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Cinéma : contestée, la direction de l'académie des César démissionne en bloc

Paris, Salle Pleyel : Penelope Cruz reçoit un César d'honneur des mains du réalisateur Pedro Almodovar, 2 mars 2018 (©AP Photo/Michel Euler)
Paris, Salle Pleyel : Penelope Cruz reçoit un César d'honneur des mains du réalisateur Pedro Almodovar, 2 mars 2018 (©AP Photo/Michel Euler)

A deux semaines de la cérémonie des César, l’Académie a décidé de démisionner. Quelques jours plus tôt, son fonctionnement avait été critiqué par plusieurs centaines de personnalités reconnues du cinéma français. Alain Terzian, le président de la célèbre institution qui récompense chaque année le cinéma français, avait alors été obligé de promettre des changements. Mais cela n'a visiblement pas suffit. Retour sur les faits...

Coup de tonnerre dans la "grande famille" du cinéma français ce jeudi 13 février, lorsque dans un communiqué, l'Académie des Césars indique démissionner.
"Pour honorer celles et ceux qui ont fait le cinéma en 2019, pour retrouver la sérénité et faire que la fête du cinéma reste une fête, le conseil d'administration de l'Association pour la Promotion du Cinéma (Académie des Arts et Technique du Cinéma) a pris la décision à l'unanimité de démissionner. Cette démission collective permettra de procéder au renouvellement complet de la direction".

Quelques jours plus tôt, dans une tribune publiée lundi 10 février par le journal Le Monde, plus de 200 personnalités du cinéma français dont Agnès Jaoui, Leïla Bekhti, Omar Sy ou Bertrand Tavernier ont réclamé une « réforme en profondeur » de l'Académie des César.

Les signataires de la tribune dénoncent le fait de ne pas avoir leur mot à dire dans le fonctionnement de l’académie et de l’association, ni dans le déroulé de la cérémonie. Pire encore, ils n’ont plus accès aux comptes annuels de l’association. Ils souhaitent également l’évolution de ses statuts qui n’ont pas bougé depuis de nombreuses années. Ils espèrent un fonctionnement plus transparent et qui ne repose pas sur « la cooptation ».
 
Tout cela aboutit à une structure où la majorité des membres de l’académie ne se retrouve pas dans les choix qui sont faits en leur nom et qui ne reflète pas la vitalité du cinéma français actuel dans ses très nombreuses composantes. 
Prenant acte de ces critiques, le conseil d'administration de l'Académie des César, a indiqué ce mardi qu'il allait saisir dans la journée le Centre national du cinéma (CNC) «afin de nommer un médiateur en charge d'une profonde réforme des statuts et de la gouvernance de l'Académie»

Comment fonctionne l'Académie ?

Cette institution a été créée en 1975 par le journaliste et producteur Georges Cravenne (décédé en 2009) et est présidée depuis 2003 par le producteur Alain Terzian. L'idée de Georges Cravenne était de promouvoir le cinéma français, à l'instar de l'académie des Oscars américaine ou de la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA), en français, « Académie britannique des arts de la télévision et du cinéma ».

La liste des membres de l'Académie, constituée de 4.700 professionnels du cinéma, est confidentielle. Pour en faire partie, il faut avoir au moins deux parrainages et avoir participé à au moins trois longs métrages en cinq ans.
L'Académie est elle-même régie par l'Association pour la promotion du cinéma (APC). Font partie de l'Association tous les professionnels français ayant reçu un Oscar, les anciens présidents, le (la) Président(e) en titre du CNC et plusieurs personnalités, soit 47 membres. 

Elle est chapeautée par un conseil d'administration composé des membres fondateurs, d'anciens présidents ou de membres de l'Association, 21 personnes au total, parmi lesquelles les cinéastes Costa Gavras, Claude Lelouch et Tonie Marshall.
Chaque membre doit régler une cotisation annuelle de 70 euros et payer un certaine somme pour que ses films fassent partie du coffret des DVDs envoyés à chaque membre.

Le dîner des Révélations, élément déclencheur

Le 13 janvier, 36 jeunes comédiens pré-nommés pour les catégories Espoirs des César sont réunis au Petit Palais pour un dîner de prestige sponsorisé par Chanel. Une soirée glamour au possible, où chaque acteur peut venir accompagné d'une marraine ou d'un parrain de son choix. 

Le jeune acteur d'origine togolaise, Jean-Christophe Folly avait demandé à l'écrivaine Virginie Despentes de l'accompagner.
De gauche à droite : Jean-Christophe Folly, Pierre Bokma, Jenny Schily, le réalisateur Ulrich Koehler et l'acteur Hippolyte Girardot à la Berlinale de Berlin pour "La maladie du sommeil", le 12 février 2011 (AP Photo / ©Kai-Uwe Knoth)
De gauche à droite : Jean-Christophe Folly, Pierre Bokma, Jenny Schily, le réalisateur Ulrich Koehler et l'acteur Hippolyte Girardot à la Berlinale de Berlin pour "La maladie du sommeil", le 12 février 2011 (AP Photo / ©Kai-Uwe Knoth)
 
L'Académie a tout simplement refuser d'accéder à sa demande. Il a donc décliné l’invitation au dîner.

Le jeune espoir sénégalais Amadou Mbow qui avait demandé à être accompagné par la réalisatrice Claire Denis a essuyé le même refus de la part de l'Académie. 
De gauche à droite : Amadou Mbow, Mame Sane, Aminata Kane, Nicole Sougou et Mariama Gassama au Festival de Cannes, le 17 mai 2019 pour le film "Atlantique" - (©Arthur Mola/Invision/AP)
De gauche à droite : Amadou Mbow, Mame Sane, Aminata Kane, Nicole Sougou et Mariama Gassama au Festival de Cannes, le 17 mai 2019 pour le film "Atlantique" - (©Arthur Mola/Invision/AP)


Dès le lendemain, la Société des Réalisateurs de Films a demandé des explications à Alain Terzian, le président de l’Académie, qui s’est excusé sans se justifier.

A l'occasion de l'annonce des nominations fin janvier, Alain Terzian annonce finalement des mesures pour instaurer la parité au sein du collège des votants (35% de femmes), au sein du conseil d'administration (28,5% de femmes) et de l'APC (17% de femmes). Des mesures que l'Académie a confirmé vouloir engager, dans un communiqué publié  lundi 10 février.

Mais les signataires de la pétition ont jugé « insuffisants » les changements promis. Ils ont estimé « qu'il s'agirait de nouveau d'un système de cooptation, vestige d'une époque que l'on voudrait révolue, celle d'un système élitiste et fermé »