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Climat : le double discours du lobby du patronat européen dévoilé

Pierre Gattaz, président de l'organisation patronale européenne BusinessEurope © AP Photo/Christophe Ena
Pierre Gattaz, président de l'organisation patronale européenne BusinessEurope © AP Photo/Christophe Ena

La stratégie de blocage sur la lutte contre le réchauffement climatique de BusinessEurope, organisation patronale européenne dirigée par l’ancien numéro Un du Medef Pierre Gattaz, révélée après la fuite d’une note interne.  

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Publiquement, BusinessEurope, qui fédère une trentaine d’associations patronales européennes, annonce soutenir la lutte contre le changement climatique. Le problème ? Une note confidentielle (en anglais) obtenue et publiée par Euractiv, site d’informations dédié aux affaires européennes, révèle toute le contraire. Les éléments de langage fournis dans le mémo visent clairement à contrer les ambitions de l’Union européenne de revoir à la hausse les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, comme l’annonçait récemment le commissaire européen à l’action climatique, Miguel Arias Cañete. Un document qui sonne comme une piqûre de rappel aux membres de l’organisation -  dont des grandes entreprises telles que Bayer, Google, Total - avant la prochaine Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP24) en Pologne, du 3 au 14 décembre 2018.

De nouvelles pratiques pour un même résultat

Dans le discours, BusinessEurope conseille à ses membres de « rester positifs » tant que qu’il s’agit de « déclarations politiques sans implications » législatives. Ou encore d’utiliser « l’argument habituel » défendant l’idée que l’Europe ne peut pas tout « compenser » pour les autres. L’organisation patronale propose également des moyens pour retarder le processus comme « demander plus de transparence dans les calculs, de nouvelles études d’impact » et de mettre en avant « le risque de créer de l’instabilité ». Sans oublier de « minimiser l’importance d’une hausse des ambitions » car « le plus important est de pousser d’autres grandes économies à se mettre au niveau de l’Europe. »

Selon l'ONG InfluenceMap, citée par Novetic, cette note est représentative de nouvelles pratiques. « Au cours des deux dernières décennies, l’opposition des entreprises à l’agenda climatique a laissé de côté le déni de la science pour des arguments plus subtils et l’utilisation de groupes de pression pour construire un lobbying plus agressif ». Mais avec le même résultat : « le blocage de réglementations essentielles pour le climat ».

Des acteurs de l’industrie embarrassés 

Sauf que, si Business Europe a du poids, considéré comme l’un des lobbies les plus influents à Bruxelles, cette position ne semble pas faire l’unanimité au sein même du monde des affaires. Une semaine après la fuite du mémo, des acteurs de l’industrie ont appelé l’organisation à revoir sa copie. « Je suis sûr que ce mémo ne reflète pas la position d’une grande partie de l’organisation », a déclaré Eliot Whittington, directeur du Prince of Wales’s Corporate Leaders Group, un syndicat regroupant des entreprises favorables à une transition vers une économie plus verte. Parmi ses membres, l’entreprise française de l’énergie EDF - aussi membre du groupe consultatif de BusinessEurope - le géant international de la distribution Tesco, les multinationales Unilever et Coca-Cola. La raison ? « De nombreuses entreprises ont beaucoup à gagner d’une politique plus ambitieuse en termes de climat et de CO2 », a-t-il précisé à Euractiv. Et avant tout des avantages commerciaux.