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Ces candidats démocrates à la Maison Blanche qui s'aventurent sur la chaîne préférée de Trump

Pete Buttigieg sur le plateau de Fox News le 18 mai 2019 à Claremont, dans le New Hampshire
Pete Buttigieg sur le plateau de Fox News le 18 mai 2019 à Claremont, dans le New Hampshire
afp.com - Sarah Rice
Le candidat socialiste à la présidentielle américaine, sur un plateau de Fox News le 15 avril 2019 à Bethlehem, en Pennsylvanie, aux Etats-Unis
Le candidat socialiste à la présidentielle américaine, sur un plateau de Fox News le 15 avril 2019 à Bethlehem, en Pennsylvanie, aux Etats-Unis
afp.com - Mark Makela

Pas de Fox News pour nos débats, ont tranché les organisateurs de la primaire démocrate américaine, jugeant ce média trop proche du républicain Donald Trump.

Mais des candidats rêvant d'en découdre avec le milliardaire lors de la présidentielle de 2020 n'hésitent pas à se rendre sur les plateaux de la chaîne la plus regardée des Etats-Unis.

Jeudi, un cinquième prétendant à l'investiture démocrate a pris place pour une séance de questions-réponses avec les spectateurs de la chaîne de Rupert Murdoch.

Julian Castro, ancien ministre de Barack Obama et le seul Hispanique parmi les 23 prétendants, s'est indigné de certaines déclarations controversées de Donald Trump, fidèle téléspectateur de la chaîne.

"Un jour nous y repenseront en tant qu'Américains --pas en tant que républicains ou démocrates, progressistes ou conservateurs-- et nous nous dirons +Mais c'était quoi son fichu problème à ce président?+".

De tels épisodes semblent voués à se répéter jusqu'à la présidentielle de novembre 2020.

Depuis la victoire surprise de l'homme d'affaires en 2016, les stratèges des deux camps rappellent à l'envi que la candidate démocrate Hillary Clinton n'était pas parvenue à convaincre assez d'électeurs indépendants ou de centre droit, notamment dans les régions souffrant d'un fort sentiment de déclassement social.

Jurant ne pas vouloir commettre la même erreur, certains candidats démocrates se précipitent sur Fox, n'hésitant pas pour autant à critiquer de célèbres présentateurs de la chaîne.

Bien avant Julian Castro, c'est le sénateur indépendant Bernie Sanders, en deuxième place des sondages pour l'investiture démocrate, qui a ouvert la danse dès avril.

Plus de 2,5 millions de téléspectateurs ont écouté ses réponses aux questions du public, près du double de l'audience qu'il avait attirée sur CNN en février (1,35 million).

Et lorsque l'animateur a interrogé les spectateurs sur sa proposition de créer un système de santé universelle aux Etats-Unis, la foule a applaudi avec enthousiasme.

Le candidat socialiste a été suivi depuis par la sénatrice centriste Amy Klobuchar, le maire modéré de South Bend, dans l'Indiana, Pete Buttigieg, et la sénatrice de New York, Kristen Gillibrand.

Le maire de New York, Bill de Blasio, serait en négociation avec la chaîne et l'ancien élu du Congrès Beto o'Rourke a affirmé qu'il serait "absolument" prêt à aller sur Fox.

Ce défilé de démocrates semble avoir irrité Donald Trump.

"Fox se dirige de plus en plus vers le (mauvais) côté perdant en couvrant les démocrates", s'était-il indigné en mai, réagissant à la participation de Pete Buttigieg, un ancien militaire vivant ouvertement son homosexualité, qui avait déclenché une ovation des spectateurs.

M. Buttigieg avait profité de son apparition pour dénoncer les propos sur l'immigration de certaines des personnalités les plus célèbres de la chaîne, Laura Ingraham et Tucker Carlson.

Pour "véritablement parler aux Américains" à travers le pays, il faut aller "trouver les gens là où ils sont", a répondu le maire aux critiques dans son camp.

- "Escroquerie" -

Aller sur Fox "est une bonne stratégie" pour les démocrates, estime Tobe Berkovitz, professeur de communication politique à l'université de Boston.

"Cela montre qu'ils sont ouverts aux questions difficiles venant de gens qui ne les soutiennent peut-être pas à ce moment là", souligne-t-il. Mais en n'hésitant pas dénoncer certaines positions de la chaîne, ils montrent "également qu'ils ne tolèrent pas ce qu'ils jugent partial ou insultant".

Au bas des sondages, Kirsten Gillibrand s'est ainsi attirée une grande attention médiatique en confrontant, en juin, le présentateur Chris Wallace sur la façon qu'a la chaîne de parler des avortements tardifs.

"Je veux parler du rôle que joue Fox News là-dedans parce que c'est un problème", a-t-elle déclaré en plein débat explosif sur le sujet.

"Fox News parle d'infanticide. Infanticide: cela n'existe pas", a-t-elle souligné, transmettant à la vaste audience de la chaîne une position peu relayée à l'antenne.

Tous les candidats ne se précipitent pas pour autant sur Fox News.

La sénatrice progressiste Elizabeth Warren, qui courtise en partie les mêmes électeurs que Bernie Sanders, n'a pas mâché ses mots pour expliquer son refus d'y aller.

"Fox New est une escroquerie diffusant de la haine pour faire des bénéfices et qui offre un mégaphone aux racistes et adeptes des théories du complot".