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Colombie: un ex-chef des Farc réclamé par les Etats-Unis se blesse en prison

Une ambulance arrive à la prison colombienne La Picota de Bogota le 17 mai 2019, pour soigner un ex-chef des Farc, Jesus Santrich, qui s'est lui-même blessé.
Une ambulance arrive à la prison colombienne La Picota de Bogota le 17 mai 2019, pour soigner un ex-chef des Farc, Jesus Santrich, qui s'est lui-même blessé.
afp.com - JUAN BARRETO
Des sympathisants du parti colombien Force alternative révolutionnaire commune (Farc) venus soutenir l'ex-chef rebelle Jesus Santrich devant la prison La Picota où il est détenu, le 17 mai 2019 à Bogota.
Des sympathisants du parti colombien Force alternative révolutionnaire commune (Farc) venus soutenir l'ex-chef rebelle Jesus Santrich devant la prison La Picota où il est détenu, le 17 mai 2019 à Bogota.
afp.com - JUAN BARRETO

L'un des chefs de l'ex-guérilla des Farc, Jesus Santrich, dont les Etats-Unis réclament l'extradition pour trafic de drogue, "s'est lui-même blessé légèrement" en prison, a annoncé vendredi la direction des services pénitentiaires.

Détenu depuis avril 2018, M. Santrich s'est infligé des blessures aux bras, alors qu'il est en attente de sa libération ordonnée mercredi par la Juridiction spéciale de paix (JEP). La JEP est chargée de juger les crimes les plus graves des acteurs du conflit armé, dont l'ex-rébellion des Farc désarmée après l'accord de paix de 2016 et transformée en parti politique.

L'ex-commandant guérillero âgé de 52 ans "s'est lui-même blessé légèrement", mais "il a été soigné par un médecin du centre pénitentiaire et il va bien, son état de santé est stable", a déclaré à la presse William Ruiz, directeur de l'Institut national pénitentiaire (INPEC).

Selon M. Ruiz, la cellule de M. Santrich, à la prison La Picota de Bogota, était sous la surveillance d'agents de sécurité.

Avant l'annonce de cet incident, des sympathisants du parti Force alternative révolutionnaire commune (Farc) avaient exigé sa libération et alerté sur son mauvais état de santé.

Le chef du parti, Rodrigo Londoño, a exprimé sa solidarité avec son ancien compagnon d'armes. "Nous continuerons à aller de l'avant contre vents et marées pour la défense de la paix et de l'accord. Nous sommes plus nombreux et plus forts les Colombiens qui rêvons d'un pays différent", a-t-il écrit sur Twitter.

Une équipe de l'AFP a vu entrer une ambulance dans la prison, mais il n'a pas été précisé si M. Santrich serait transféré vers un hôpital.

Bien que les juges aient ordonné la remise en liberté immédiate de l'ex-négociateur de l'accord de paix, la mesure n'a pas encore été mise en oeuvre sous la pression des Etats-Unis qui exigent son extradition.

Jesus Santrich, qui se dit innocent et dénonce un complot de Washington ainsi que du parquet colombien, a fait au moins deux grèves de la faim depuis le début de sa détention.

Vendredi, le Tribunal supérieur de Bogota a ordonné d'appliquer la décision de remise en liberté, et il aurait dû sortir de La Picota dans la journée.

La JEP s'était prononcée mercredi en faveur de la libération de l'ancien chef guérillero, expliquant ne pas avoir reçu des autorités américaines la preuve de son implication dans un trafic de cocaïne vers les Etats-Unis après la signature de l'accord avec les anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

Le lendemain, l'ambassade de Washington à Bogota a réclamé des autorités colombiennes un "appel en urgence" contre cette décision.

"Aucune décision" ne modifie "le fait qu'un grand jury" de New York ait accusé Santrich "de conspiration présumée pour envoyer 10 tonnes de cocaïne aux Etats-Unis entre juin 2017 et avril 2018", a estimé la représentation diplomatique dans un communiqué.

Après la décision de la JEP, le procureur général de Colombie, Nestor Humberto Martinez, avait démissionné et le président de droite Ivan Duque, élu sur la promesse de modifier l'accord de paix, s'était dit "indigné".

M. Duque a soutenu l'intention de faire appel, avertissant que le dossier n'est pas clos et s'est dit disposé à autoriser l'extradition de M. Santrich.

L'accord de paix historique, signé avec la plus puissante et la plus ancienne guérilla du continent américain, a permis le désarmement d'environ 7.000 rebelles. Le texte prévoit que les auteurs de crimes graves puissent bénéficier de peines alternatives à la prison, à condition de dire la vérité, de dédommager les victimes et de s'engager à ne plus jamais avoir recours à la violence.

Mais il ne protège pas d'une extradition ceux qui ont récidivé après son entrée en vigueur.