l'isolement, a précisé l'organisme grec dans un communiqué. Des analyses en laboratoire doivent confirmer ce cas d'ici lundi 23 mai. 
 
  • Un premier cas a également été détecté en Suisse sur une personne vivant dans le canton de Berne mais qui a été exposée au virus à l'étranger, a annoncé samedi 21 mai la Direction de la santé du canton de Berne. Un traçage des contacts, afin d’identifier d’éventuelles chaînes de transmission, a été effectué, ont précisé les autorités cantonales dans un communiqué. La personne infectée est suivie en ambulatoire et se trouve en isolement à son domicile. Tous les contacts ont pu être informés, ont précisé les autorités. Ce premier cas suspecté de variole du singe a été signalé vendredi 20 mai. Les analyses de laboratoire effectuées ont permis de confirmer le soupçon samedi après-midi.
 
  • Israël a fait état samedi 21 mai d'un premier cas de variole du singe chez un humain, cette annonce faisant suite à la détection dans plusieurs pays européens et nord-américains de cas de cette maladie habituellement endémique en Afrique de l'Ouest. Il s'agit d'un homme de 30 ans revenu récemment d'Europe occidentale, a déclaré un porte-parole de l'hôpital Ichilov de Tel Aviv. Vendredi 20 mai, le ministère de la Santé a indiqué que cet homme, dont les symptômes sont légers, avait été en contact avec un malade à l'étranger.