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Centenaire de la bataille d’Amiens : l'absence remarquée d’Emmanuel Macron

La bataille d'Amiens : toile peinte en 1919 par l'artiste australien témoin de l'événement <strong>Will Longstaff</strong> (1879–1953)<br />
<sup><sub>(Wikipedia)</sub></sup>
La bataille d'Amiens : toile peinte en 1919 par l'artiste australien témoin de l'événement Will Longstaff (1879–1953)
(Wikipedia)

Le Premier ministre britannique Theresa May et le prince William commémorent ce mercredi 8 août à Amiens (nord de la France) le centenaire de la bataille du même nom, début d'une offensive alliée qui précipita la défaite de l'Allemagne en 1918. De nombreux autres représentants de pays belligérants seront présents, dont l’ancien président allemand Joachim Gauck mais non Emmanuel Macron ni son Premier ministre Edouard Philippe, tous deux en vacances dans le midi.

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C’est une célébration majeure aux yeux des pays qui ont combattu aux côtés de la France dans la Grande guerre de 1914-1918, et singulièrement ceux qui ont payé à Amiens le prix fort : Grande-Bretagne, Canada, Australie, États-Unis, Irlande … et Allemagne.

Trois mille deux cents invités à la cérémonie en sa cathédrale. Parmi eux, des descendants de quelques uns des dizaines de milliers de combattants morts dans cette bataille annonciatrice, enfin, d’un dénouement victorieux.

Eclats

Allocutions épiscopale et princière. Lecture, par des militaires et diplomates de chaque pays, de lettres de soldats ou d'infirmières à leurs familles et de messages d’officiers à la troupe. Hymnes et chants par l’orchestre de la Royal Air Force et le Chœur national des jeunes de Grande-Bretagne.

Représentation, pour cette dernière, de haut niveau : la Premier ministre Theresa May, le prince William. Hauts dignitaires canadiens, américains, australiens, irlandais et nord-irlandais.  Également présent : l'ancien président allemand Joachim Gauck.

Le Prince William, Duc de Cambridge, la Première ministre Theresa May et l'ancien président allemand Joachim Gauck en la cathédrale d'Amiens ce 8 août 2018.<br />
<sup><sub>(Benoit Tessier/Pool via AP) </sub></sup>
Le Prince William, Duc de Cambridge, la Première ministre Theresa May et l'ancien président allemand Joachim Gauck en la cathédrale d'Amiens ce 8 août 2018.
(Benoit Tessier/Pool via AP)
Pour la France, en revanche, ni président de la République, originaire d’Amiens mais en vacances sur la Côte d’Azur, ni Premier ministre, également au soleil du midi. Seule membre du gouvernement initialement prévue : la très discrète Secrétaire d'État Geneviève Darrieussecq. Finalement renforcée in extremis de sa patronne, la ministre des Armées Florence Parly, contrainte, elle, d’interrompre ses congés.

Protocole minimum soupçonné de rattrapage, quelque peu décalé au regard d’une commémoration internationale de ce niveau : le centenaire d’une bataille cruciale, symbole de la dernière manche de la Grande guerre. Rappel.

Un contexte incertain

Si le sort des armes, à partir de 1916, n’est plus très favorable aux Allemands, ces derniers retrouvent, début 1918, quelques raisons d’espérer. La Révolution russe d’octobre 1917 et la paix séparée signée à Brest Litovsk qui s’ensuit leur laisse subitement le champ libre sur le front Est, qu’ils peuvent dégarnir pour renforcer leur pression sur la France.

 
Soldats américains dans le nord de la France en mai 1918.<br />
<sup><sub>(AP photo)</sub></sup>
Soldats américains dans le nord de la France en mai 1918.
(AP photo)
Évènement majeur, l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 tarde encore, de son côté, à se traduire sur le terrain. Les belligérants savent néanmoins qu’avec le temps, la puissance militaro-industrielle américaine apportera au camp allié un avantage déterminant.

Si le camp de la « Quadruplice » (Empires allemand, austro-hongrois, turc, Bulgarie) estime la victoire encore à sa portée, ses généraux savent que la pendule joue contre eux. Une offensive décisive est urgente, malgré l’épuisement des troupes après quatre années de boucherie mondiale.

Offensive et contre-offensive

Les Allemands lancent leur ultime attaque en France en avril 1918. Elle dure jusqu’au mois de juillet mais est arrêtée sur la Marne par les troupes alliées, placées sous le commandement  – enfin - unique du général Foch. Ce dernier lance dans la foulée une contre-offensive à Amiens, point de jonction des fronts britanniques et français.

 
Tank anglais dans la Somme en 1918.
Tank anglais dans la Somme en 1918.
Elle est d’abord aérienne, sous la forme d’un bombardement massif. Il est suivi d’un assaut de l’infanterie, avec emploi de plus de 400 tanks, une arme apparue seulement dix-huit mois plus tôt sur les champs de batailles.

Les forces engagées sont considérables, françaises, britanniques, canadiennes, américaines, australiennes, irlandaises.  Le commandement unique s’avère d’une grande efficacité pour leur coordination.

En trois jours, la bataille débouche sur un net succès allié, contrairement aux laborieuses contre-offensives antérieures. Elle marque pour l’Allemagne, contrainte au repli et qui ne cessera de reculer par la suite, le début de la fin.

Les pertes pour les deux camps à Amiens sont énormes, même à l’échelle de la Grande guerre : 96 000 tués ou blessés en trois jours. 30 000  Allemands sont faits prisonniers. Cette tuerie-là, du moins, annonçait un résultat tangible : la défaite allemande trois mois plus tard, la fin de la guerre.

Ingratitude

Amiens, après la bataille.<br />
<sup><sub>(photo de 1919)</sub></sup>
Amiens, après la bataille.
(photo de 1919)
Opération qui a majoritairement engagé des forces anglo-saxonnes - en dépit de son commandement en chef tricolore - , la bataille d’Amiens est généralement plus célébrée par ses alliés que par la France, où l’on retient davantage le long supplice de Verdun (1916), l’hallucinant carnage de la Somme (1916, 1 200 000 tués en cinq mois pour huit kilomètres reconquis), voire la peu concluante offensive du Chemin de Dames (1917, 400 000 morts).

Que le motif tacite des vacances ou l'indifférence empêche ses principaux dirigeants de venir en commémorer le centenaire quelques heures en leur compagnie – une demi-douzaine de nations - et avec lui le sacrifice - ou l’immolation - sur son sol de près de 100 000 soldats n’en constitue pas moins, pour certains esprits chagrins de l'ancien monde, un manquement difficilement compréhensible.