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Climat : nos habitudes alimentaires contribuent au réchauffement climatique

Du bétail broute derrière un panneau publicitaire qui indique <em>"Il y a de la viande pour le dîner"</em> à la ferme d'élevage Arcadia, à Arcadia en Floride, ce 17 avril 2022. La viande est un des aliments les plus gourmands en gaz à effet de serre, comme l'explique la chercheuse Cynthia Rozensweig.
Du bétail broute derrière un panneau publicitaire qui indique "Il y a de la viande pour le dîner" à la ferme d'élevage Arcadia, à Arcadia en Floride, ce 17 avril 2022. La viande est un des aliments les plus gourmands en gaz à effet de serre, comme l'explique la chercheuse Cynthia Rozensweig.
© AP Photo/Ted Shaffrey

La question alimentaire est cruciale dans la lutte contre le réchauffement, alerte Cynthia Rosenzweig. Cette agronome et climatologue américaine a passé ces vingt dernières années à étudier les interactions entre le changement climatique et ce que nous mangeons. Ses recherches au sein de la Nasa, au célèbre centre spatial Goddard, lui ont valu de remporter le Prix mondial de l'alimentation le 5 mai.

Déjà en 2007 Cynthia Rozenszweig donnait une conférence pour expliquer comment le système alimentaire encourage le changement climatique, conférence que l’on peut facilement consulter sur le site du centre de recherche de la Nasa.

Quinze ans plus tard, le fruit de ses recherches est toujours plus d’actualité. Il a été récompensé par le Prix mondial pour l'Alimentation.

Cynthia Rosenzweig, agronome et climatologue, est chercheuse au Goddard Institute for Space Studies de la NASA. Elle vient de remporter le Prix Mondial de l'Alimentation pour ses recherches sur l'impact que l'alimentation a sur le climat.
Cynthia Rosenzweig, agronome et climatologue, est chercheuse au Goddard Institute for Space Studies de la NASA. Elle vient de remporter le Prix Mondial de l'Alimentation pour ses recherches sur l'impact que l'alimentation a sur le climat.
© Kisha Bari / NASA

Freiner les émissions de gaz à effet de serre

Cynthia Rosenzweig explique que "le changement climatique ne peut pas être freiné sans porter attention aux émissions de gaz à effet de serre des systèmes alimentaires. Notre travail, parmi d'autres, montre que ces émissions représentent environ un tiers des émissions humaines totales. Par ailleurs, la sécurité alimentaire pour tous est dépendante du climat qui change. Alors que nous sommes dans une décennie cruciale pour l'action climatique, la nourriture doit être mise sur la table."

L'impact du réchauffement climatique sur l’alimentation est un phénomène qu’elle a étudié dès 1985.

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Des effets nombreux et dévastateurs

Les températures élevées en général sont néfastes aux cultures. "La chaleur accélère la croissance des plantes qui ont moins de temps pour produire des grains. Cela fait énormément baisser les rendements" explique Cynthia Rozensweig. Mais il y a d'autres facteurs précise la climatologue comme "des événements extrêmes qui se produisent lors de moment critiques, par exemple une canicule pendant la pollinisation du maïs," qui a remarqué que "ces épisodes augmentent en fréquence et en intensité dans de nombreuses régions agricoles."

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Mais l'impact le plus grave est sur l'eau, "critique pour la production alimentaire. Le réchauffement change le cycle de l'eau dans beaucoup de régions agricoles, avec d’avantage de sécheresses et d’avantage de précipitations importantes, parce qu'un air plus chaud peut contenir plus d'eau."

Son équipe de modélisation des cultures de l'AgMIP (programme de simulation des cultures lancé par Cynthia Rosenzweig, ndlr) a découvert que l'impact sur certaines régions agricoles à travers le monde devrait se faire sentir bien plus tôt : "avec les derniers scénarios climatiques, même au début des années 2030. C'est vraiment bientôt. Certaines de ces zones clés où ces impacts précoces se feront sentir se trouvent dans le centre des États-Unis, en Afrique de l'Ouest et en Asie de l'Est. En Afrique de l'Ouest, la production agricole pourrait chuter de 20 à 40%, voire plus."

Parmi les solutions : stopper le gaspillage alimentaire

Une des premières solutions est d’accroître le stockage de carbone. "Cela peut aider à lutter contre le réchauffement", alerte Cynthia Rozenszweig.

Environ un tiers de la nourriture produite est perdue ou gâchée.
Cynthia Rozenszweig, agronome et climatologue

Mais la priorité numéro un est "d'augmenter l'efficacité de la production agricole et de réduire le gaspillage alimentaire. C'est un chiffre approximatif, mais environ un tiers de la nourriture produite est perdue ou gâchée. Si nous ne gaspillions pas autant de nourriture, nous n'aurions pas à en produire autant, et donc nous réduirions les émissions de la production agricole."

La nourriture est le secteur clé en matière climatique et connecte tous les habitants de la planète au réchauffement.
Cynthia Rozenszweig, agronome et climatologue

La chercheuse alerte sur la nécessité, dans les pays développés, de changer de régime alimentaire faisant remarquer que "les émissions liées à l'élevage, principalement pour la viande de bœuf et le lait, sont importantes."

Mais changer ses habitudes alimentaires n'est pas possible pour tous reconnaît la chercheuse. "Si nous parlons consommation, nous devons reconnaître que les solutions sont différentes selon les contextes et prendre en compte les questions d'équité. De nombreuses personnes dans le monde n'ont pas le choix en matière d'alimentation. (...) Il y a sans aucun doute un mouvement en faveur de la transformation du système alimentaire."

Et la chercheuse de conclure en déclarant que "la nourriture est le secteur clé en matière climatique et connecte tous les habitants de la planète au réchauffement. Nous devons transformer notre système alimentaire pour assurer la sécurité alimentaire pour tous et une planète en bonne santé."