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Chine : la stratégie "zéro Covid" est-elle menacée ?

Un homme montre son QR code de bilan de santé alors que lui et d'autres font la queue pour obtenir leurs prélèvements de routine de COVID-19 sur un site de test de coronavirus à Pékin, le jeudi 24 novembre 2022.
Un homme montre son QR code de bilan de santé alors que lui et d'autres font la queue pour obtenir leurs prélèvements de routine de COVID-19 sur un site de test de coronavirus à Pékin, le jeudi 24 novembre 2022.
AP Photo/Andy Wong

Initiée il y a presque trois ans par Xi Jinping, la politique dite "zéro Covid", basée sur des restrictions draconiennes qui s’inscrivent à contre-courant du reste de la planète, provoque un vent de contestation au sein de la population. Ces protestations ont-elles un impact et risquent-elles de remettre en cause la stratégie du gouvernement ?

Si l’on se réfère au journal du Parti communiste chinois (PCC), Xi Jinping estime que "fléchir" face au virus "n’a aucun avenir" et qu’un assouplissement des mesures pourrait submerger le système médical chinois et entraîner de nouvelles mutations du virus. Une façon, pour le président chinois de légitimer une politique aux mesures drastiques, qui sont de plus en plus contestées au sein de la population. 

Un vent de révolte 

Ce mercredi 23 novembre, sur des images amateurs tournées à Zhengzhou, des centaines d’ouvriers, d’un sous-traitant d’Apple, Foxconn, sont devenus les icônes de la contestation de la politique "zéro Covid". 

Confinés depuis plus d’un mois sur leur lieu de travail à cause de plusieurs cas de Covid détectés, ils ont manifesté leur désapprobation en descendant dans les rues et en faisant voler en éclats les barrières. Des vidéos montrent des dizaines d'ouvriers criant "Défendons nos droits !" devant des rangées de policiers. 

Face à eux, dans leurs combinaisons blanches, des policiers chinois ont réprimé le mouvement, à coups de barre de fer.

S’ils ont contesté la politique sanitaire, ces salariés réclamaient également que les primes promises par leur entreprise soient payées.

(Re)voir : révolte dans une usine d'Iphone

Dès le lendemain, la ville de Zhengzhou a ordonné le confinement de six millions de personnes, suite à ces révoltes. En parallèle, les autorités ont exigé une grande campagne de dépistage dans plusieurs quartiers de la ville. Malgré la colère, les confinements successifs, parfois mis en place dans des conditions extrêmes, se multiplient à travers tout le pays et excèdent une partie de la population. 

Parmi les rares contenus non-censurés qui ont été partagés, un citoyen a osé élever la voix en public est devenu, lui aussi, un symbole de la contestation. Filmé, sans masque, il a crié : "Nous sommes torturés par un petit rhume". "Si j'attrape cette maladie, je garantis une guérison en sept jours. Messi a eu le Covid, Ronaldo a eu le Covid, le tennisman Djokovic a eu deux fois le Covid et il a remporté des tournois du Grand Chelem. Et si l'impact du Covid avait été important, ils auraient été mis à la retraite depuis longtemps", a-t-il assené. 

Celui que certains surnomment désormais "superman" sur les réseaux sociaux a ensuite martelé qu'il "n'y a qu'une seule maladie dans le monde, c'est le manque de liberté et la pauvreté. Nous les avons toutes maintenant". Si la police a tenté de l’arrêter, il a, aux dernières nouvelles, pu rentrer chez lui, après avoir été soutenu par les personnes présentes sur place.

Même l’ambassade de France en Chine y est allé de sa critique. "La politique chinoise du zéro Covid a des répercussions sur les entreprises françaises présentes en Chine", a-t-elle indiqué, jeudi soir, sur le réseau social chinois Weibo. "Afin de maintenir et de développer le commerce et les investissements bilatéraux entre la Chine et la France, un environnement commercial transparent, prévisible et équitable est indispensable", a ajouté l'ambassade.

Un message "aimé" plus de 85 000 fois, qui a donné suite à plus de 10 000 réponses, la plupart saluant l’initiative française.

Une contestation à relativiser

Selon Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de la Chine, malgré ces révoltes, il est "difficile d'affirmer qu'il y a un vrai ras-le-bol généralisé, parce que l’accès à l’information est parcellaire". Néanmoins, il faut noter que les confinements ne concernent pas l’intégralité du territoire chinois. Les restrictions sont localisées. 

(Re)voir : confinement massif décrété par les autorités à Pékin

Pour le chercheur, "ce qui est clair, c’est que dans les régions ou les villes, il y a eu des mouvements de contestation mais seulement par séquences". "Ce qui est notable, c’est que le mécontentement est fortement lié à l’absence de perspectives dans ces zones, mais lorsque les courbes s’inversent, il y a, de fait, moins de contestations car les gens se disent que c’est bientôt fini" précise-t-il.

Si la situation est extrême et que certains n’arrivent pas à la supporter, pour Antoine Bondaz, "il n’y a pas de leaders de la contestation contre les mesures sanitaires, il n’y a pas d’organisation de la contestation". "Ce sont des phénomènes hyper localisés qui seront gérés, mais cela ne remettra pas en question la stratégie du PCC, tant que ça ne se généralisera pas à l’ensemble du pays, et pour l’instant, ça n’est pas le cas", précise-t-il.

Et pour cause, notamment, la censure qui existe sur les réseaux sociaux, mais aussi la politique du PCC, qui empêche toute organisation sociétale, en dehors de celles du parti. 

"Zéro Covid", une stratégie à la fois sanitaire et politique

Pour Antoine Bondaz, "il ne faut pas comparer la situation chinoise à celle de l’Europe ou de l’Amérique du Nord". "Il ne s’agit pas, en Chine, de limiter la circulation du virus, mais de l’empêcher".
C'est pour cela que pour casser les chaînes de transmissions de Covid, la Chine mise sur des confinements stricts et localisés. Une stratégie qui interroge mais obéirait, selon Antoine Bondaz, à deux objectifs : "sanitaire et politique". 

Pour lui, la contrainte sanitaire réside, premièrement, dans le fait que la population dite vulnérable est peu vaccinée. "Deuxièmement, le système hospitalier ne peut pas faire face à un engorgement massif, comme nous l’avons connu en Europe. Troisièmement, l’acceptabilité sociale des morts et des contaminés est très faible", ajoute-t-il. 

L’autre objectif est politique et il est, selon Antoine Bondaz, "autant, voire plus important" que l'aspect sanitaire de la politique du gouvernement. 

Il faut remonter à Mars 2020, lorsque le parti communiste chinois a annoncé la victoire sur le virus. À partir de là, selon le chercheur, "on a eu tout un discours politique qui visait à dire que le système du gouvernement chinois était plus efficace et donc supérieur aux systèmes de gouvernance occidentaux". 

Depuis, le parti doit à tout prix éviter qu’il y ait une situation équivalente à celle que la Chine a connue au début de l’épidémie, mais aussi à ce qui se passe à l’étranger. "L’argument est le suivant : l’humain d’abord, la vie d’abord. Cela veut dire le parti communiste chinois dit qu'il sauve les gens, qu'il les protège, contrairement aux occidentaux qui les ont laissés mourir", affirme Antoine Bondaz.

Difficile, donc, pour le PCC de changer de stratégie. Xi Jinping est dans une impasse. "S’il commence à relâcher les mesures sanitaires, il y aura énormément de morts et cela paralysera également l’économie du pays", précise le chercheur.

La Chine limite la casse sur le plan économique 

Malgré la fermeture des bars, des restaurants, des écoles ou encore des salles de sport dans certaines grandes villes comme Pékin, on n’assiste pas à un effondrement de l’économie chinoise. Et pour cause, selon Antoine Bondaz, "le système productif chinois continue de fonctionner".

"Beaucoup de structures tournent malgré la pandémie, puisque des bulles sanitaires ont été créées, notamment autour des usines, afin d’éviter qu’il y ait une propagation en leur sein". "Le pire n’est pas qu’il y ait une bulle sanitaire autour d’une usine, c’est d’avoir un cas de Covid dans une usine", ajoute-t-il. 

L’idée qu’il puisse y avoir une crise économique majeure en Chine n’est donc pas d’actualité.
Pour Antoine Bondaz, si l'on observe un ralentissement de l'économie chinoise "il faut comprendre que c'est parce que l’économie chinoise n’est plus une économie de rattrapage et que le pays se développe". Les raisons sont donc plus structurelles. Si l’impact économique de la politique "zéro Covid" existe, il reste limité et localisé.