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Chili : le Sénat se prononce en dernière instance sur le mariage homosexuel

Un couple de femmes prend un selfie sous une bannière arc-en-ciel lors de la Journée internationale de la fierté LGBT à Santiago, au Chili, le samedi 23 juin 2018.
Un couple de femmes prend un selfie sous une bannière arc-en-ciel lors de la Journée internationale de la fierté LGBT à Santiago, au Chili, le samedi 23 juin 2018.
AP Photo/Esteban Felix

Le mariage homosexuel pourrait être légalisé mardi au Chili où le Sénat doit se prononcer en dernière instance sur cette revendication de longue date de la communauté LGBTIQ+.

La Chambre haute, qui compte 43 sénateurs, aura le dernier mot sur le projet de loi, mais le texte doit encore être préalablement examiné mardi par la Commission constitutionnelle, ce qui pourrait retarder le vote de quelques heures ou le reporter à un autre jour. 

Au Chili, les couples homosexuels peuvent pour l'heure s'unir par un Pacte d'union civile, approuvé en 2015 et qui permet d'obtenir les mêmes droits qu'un couple marié, mais sans la possibilité d'adoption et de filiation des enfants. 

"Nous insistons, ce projet doit être voté maintenant. Il n'y a pas d'excuses pour poursuivre la discussion au Parlement, alors que des centaines de familles attendent", a déclaré à l'AFP Isabel Amor, directrice de l'ONG Fundación Iguales.
 
L'amour ne peut pas être sous conditions
Ximena Rincon, présidente du Sénat (centre-gauche)
"L'amour ne fait pas de discrimination, mais la loi si. Au Chili, nous ne sommes pas reconnus comme famille. Le mariage pour tous est une revendications de gens qui vivent depuis des années comme des citoyens de deuxième catégorie", affirme Lorena Grez, qui a participé à une campagne en faveur du mariage pour tous recueillant plus de 20.000 signatures. 

En Amérique latine, le mariage pour tous est légal au Costa Rica, en Equateur, en Colombie, au Brésil, en Uruguay, en Argentine et dans 14 des 32 Etats mexicains. 

Campagne électorale

Le texte avait été déposé devant le Parlement en 2017 à l'initiative de l'ancienne présidente socialiste Michelle Bachelet, au cours de son second mandat (2014-2018). 

Dans une déclaration inattendue le 1er juin, le président actuel, le conservateur Sebastian Piñera, qui achève son mandat en mars 2022, avait demandé au Parlement de se saisir de ce projet de loi "avec la plus grande diligence". 

Le texte a été approuvé par le Sénat une première fois le 21 juillet et par les députés le 23 novembre. Dans les deux chambres, où domine l'opposition, le texte avait obtenu la majorité, malgré le rejet de la droite au pouvoir. 

"Il est fondamental d'avancer dans la dignité sur la question du mariage pour tous, car l'amour ne peut pas être sous conditions", a déclaré lundi la présidente du Sénat, la démocrate-chrétienne (centre-gauche), Ximena Rincon, après avoir exprimé son soutien à plusieurs organisations qui luttent pour les droits de la communauté LGBTIQ+.

Selon une enquête du Mouvement d'intégration et de libération homosexuelle (Movilh), rendue publique lundi, 82,8% des couples interrogés (soit 1.878 personnes) pensent se marier prochainement en cas d'approbation de la loi. 
En outre 91,8% des couples consultés, qui avaient signé un Pacte d'union civile, se sont dit prêts à l'annuler pour pouvoir se marier ; 91,9% estiment que l'examen du projet de loi "s'est prolongé de manière injustifiée". 

Un pays divisé

Le vote du texte intervient en pleine campagne pour le deuxième tour de la présidentielle au Chili qui se tiendra le 19 décembre. Les résultats du premier tour, le 21 novembre, ont révélé un pays profondément divisé, avec la qualification de deux candidats aux antipodes. 

Le député de la gauche progressiste et ancien leader étudiant Gabriel Boric, 35 ans, qui a obtenu 26% des voix au premier tour, défend le mariage homosexuel dans son programme électoral et avait voté en faveur du texte lors de son passage à la Chambre basse. 

En face, le candidat d'extrême droite, José Antonio Kast, un avocat de 55 ans qui est arrivé en tête avec 28% des suffrages, indique dans son programme vouloir "s'opposer à l'approbation du mariage gay et à l'option de l'adoption, et protéger l'intérêt supérieur de l'enfant qui est constitué par le droit de chaque enfant à avoir un père et une mère".